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Villeray vers 1918

Vers 1918

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Avant Après
Photo Courtoisie de Martin Nestor Gregory
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

 

Sauvée de l’oubli, la photo de la famille Albert

photo Courtoisie de Martin Nestor Gregory

Au 8112 avenue Henri-Julien, la famille Albert pose fièrement devant sa nouvelle maison, vers 1918. L’histoire de cette photo n’est pas banale. Le récupérateur bohème Martin Nestor Gregory l’a trouvée dans une poubelle et l’historien Justin Bur a pu retrouver le nom de la famille et l’endroit où la photo a été prise, en plus d’attribuer au cliché une date approximative! Des archives familiales jetées aux ordures? Gregory vous répondrait que c’est fréquent. Pour cet archéologue à vélo, les poubelles recèlent des trésors: médailles et bijoux anciens, portraits anonymes, lettres d’ancêtres inconnus, vinyles de collection, cartes postales anciennes et bien plus encore. Il leur donne une deuxième vie, pour le bonheur des collectionneurs. Et vos propres souvenirs de famille? Avant de laisser vos héritiers ou les futurs occupants de votre maison les mettre au rebut, pensez aux sociétés historiques, au Centre d’histoire de Montréal et aux Archives Passe-Mémoire, pour ne nommer que ceux-ci. Les générations futures vous en seront reconnaissantes. Grâce à cette photo, la famille Albert de Montréal vient de sortir de l’oubli.

Une vache pour du lait de qualité

photo Courtoisie de Martin Nestor Gregory

Vous ne rêvez pas, il s’agit bien d’une vache de race holstein à... Villeray! Depuis les années 1880, les duplex poussent de plus en plus au nord de Sherbrooke. Remarquez les hangars derrière le duplex; ils servent probablement d’étable, peut-être aussi pour le cheval de la famille Albert. Pour les nourrir, on s’approvisionne en foin et en céréales dans les marchés. Salubrité oblige, une réglementation municipale de plus en plus stricte fait baisser de moitié le cheptel bovin dès 1860. Malgré tout, on dénombre encore 871 vaches réparties dans 500 étables montréalaises en 1889, dont près de 300 dans le seul quartier Sainte-Marie (maintenant Centre-Sud). Les activités d’élevage perdurent tout de même dans les quartiers encore champêtres comme Villeray. Après tout, avoir une vache permet d’avoir accès à un lait de bien meilleure qualité. Souvent contaminé ou coupé avec de l’eau, le lait livré en ville avant la pasteurisation est l’un des facteurs du haut taux de mortalité infantile. La vache des Albert mérite vraiment de faire partie de la famille!

Un duplex typique d’un quartier modèle

photo Courtoisie de Martin Nestor Gregory

Datant de 1915, ce duplex semble bien isolé. Mais pas pour longtemps! Peu après l’annexion de Villeray par Montréal en 1905, le tramway électrique de la rue Saint-Denis rend le village plus accessible. Quittant l’insalubrité du sud de la ville, les familles s’établissent dans les nouvelles paroisses du nord. Les ouvriers viennent travailler dans les ateliers dédiés à la réparation des tramways et les carrières de calcaire gris, comme celle qui est enfouie sous l’actuel parc Villeray. Bien que l’éclairage électrique fasse son entrée dans les rues, maisons et magasins vers 1914, les résidents n’ont pas accès à l’aqueduc de la cité. Les porteurs y font fortune en vendant l’eau à la criée pour 5 cents la chaudière. L’absence de commodités n’empêche pas le développement de Villeray dans les années 1920, moment où notre duplex solitaire se voit probablement doté d’habitations voisines. C’est alors que les Italiens choisissent massivement de s’établir dans ce quartier ouvrier modèle aux logements abordables. On s’y active comme dans une fourmilière: la «Cité du Nord» est née!


Pour en savoir plus sur les trouvailles de Martin Nestor Gregory, suivez sa page Facebook «Things I find in the garbage» ou encore son blogue au www.garbagefinds.com

 

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