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Quitter l'enseignement

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La une du Journal d’aujourd’hui ne me surprend pas une seconde : 25 % des jeunes enseignants décrochent. Les mesures existantes pour régler cet énorme problème ? Aucune. Les services psychologiques qui existaient dans certaines commissions scolaires du Québec, pour les enseignants, ont même été coupés dans la vague de l’austérité. Des programmes de mentorat ? Ils sont embryonnaires dans les écoles. Des outils pour aider les jeunes enseignants ? Inexistants.

Ma première année d’enseignement a été très difficile : j’avais une classe d’accueil « poubelle », disons, où l’on avait inscrit des enfants âgés de 6... à 12 ans ! De première à la sixième année dans la même classe, et on a eu l’idée de génie de donner cette classe à la petite enseignante de 23 ans que j’étais, qui sortait tout juste de l’université. J’avais la tête pleine de théorie, mais j’étais très peu outillée pour faire face à une classe où étudiaient des jeunes de première à sixième année, et ce n’était pas à Saint-Clinclin-des-Meumeu, mais à Montréal. J’ai quitté l’enseignement au primaire l’année suivante pour tenter ma chance à l’éducation des adultes. J’ai eu un véritable coup de cœur et j’y suis restée. Sinon, j’aurais fait comme l’enseignant en une du Journal, et comme les 25 % de jeunes étudiants décrocheurs, comme le dit l’étude de Thierry Karsenti, j’aurais décroché.

Il est d’ailleurs à déplorer que les enseignants les plus expérimentés se retrouvent avec les groupes plus « faciles » alors que ce sont eux justement qui ont le bagage nécessaire pour gérer les classes plus exigeantes, qui pourraient bénéficier de l’expérience des enseignants plus outillés. C’est le contraire qu’on observe : les enseignants chevronnés fuient les classes où les élèves auraient le plus besoin d’eux. On parle bien souvent du décrochage scolaire chez les étudiants, avec raison, mais lorsqu’on voit les chiffres de l’étude publiée ce matin, on y remarque que le décrochage des profs est presque aussi important que celui des élèves.

C’est catastrophique. Observé du préscolaire au secondaire, ce taux de décrochage s’avère deux à trois fois supérieur à la moyenne des autres professions de la fonction publique québécoise. Comme si cela n’était pas suffisamment préoccupant, près d’un enseignant sur trois présente un taux de détresse psychologique alarmant. Une étude de l’ÉNAP démontrait aussi que 60 % des enseignants présentaient des symptômes d’épuisement professionnel.

Cet abandon de l’enseignement constitue une hémorragie sur laquelle nous devrions nous pencher de toute urgence en tant que société, et ce, le plus rapidement possible. Il y a tellement à faire, mais tous semblent remettre à plus tard les gestes dont l’éducation a grandement besoin. Plusieurs facteurs poussent les enseignants vers la porte : les premiers échelons salariaux, l’intégration de tous les types d’élèves, depuis la réforme, en classe régulière et la gestion de classe que cela entraîne, la précarité des enseignants, l’instabilité des postes et la permanence qui ne vient pas si vite que ça, contrairement à ce que plusieurs semblent penser.

Je parlais dimanche sur ce même blogue du fait que l’on ne rémunérait pas les stagiaires : non seulement c’est un non-sens, mais ces étudiants hériteront dans quelques mois des pires classes qui existent... tout en n’ayant nullement l’expérience requise afin d’y être.

 

Que fait le gouvernement ? 

Que font les syndicats ? 

 
 
Oui, c’est ça : rien.