/opinion/columnists
Navigation

La maudite rectitude politique

Coup d'oeil sur cet article

Autrefois une torture exclusivement lexicale, la rectitude politique frappe maintenant le geste. Ainsi l’Association étudiante de l’université d’Ottawa a interdit un cours de yoga pour personnes handicapées qui serait, croit-elle, une appropriation culturelle.

Traduction: né en Inde, le yoga ne devrait pas être pratiqué par des blancs, seulement par des Indiens de souche. (Sophie Grégoire-Trudeau, qui enseigne cette discipline, a-t-elle reçu la note de service du ministère des Affaires étrangères?)

On qualifie la rectitude politique de «terrorisme intellectuel», de «trahison de la pensée par le langage», d’«encouragement à la victimite», de «distorsion de la réalité»

L’été dernier, les organisateurs d’Osheaga ont demandé aux festivaliers de ne plus porter de coiffes amérindiennes.

Même chose pour le Rocky Horror Picture Show présenté à l’Halloween. Fini les costumes autochtones. Il faudrait avertir les Village People.

La mère de toutes les appropriations culturelles demeure le blackface, cette pratique qui consiste à maquiller un Blanc pour le transformer en Noir. Une vieille et détestée tradition du show-business nord-américain que la majorité des Noirs du continent estiment offensante.

J’ai mis du temps à accepter que Laurent Paquin eût peut-être erré, sans malice, quand il s’est déguisé en Boucar Diouf pour lui rendre hommage aux Oliviers. Avec le temps, j’ai compris la force de la charge émotive du blackface et j’ai cessé de le défendre au nom de la liberté.

Les peuples persécutés ont le droit de nommer ce qui les afflige. Tout comme je déteste entendre que l’antisémitisme n’existe pas parce que les Arabes sont aussi des Sémites.

Canada-Québec

Je doute par contre que les Indiens soient insultés chaque fois que quelqu’un fait le salut au soleil. J’en ai parlé avec mon médecin, née en Inde, prénom Geeta, qui a éclaté de rire. «Vous les Occidentaux... Le yoga, la méditation, à part les gourous, ce n’est pas sérieux chez nous. Y a juste des Blancs dans les ashrams. Si tu veux te sentir bien, fais du bénévolat.»

La rectitude politique, où le politically correct en anglais, constitue selon moi l’un des plus grands écarts culturels entre le Québec et le reste du Canada. Je fais de la radio en anglais et je suis souvent confrontée à cette différence. Pendant l’affaire du niqab, j’ai dit non au serment à visage caché. Stupéfaction: «Toi? Je pensais que tu défendais les libertés individuelles.» Oui, mais pas au prix de l’intelligence primaire.

On qualifie la rectitude politique de «terrorisme intellectuel», de «trahison de la pensée par le langage», d’«encouragement à la victimite», de «distorsion de la réalité». Soit. Mais au départ, l’intention était bonne: ne pas blesser l’autre.

Mieux vaut dire un Noir que d’utiliser le N-word. Autochtone que sauvage. Enceinte au lieu d’être en balloune et homosexuel à la place de tapette. Offenser pour montrer qu’on est affranchi, c’est con.

Police de l’opinion

La rectitude politique atteint le zénith de la stupidité quand elle sévit contre le yoga, mais aussi quand elle censure ceux qui n’adoptent pas la dernière lubie victimaire à la mode. Écrivez qu’une famille papa-maman constitue le meilleur environnement pour les enfants, et vous serez taxés d’homophobie. Exprimez de la tristesse face au nombre élevé d’avortements et on vous qualifiera de misogyne.

La rectitude politique rend le débat impossible.

Ne le dites à personne, mais «rectitude politique» décrivait autrefois l’application stricte de la doctrine stalinienne.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.