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Un interminable trajet vers l’école

Même si elle habite à 1,1 km, une enfant parcourt en autobus 16 km pour s’y rendre

Zera Jafar à son arrivée à l’école jeudi matin après un trajet de 16 km et un transfert d’autobus pour revenir à tout juste plus d’un km de son point de départ.
Photo Le Journal de Montréal, Frédérique Giguère Zera Jafar à son arrivée à l’école jeudi matin après un trajet de 16 km et un transfert d’autobus pour revenir à tout juste plus d’un km de son point de départ.

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Une fillette de 5 ans passe jusqu’à trois heures par jour à bord d’un autobus scolaire pour se rendre et revenir de son école du quartier Ahunstic... pourtant située à seulement 1,1 kilomètre de chez elle.

Chaque matin vers 7h15, la petite Zera Jafar est debout, coiffée, habillée et attend l’autobus qui la conduira à la maternelle.

Mais avant d’arriver à l’annexe de l’école François-de-Laval, où elle fréquente une classe d’accueil, l’enfant se tapera un détour de 16 kilomètres et devra même transférer d’un gros bus jaune à un autre en cours de route.

Ce trajet matinal prend environ une heure, selon ce qu’a constaté Le Journal en suivant l’autobus dans lequel se trouvait Zera.

Le retour à la maison après les classes est encore plus long, dit la mère de la fillette, Aktidal Ousman.

<b> Aktidal Ousman</b>  <br>  <i> Mère </i>
Photo Le Journal de Montréal, Frédérique Giguère
Aktidal Ousman
Mère

Deux heures au retour

Si tout va très bien, le chemin pour rentrer dure 1h20, mais parfois cela prend plus de deux heures, raconte-t-elle.

«Depuis quelque temps, ma fille arrive à la maison passé 17 h et il fait noir», explique Mme Ousman.

«Elle est fatiguée, elle ne veut pas manger. Elle veut seulement dormir», raconte la mère de famille. Cette dernière ne peut aller conduire son aînée à l’école, car elle doit s’occuper de ses deux autres jeunes enfants d’âge préscolaire, tandis que son conjoint est au travail.

C’est long

Zera n’est pas la seule à se taper un aussi long trajet. Une dizaine d’enfants qui vivent dans son immeuble prennent le même autobus et font ainsi chaque jour l’équivalent en temps d’un trajet Montréal-Québec.

«Je ne comprends pas pourquoi c’est si long», a confié une mère.

«Ma fille n’aime plus jouer, elle est maussade. Elle m’a dit qu’elle était tannée d’aller à l’école», ajoute la maman de Zera.

La direction de la compagnie Transco, qui assure le transport scolaire de l’enfant, avoue que le trajet effectué par le chauffeur est très long.

«Les temps de trajet que vous me rapportez sont exacts. Il arrive quelquefois que l’autobus ramène les enfants à la maison vers 17 h», confirme Michel Larocque, gérant général de Transco.

Questionné sur les raisons qui motivent d’aussi longs trajets, le transporteur s’en remet à son client, la Commissions scolaire de Montréal.

Le responsable des communications de la CSDM indique de son côté que les circuits empruntés d’autobus sont sous examen dans le but de les améliorer.

«Ça se peut que le trajet soit long. C’est pourquoi nous allons revalider les parcours et nous pourrons retrancher 15 minutes pour le trajet de la fillette en fin de journée», affirme Alain Perron.

–Avec la collaboration de Frédérique Giguère

 

De quoi «écœurer» un enfant d’aller à l’école, déplore une experte

<b> Guadalupe Puentes-Neuman</b>  <br>  <i> Chercheuse </i>
Photo d'archives
Guadalupe Puentes-Neuman
Chercheuse

«La logistique prime sur le pédagogique alors que ça devrait être l’inverse», déplore Guadalupe Puentes-Neuman, chercheuse et professeure de psychologie à l’Université de Sherbrooke.

Nous avons demandé à cette spécialiste du développement de l’enfant quel impact peut avoir un long trajet quotidien en autobus scolaire sur la motivation et l’apprentissage d’un élève.

«On est en train de saper leur énergie et de les écœurer d’aller à l’école», tranche-t-elle. Tous les adultes qui font de longs trajets vous le diront: c’est épuisant!»

Étape charnière

Un enfant sera également moins disponible à l’apprentissage après un déplacement si long, pense-t-elle.

«Même s’il est en maternelle, c’est une année importante, charnière, c’est une porte d’entrée vers l’école, ça doit se faire de façon positive et agréable, il faut leur donner le goût d’y aller», explique Mme Puentes-Neuman.

La professeure convient que toute la question du transport scolaire relève d’une logistique extrêmement complexe. Il faut toutefois tenir compte de ce que l’on demande aux enfants lorsqu’on les «propulse dans un quotidien pour lequel ils ne sont pas préparés», argue-t-elle.

Confinés

Les enfants qui font de longs trajets en autobus sont confinés à leur siège, dans un lieu restreint, sans réelle supervision, note-t-elle.

«C’est leur demander beaucoup d’autocontrôle. Ils sont longtemps assis dans l’autobus, sans bouger, sans le soutien d’un adulte. Pour toutes ces raisons, il faut limiter la longueur des trajets», conclut-elle.

 

 

 

 

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