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Avenir du gaz naturel: les propos de Couillard suscitent l’incrédulité

Philippe Couillard
Photo AFP Philippe Couillard

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QUÉBEC - Les déclarations à Paris du premier ministre Philippe Couillard sur l'avenir limité du gaz naturel au Québec, dimanche, suscitent l'incrédulité chez les industriels et dans le secteur des hydrocarbures.

Pour l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), la province doit réduire ses importations d'hydrocarbures (qui coûtent 12 milliards $ par an) pour améliorer sa balance commerciale, ce qui rend d'autant plus stratégiques les gisements récemment découverts en Gaspésie et sur l'île d'Anticosti.

«À titre de carburant de transition, le gaz naturel local est tout simplement le choix le plus responsable à la fois pour l'environnement planétaire et pour notre économie, a soutenu l'APGQ dans un communiqué, lundi. Notre association demande au gouvernement de faire la promotion d'une politique énergétique responsable pour l'environnement et pour l'économie de la province.»

L'association Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) soutient, pour sa part, que le Québec n'est pas prêt pour un virage vers les énergies vertes.

«On ne peut tout simplement pas changer du jour au lendemain un modèle de développement économique qui existe dans le monde depuis la révolution industrielle il y a 150 ans», a indiqué l'organisme.

Rappelant que les hydrocarbures sont essentiels au fonctionnement du secteur manufacturier, MEQ affirme que «les énergies vertes et leurs procédés et infrastructures sont loin d'être à maturité».

MEQ réclame «une réelle stratégie économique de transition» vers des énergies plus vertes pour éviter que l'économie du Québec souffre d'une démarche précipitée.

Inquiétudes à Bécancour

À Bécancour, les commentaires ne se sont pas fait attendre. C'est qu'une partie des mégaprojets industriels d’une valeur de 3 milliards $ actuellement en préparation dans la région repose sur une utilisation massive du gaz naturel.

«Je me questionne sur les repères du premier ministre, a souligné le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel. Est-ce que le fait d'être à l'international, ça le rend excité et qu'il en perd tous ses repères ici?»

Le projet d'usine d'engrais de 2 milliards $ d'Iffco à Bécancour compte sur un fort approvisionnement à long terme en gaz naturel. L'entreprise n'a pas souhaité commenter les propos du premier ministre.

Ce sera le même besoin pour l'usine de liquéfaction de Stolt LN Gaz, projet évalué à 800 millions $. Son porte-parole indique toutefois que la durée de vie de cette usine sera justement de 25 ou 30 ans, ou un peu plus selon les besoins.

Gaz Métro prépare également deux importants investissements. À Bécancour, l’entreprise entend construire une aire de stockage de gaz au coût de 45 millions $ pour les besoins de l’usine de cogénération de TransCanada. Hydro-Québec aura besoin de cette réserve en période de pointe hivernale à compter de 2018.

À Saint-Maurice et La Tuque, Gaz Métro s'apprête à investir 50 millions $ pour l'amélioration des installations de mise sous pression de son gazoduc afin d'accroître les livraisons de gaz vers le Saguenay.

«Avec des déclarations comme ça [le premier ministre] fragilise, juste pour la région de Bécancour et Trois-Rivières, des investissements de près de trois milliards», a observé le député Martel.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a d'ailleurs demandé lundi au gouvernement libéral de se rétracter. «On ne peut tout simplement pas prédire la mort d'une industrie en tant que premier ministre, particulièrement une industrie aussi importante pour le Québec», s'est exclamée la porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière d'énergie, Chantal Soucy.

La députée de Saint-Hyacinthe a rappelé «que le secteur industriel québécois occupe près de 60 % de la consommation totale de gaz naturel, tout en employant plus de 24 000 personnes dans les secteurs minier, sidérurgique, de l'aluminium, pétrochimique, des pâtes et papiers et manufacturier».

«Tout le monde va devoir se réinventer»

D'autres spécialistes, interrogés en marge du Forum stratégique sur les ressources naturelles (organisé lundi au Palais des congrès de Montréal), ont eu des propos plus nuancés.

«Le premier ministre Couillard livre un excellent message. Ça ne peut qu’influencer les financiers. On a besoin d’investissem ents pour compléter la chaîne d’approvisionnement», s'est réjoui Guy Bourassa, président et chef de la direction Nemaska Lithium.

«Les propos de M. Couillard s’inscrivent dans ce que les Québécois veulent. Personne ne sera surpris ni ne pense que ce soit une mauvaise chose», a dit Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain.

«M. Couillard parle de cibles à atteindre. Il envoie aussi un message à la population elle-même, elle doit passer elle aussi à l’efficacité énergétique.»

«On partage une vision commune avec le gouvernement, abonde Patrick Cabana, vice-président, approvisionnement et réglementation, Gaz Métro. Ce que je comprends du message de M. Couillard, c’est que Gaz Métro fera partie de la solution jusqu’en 2030. Nous sommes un incontournable. Et je suis optimiste pour la suite, jusqu’en 2050. C’est le signal que tout le monde va devoir se réinventer.»