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10 km chaque jour

Alain Roy court tous les jours au moins 10 kilomètres depuis maintenant trois ans. Un défi qu’il prend un jour à la fois.
photo courtoisie, Alain Roy Alain Roy court tous les jours au moins 10 kilomètres depuis maintenant trois ans. Un défi qu’il prend un jour à la fois.

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Dix kilomètres par jour, tous les jours, depuis le 11 novembre 2012. Alain Roy a bouclé aujourd’hui sa 1104e sortie d’affilée de course. Un défi un peu (beaucoup) fou, qui s’est construit pas à pas.

«C’était un coup de tête», raconte Alain Roy, 42 ans, le lendemain du 3e anniversaire de son défi. Il explique le début de son histoire somme toute commune, voire banale: le désir de bouger, les entraînements improvisés, le poids en yoyo, la vie et ses grands bouleversements qui bousculent la routine, et l’envie que ça change.

«Mon fils allait avoir un an... et j’approchais les 200 lb. Ça a toujours été important pour moi d’être en forme pour les enfants, pour pouvoir être là et jouer avec eux longtemps. M’est soudainement venue l’idée de courir 10 kilomètres par jour, tous les jours, le plus longtemps possible», relate le coureur de Saint-Constant.

Il pensait réussir à enchaîner cinq sorties, ou peut-être même sept. Soixante-dix kilomètres dans une ­semaine, tout de même, ce serait un tour de maître!

Sept, neuf, dix, douze... ça allait bien. Alain Roy en était le premier surpris.

La croissance d’un défi

Pourquoi arrêter quand ça va bien?

Alain Roy a ensuite vu passer un défi sur Facebook: 10 km par jour en décembre. Cela voudrait dire 51 jours de course de suite puisqu’il avait commencé en novembre...

«Ça m’apparaissait excessif, mais je me suis dit que j’allais essayer une sortie à la fois. Pour y arriver, j’ai énormément ralenti ma vitesse de course», explique Alain Roy.

C’est d’ailleurs la clé du succès de son défi, selon lui.

«Je me blessais plus souvent à courir trois fois par semaine qu’en courant sept fois par semaine! Quand je courais moins, je poussais plus... et trop. Alors qu’aujourd’hui, je cours sagement, lentement entre trois à cinq fois par semaine», dit le coureur.

Cent jours de course consécutifs...200... un an... 500... 2 ans... 1000, 10 km le 8 août dernier, 3 ans...

Jusqu’où aller ?

Alain Roy n’a pas un objectif final en tête. Sa destination est repoussée à mesure qu’il s’en rapproche.

Pourquoi arrêter, quand ça va ­encore et toujours bien?

Mais a-t-il peur d’arrêter?

«Je me suis questionné à savoir ce qui allait arriver si je prenais une pause d’une journée. Si ça n’allait pas se transformer en deux, puis trois, puis que ce serait ensuite trop dur de repartir», admet le coureur.

Mais il ajoute immédiatement qu’il n’a pas trop le temps d’y penser, et qu’il n’a surtout ­aucune ­raison de le faire.

Pas de blessures à l’horizon, un horaire de course qui passe incognito auprès de sa famille, et une belle gang de «crinqués» qui l’appuient, et s’appuient.

Défi Résolution

William allait avoir un an quand son père s’est lancé son défi un peu fou. Maintenant âgé de quatre ans, le jeune est lui aussi un mordu de course à pied.
Photo courtoisie, Demi-marathon des Vignobles
William allait avoir un an quand son père s’est lancé son défi un peu fou. Maintenant âgé de quatre ans, le jeune est lui aussi un mordu de course à pied.

Fait connu: les coureurs aiment partager leurs sorties et exploits, et les autres coureurs aiment aussi généralement les lire. Un effet d’entraînement...en entraînement! C’est ce qu’a voulu créer Alain Roy en lançant le mouvement Défi Résolution: une petite communauté de coureurs qui s’encouragent dans leur défi, tout simplement. Et pas besoin de courir tous les jours pendant trois ans pour y être admis.

«On se motive entre nous, peu importe nos objectifs», ­résume Alain Roy.

Beaucoup le prennent en exemple. Ils étaient une ­centaine pour célébrer sa 1000e sortie le 8 août dernier. Le père de famille est sans ­aucun doute rassembleur.

Tout le monde est capable de courir 10 km ou 5 km (ou pourquoi pas le marcher!) aujourd’hui. Peut-être même ­demain, et le lendemain.

Le défi est le même, tous les jours: sortir. Un jour à la fois.

 

3 ANS DE COURSE EN CHIFFRES

Début du défi : 12 novembre 2012

Nombre de sorties de 10 km ou plus depuis : 1104

Distance quotidienne moyenne : 13 kilomètres

Nombre de kilomètres ­parcourus : environ 14 600

Poids perdu : 20 lb (au cours des deux premiers mois du défi)

La meilleure sortie de 10 km : la 1000e, entouré de 100 personnes du groupe Défi Résolution

La pire : le lendemain de son 1er marathon... il a dû fractionner sa sortie en trois petites pour boucler la distance.

 

ET LA RÉCUPÉRATION ?

«Je me repose la nuit», dit Alain Roy, en riant.

Le coureur qui a fait des études universitaires en éducation physique connaît bien les bienfaits de la récupération, étape pendant laquelle le corps intègre les acquis.

«Je fais de la récupération active, précise le coureur. Je cours significativement plus lentement entre deux à cinq jours par semaine. Et les performances ne sont pas importantes pour moi!»

Selon Jean-Yves Cloutier, entraîneur et auteur des livres Courir au bon rythme, certains athlètes d’exception n’ont pas nécessairement besoin de récupération passive: leur corps récupère efficacement en limitant simplement l’intensité. C’est loin d’être le cas de la majorité, qui aurait avantage à prendre une journée ou deux journées de repos hebdomadaire.

Alain Roy ne se considère pas comme un athlète d’exception.

«Plusieurs personnes me contactent et tentent elles aussi de courir tous les jours, sans y arriver.»

«Je pense que beaucoup n’y arrivent pas, car ils sont incapables de ralentir. On ne peut pas continuer au même rythme qu’on courait avant en courant tous les jours! Les gens trouvent ça difficile de ralentir...», pense le coureur.