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Cocktails et palmiers malgré l’austérité

Encore des dépenses qui suscitent la grogne dans des commissions scolaires

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Les enseignants ont beau dénoncer les politiques «d’austérité» du gouvernement Couillard, ça n’empêche pas des commissions scolaires de continuer à effectuer des dépenses qui ne font pas l’unanimité, a constaté Le Journal.

Les enseignants ont beau dénoncer les politiques «d’austérité» du gouvernement Couillard, ça n’empêche pas des commissions scolaires de continuer à effectuer des dépenses qui ne font pas l’unanimité, a constaté Le Journal.

Voyages sous les palmiers pour du «développement professionnel», repas de la rentrée dans un club de golf et «coquetel de Noël» pour les cadres...

Une demande d’accès à l’information acheminée dans les 72 commissions scolaires de la province révèle que certaines d’entre elles consacrent encore des milliers de dollars à des activités qui ont bien peu à voir avec les services aux élèves, alors que d'autres se serrent la ceinture.

Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents.
Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère
Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents.

Formation dans le sud... en hiver

La présidente de la Fédération des comités de parents, Corinne Payne, dénonce haut et fort ces dépenses. «C’est quoi ça?, lance-t-elle. On a des enfants dans nos écoles qui ne mangent pas, on manque de services, il y a des frais ajoutés aux parents. Ça fait mal au cœur.»

À la CS English-Montréal, 65 000 $ ont ainsi été dépensés pour rassembler quelque 150 gestionnaires pendant deux jours, lors des deux dernières rentrées, au chic Centre de congrès Renaissance, avec repas et cocktail inclus.

La commission scolaire plaide qu’il s’agit de rencontres nécessaires, entièrement financées par une subvention du ministère de l’Éducation pour de la formation professionnelle.

La CS New Frontiers, en Montérégie, a quant à elle dépensé 7500 $ pour permettre à six employés de participer à deux congrès sous le chaud soleil de la Floride, en plein hiver.

L’organisme reconnaît qu’une telle dépense «ne paraît pas bien», mais fait valoir que les coûts de cette «formation» sont moins élevés aux États-Unis que dans le reste du Canada. La commission scolaire assure qu’à compter de cette année, elle ne paiera plus pour de tels voyages.

En Gaspésie, la CS Eastern Shores a dépensé 7000 $ pour permettre à trois cadres de participer à des voyages de «développement professionnel» à San Diego, à Washington et... en Floride.

Les voyages à l’étranger semblent plus rares dans les commissions scolaires francophones, mais les «coquetels» et activités sociales payées par les contribuables demeurent fréquents.

Cocktail dînatoire

À la CS de Saint-Hyacinthe, on a ainsi flambé 2500 $, en août dernier, pour un «cocktail dînatoire» au restaurant du Club de golf La Providence, auquel les cadres étaient conviés dans le cadre d’une «journée d’accueil» en début d’année.

La CS des Draveurs, en Outaouais, a dépensé une somme comparable pour un coquetel de Noël en formule 5 à 7, avec hors d’œuvres et alcool. Et, malgré «l’austérité libérale», on prévoit répéter l’expérience au cours des prochains jours. Plusieurs autres commissions scolaires ont aussi sorti leur carnet de chèques pour souligner Noël avec leurs gestionnaires et commissaires l’an dernier, a par ailleurs constaté Le Journal.

À la Centrale des syndicats du Québec, on estime qu’il s’agit de dépenses «questionnables».

La Fédération québécoise des directions d’établissement ne se gêne pas pour dénoncer ces «irrégularités». «L’argent public doit être utilisé à bon escient, dit sa porte-parole, Michèle Demers. Ce sont des dépenses qui surprennent, surtout en période d’austérité.»

La transparence varie d’un endroit à l’autre

 
Le Journal de Québec, Daphnée Dion-Viens

Les commissions scolaires sont loin de toutes appliquer la Loi sur l’accès à l’information de la même manière.

Le Journal a demandé aux 72 commissions scolaires de lui transmettre les documents concernant les dépenses des cadres et élus pour des réunions, colloques ou congrès organisés à l’extérieur de leurs locaux, pour les voyages effectués hors du Canada, et pour des activités sociales.

Alors qu’une majorité d’entre elles ont transmis les documents, la CS des Rives-du-Saguenay a refusé de répondre à cette demande, affirmant qu’elle était excessive.

De son côté, la CS de la Jonquière nous a transmis des pages et des pages de codes budgétaires, accompagnées d’une légende, plutôt que de nous transmettre les rapports de dépenses accompagnés des pièces justificatives.

Même si notre demande a été formulée à la fin septembre, une quinzaine de commissions scolaires n’y avaient toujours pas donné suite au moment d’écrire ces lignes. Or, selon la Loi, elles avaient 30 jours pour le faire.

Certaines se serrent la ceinture

 
Le Journal de Québec, Daphnée Dion-Viens

Alors que certaines commissions scolaires effectuent des dépenses qui sont remises en question, d’autres font plusieurs efforts pour se serrer la ceinture.

Quatre commissions scolaires n’ont déclaré aucune dépense pour leurs cadres ou leurs commissaires reliées à des congrès, colloques ou réunions à l’extérieur, de même qu’à des voyages à l’étranger ou à des activités sociales payées par les contribuables.

Il s’agit des commissions scolaires des Affluents, des Hauts-Bois-de-l’Outaouais, des Laurentides et de Laval.

Par ailleurs, aucun voyage à l’extérieur du Canada n’a été effectué dans une très grande majorité de commissions scolaires. Plus d’une quinzaine n’ont organisé aucune activité sociale pour leurs cadres ou leurs élus à l’occasion de la rentrée ou de Noël.

Au moins trois commissions scolaires ne remboursent pas d’alcool à leurs employés lors de souper à l’extérieur.

Mesures d’économies

D’autres commissions scolaires ont adopté récemment des mesures d’économies en raison du contexte «d’austérité».

La commission scolaire des Premières-Seigneuries, par exemple, ne rembourse plus les repas qui se déroulent sur son territoire. Les perdiem accordés aux employés pour des repas à l’extérieur sont aussi parmi les plus bas dans le réseau.

D’autres commissions scolaires nous ont aussi indiqué avoir réduit leurs dépenses pour les activités sociales au cours des dernières années.

De son côté, la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot, souligne que les commissions scolaires présentent les coûts de gestion parmi les plus bas de la province. «C’est assez difficile à battre», lance-t-elle.