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La critique des radios de Québec est pourtant nécessaire

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Le Rapport de la Professeure titulaire de l'Université Laval Dominique Payette fait actuellement l'objet de plusieurs critiques. Les circonstances dans lequel un mandat avait été donné à Mme Payette autant que la stratégie de dévoilement privilégiée et la méthodologie adoptée pour réaliser le portrait des médias de Québec expliquent la présente controverse. Pourtant, le phénomène de la radio «de récrimination et de ressentiment» à Québec mérite d'être sérieusement étudié.

L'expression "de récrimination et de ressentiment" pour traiter d'une certaine radio parlée de la région de Québec n'est pas de moi. Elle est extraite de la page 14 du document publié ce matin sur un site Web de l'Université Laval. Elle est utilisée pour qualifier une "nouvelle ère de l’incivilité" marquée par «l’émergence de ces propos violents, agressifs, incendiaires ou venimeux, à la recherche d’ennemis à fustiger, caractéristiques en somme d’une rhétorique de la colère dans les médias».

C'est ainsi qu'on en vient à raconter qu'il existe «un risque pour la liberté d’expression, dans la région de Québec» caractérisé par le fait de «contraindre des organisations à se taire ou se cacher». On découvre à la toute fin de la cinquantaine de pages que contient le Rapport Payette, que la spécialiste des pratiques professionnelles des journalistes a obtenu les informations qui lui permettent de tirer ces conclusions par des témoignages de personnes rencontrées :

« Je souhaite adresser mes remerciements à toutes les personnes qui m’ont aidée dans la réalisation de cette recherche, et tout particulièrement aux personnes qui ont accepté de me parler de l’impact d’avoir été ciblées par les radios parlées sur leur vie et leurs activités. »

Situons d'abord quelque chose d'important à mes yeux : je ne suis pas objectif, ni pour critiquer la radio parlée de Québec, ni pour critiquer la recherche de Dominique Payette. Je suis chroniqueur à l'émission du matin animée par Stéphane Gasse sur les ondes de BLVD 102,1 FM et j'ai fait campagne dans la région de Québec en 2014 pour une autre formation politique que celle de la candidate dans Charlesbourg.

D'ailleurs, je ne comprends pas trop pourquoi il n'est mentionné à aucun endroit dans le rapport intitulé L’information à Québec, un enjeu capital que Mme Payette était candidate en 2014 et qu'elle a ainsi fait l'expérience des radios parlées de Québec, à cette occasion. Je pense à cette entrevue en particulier où Jérôme Landry de CHOI-Radio X (un des animateurs "étudiés" dans la recherche) lui a fait passer un test sur sa connaissance du comté... il me semble qu'une certaine déclaration d'intérêt aurait été de mise.

M'enfin...

Michel Hébert du Journal a mieux décrit que je ne pourrais le faire pourquoi la stratégie de dévoilement du rapport a fait défaut. Je n'y reviendrai pas.

Pour ce qui est de la méthodologie utilisée pour traiter des contenus des radios parlées privées, elle est décrite à la page 38. J'imagine que si certains députés ont interpelé l'Université Laval dans leurs critiques, c'est qu'ils la mettent en doute. J'interprète le choix de cet angle "d'attaque" comme étant une sorte d'appel aux universitaires à se prononcer sur la valeur de la méthode et de l'analyse. On veut probablement sous-entendre que le rapport Payette est en-deça de la réputation de ce qui sort normalement de l'Université Laval. Encore ici, je vais m'abstenir d'en ajouter.

Le moins qu'on puisse dire est que sur ces deux derniers points Mme Payette prête flanc à la critique.

C'est dommage qu'un sujet aussi sérieux que l'hypothèse de l'arrivée d'une "nouvelle ère de l’incivilité" soit testée dans ces circonstances, parce que de mon point de vue elle aurait mérité qu'on s'y penche plus sérieusement.

Je suis allé écouter les réactions d'André Arthur au dévoilement du Rapport Payette et les traces d'incivilité me semblent évidentes.

Il ne faut évidemment pas généraliser le comportement de certains animateurs de radio à l'ensemble, mais force est d'admettre qu'il existe des gens qui se sentent intimidés par la récurrence de cette façon de faire de la radio. Les prochaines cotes d'écoute diront si les auditeurs du marché de Québec privilégient plus que moins ce genre de radio, mais l'existence de la radio "de récrimination et de ressentiment" à Québec est une hypothèse valable.

André Arthur n'a-t-il pas déjà été "le roi des ondes" de la région de Québec ?

Ce n'est cependant pas la recherche de Mme Payette qui me décrira l'ampleur du phénomène, ni ne m'expliquera la gravité des répercussions sociales et politiques.

Les six recommandations de la page 49 me paraissent encore moins utiles que la démonstration faite dans le rapport. La numéro quatre me choque particulièrement :

« Que soit levée l’application des lois canadiennes sur la concurrence pour les journaux distribués dans le même marché, et que ces entreprises de presse puissent notamment s’entendre pour fixer les tarifs de publicité — au moins convenir d’un prix plancher — et les tarifs d’abonnement. Les entreprises de presse participantes garantiront, en échange, l’indépendance absolue de leur salle de rédaction. »

Comment peut-on adhérer à l'idée que la collusion fasse partie de la solution, d'autant que les problèmes soient aussi mal circonscrits ?

Les liens entre les faits contenus dans le rapport et les recommandations m'échappent.

Tout ça pour dire que la démarche de l'universitaire Dominique Payette me donne la certitude d'une occasion complètement manquée d'une nécessaire critique de la radio parlée de Québec en plus de ne pas nous «fournir un panorama de la presse régionale de la capitale nationale».

Le Rapport Payette est du grand n’importe quoi et il sert "la cause" de ceux qui ne souhaitent pas qu'on parle sérieusement «d’une rhétorique de la colère dans les médias» et de ses conséquences sur notre vivre ensemble.

Mme Marois a gaspillé l'argent public investi dans cette enquête et en plus, elle continue de la défendre.