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De Chicago à Montréal

Marc Bergevin n’a jamais hésité à attirer Rick Dudley avec le Canadien

En 2005, Rick Dudley était le mentor  de Marc Bergevin avec les Blackhawks de Chicago.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin En 2005, Rick Dudley était le mentor de Marc Bergevin avec les Blackhawks de Chicago.

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Dale Tallon, aujourd’hui directeur général des Panthers de la Floride, a influencé sans le savoir le portrait actuel du Canadien de Montréal. En 2005, l’ancien directeur général des Blackhawks a demandé à Rick Dudley d’agir comme mentor pour un jeune recruteur professionnel du nom de Marc Bergevin.

C’était le début d’une longue association. En entrevue au Journal, Bergevin a rappelé le lien fort qui l’unit à Dudley.

«Il y a toujours une personne dans ta carrière comme hockeyeur ou gestionnaire qui te marque. Pour moi, il n’y a aucun doute que c’est Rick Dudley. À mon arrivée à Chicago, je ne le connaissais absolument pas, je ne l’avais jamais rencontré. Dale travaillait avec une petite équipe. On sortait du lock-out de 2004. Dale m’avait dit qu’il m’engageait, mais que je travaillerais de façon étroite avec Rick. J’ai appris ce métier de lui.»

Parole de Dudley, Bergevin était un très bon étudiant.

«Je le supervisais et j’ai rapidement compris qu’il n’était pas juste un recruteur pro, réplique Dudley. Il avait trop de potentiel et il était trop intelligent. Marc a fait ses devoirs rapidement et il a gravi les échelons.»

«Berg [Bergevin] faisait partie du 1 % des meilleurs recruteurs, poursuit-il. Il était un recruteur formidable. Mais encore plus important, il a pris le temps de tout faire avant d’accepter un gros poste. Il a agi comme entraîneur adjoint, recruteur professionnel, directeur du personnel et adjoint au DG à Chicago et maintenant, il est dans le prestigieux siège de DG du Canadien.»

Bergevin, parmi l’élite

Ancien DG de quatre équipes différentes de la LNH, Dudley considère maintenant Bergevin comme l’un des maîtres de sa profession.

«Il est l’un des meilleurs directeurs généraux dans la LNH aujourd’hui et pour plusieurs raisons, lance-t-il. Il est un très bon communicateur et il s’entoure de bonnes têtes de hockey. Il a aussi la qualité de ne pas avoir peur de faire une erreur. Certains DG, quand ils acceptent ce poste, deviennent horrifiés à l’idée de conclure une transaction puisqu’ils ne veulent pas faire une gaffe.»

«Berg est tellement un bon communicateur qu’il a réussi à déplacer des pièces qu’on croyait impossibles à déplacer», conclut-il.

Par politesse, Dudley n’a jamais identifié les fameuses pièces, mais on peut en déduire qu’il parlait des contrats de Rene Bourque et de Travis Moen.

Un précieux conseil

Dans l’ère des technologies avancées, un bon vieux téléphone restera toujours l’arme principale d’un directeur général.

«À ses débuts avec le Canadien, j’avais donné un conseil important à Marc, se remémore Dudley. Je lui avais dit qu’il devait faire le tour des 29 autres DG toutes les deux semaines. La plus grande erreur d’un DG restera toujours le manque de communication. Marc a pris ce conseil plus que sérieusement.»

«Il n’y a aucun DG qui se rapproche de lui pour le nombre d’heures qu’il passe au téléphone à parler à ses collègues, enchaîne-t-il. C’est incroyable. Je croyais que j’étais bon, mais il me fait passer pour un amateur. Il est toujours au téléphone. C’est presque drôle. Grâce à lui, nous avons toujours des choses à nous dire. Ce serait ennuyant sans ça.»

S’il ne parle jamais des rumeurs et s’il trouve le moyen de rester très discret dans ses actions, Bergevin n’a jamais oublié ce conseil.

«J’ai appris ça de Rick. Tu ne peux pas savoir ce qu’un autre DG pense sans lui parler ou lui poser des questions. Si tu ne rentres pas en contact, tu restes dans le noir. Et ce qu’un DG pense le 2 décembre n’est pas nécessairement identique le 18 décembre. Ça change tellement rapidement. Tu ne peux pas deviner ce qui se passe. Je ne suis pas à Vancouver, Edmonton ou Los Angeles. Pour avoir l’heure juste, je dois parler à mes collègues.»

Une décision logique

À son embauche avec le Canadien le 2 mai 2012, Bergevin avait déjà en tête de faire une place à Dudley avec lui à Montréal. À cette époque, Dudley travaillait pour les Maple Leafs de Toronto comme directeur du personnel.

«Je n’ai pas hésité une seconde, je tenais à l’attirer avec moi à Montréal. Nous avons négocié pour le sortir de Toronto. Si les Leafs pouvaient dire oui, je savais qu’il viendrait travailler avec moi.»

 

Les contacts de Dudley, l’œil de Riendeau

En 2005, Rick Dudley était le mentor  de Marc Bergevin avec les Blackhawks de Chicago.
Photo d'archives

Le 8 mai 2013, Mike Condon écrivait son nom au bas d’un contrat professionnel de deux saisons avec le Canadien. En coulisses, Rick Dudley a joué un grand rôle dans cette acquisition qui s’avère des plus judicieuses, un peu plus de deux ans plus tard.

Personne n’est mieux placé que Dudley lui-même pour raconter cette histoire.

«Son agent, Michael Wulken, est l’un de mes amis. Il m’avait téléphoné pour me dire de le surveiller. Avec mon âge et mon expérience, j’ai une carte importante dans mon jeu, je connais plusieurs personnes dans le milieu du hockey. Je connaissais l’entraîneur de Condon à Princeton. Dans la ECHL, Mike jouait pour Mark Hardy qui a été mon adjoint avec les Vipers de Detroit. À Houston, il a joué sous les ordres de John Torchetti qui avait déjà joué pour moi avec les Thunderbirds de Carolina et avec qui j’ai travaillé plus tard à Tampa en Floride et à Chicago.»

«C’était presque risible. À chacune des destinations de Condon depuis Princeton, je connaissais un de ses entraîneurs. J’ai fait mon boulot en téléphonant à chacun d’eux. J’obtenais toujours la même réponse: un jeune homme formidable et travaillant. J’ai donc parlé à Berg [Bergevin] de lui. Je ne suis toutefois pas le roi pour évaluer les gardiens. Je peux dire s’ils bloquent la rondelle ou s’ils sont athlétiques, mais je ne remarque pas les petits détails.»

«J’ai donc demandé à Vincent Riendeau s’il pouvait aller le voir. Condon jouait pour Houston contre les Griffins à Grand Rapids. Il m’avait dit qu’il irait le voir. Vincent m’a téléphoné à 18 h 30 pour me dire de lui offrir un contrat. Je ne comprenais pas puisque le match était à 19 h. Vinny avait regardé la période d’échauffement et c’était suffisant pour le convaincre du potentiel [de Condon].»

 

À la recherche d’une bague

En 2005, Rick Dudley était le mentor  de Marc Bergevin avec les Blackhawks de Chicago.
Photo courtoisie

Rick Dudley n’a toujours pas gravé son nom sur la coupe Stanley. Après plus de 40 ans dans le milieu du hockey, il attend encore cette consécration. De son propre aveu, l’édition actuelle du Canadien peut aspirer aux grands honneurs.

«Est-ce que j’aimerais remporter la coupe Stanley? Absolument, répond calmement Dudley. Est-ce que j’aimerais le faire ici à Montréal? Absolument. Est-ce que je crois que nous avons une chance? Oui. Je crois même que nous pouvons y arriver dans un futur proche, pas lointain. Bien honnêtement, je considère que nous figurons parmi les équipes aspirantes à la coupe Stanley.»

Depuis le début de la saison, Dudley consacre la majorité de son temps au recrutement professionnel.

«Avec le Canadien, nous n’avons pas à regarder dans toutes les directions, nous pouvons cibler des besoins précis puisque nous misons sur une très bonne équipe», précise-t-il.

Parlant de besoins, Dudley n’a pas caché le désir du Canadien d’ajouter un joueur, mais à condition de trouver un bon partenaire pour danser.

«Est-ce que nous aimerions ajouter une pièce précise à notre casse-tête? Mais, est-ce que cette pièce est disponible sur le marché? Voici deux questions différentes, répond-il. Voudrions-nous ajouter une pièce? Je crois que oui, mais je ne peux pas prédire si ce sera possible. Pour cette raison, tu dois toujours savoir ce qui se trame dans la LNH.»

Un architecte sans titre

À ses jours comme attaquant avec les Sabres de Buffalo, Dudley a atteint une fois la finale de la Coupe Stanley. C’était en 1975. Les Flyers de Philadelphie avaient brisé ses aspirations en l’emportant en six matchs.

Comme directeur général, Dudley a quitté le navire du Lightning de Tampa Bay deux ans avant leur conquête de la coupe Stanley en 2004. Il a fait la même chose à Chicago, partant de son poste de DG adjoint en 2009, une année avant la première des trois conquêtes des Blackhawks.

«J’étais heureux de les voir gagner, dit-il sans amertume. J’avais le sentiment que je faisais partie de ces championnats. En 2010, Berg [Bergevin] m’avait téléphoné de Chicago après la conquête des Hawks pour me remercier. Il m’avait dit que je devais recevoir une bague. Je lui avais répondu que ce n’était pas nécessaire, mais que j’appréciais sa délicatesse.»

«J’ai compris que j’avais joué un rôle avec le Lightning et les Hawks puisque plusieurs personnes dans le milieu du hockey avaient pris le temps de me téléphoner ou de m’écrire, poursuit-il. J’ai aidé à la reconstruction des deux franchises et j’en retire une grande satisfaction.»