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Gaspiller notre énergie

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La discussion entourant la Conférence de Paris semble faire dérailler la politique énergétique du Québec. Il y a un risque de gaspiller notre énergie à débattre sur la base de faussetés. Il y a aussi un risque de gaspiller notre potentiel pétrolier et gazier sur la base de faux raisonnements. Une province appauvrie comme le Québec ne peut se permettre ces deux gaffes.

Oui, le Québec doit participer à l’effort de réduction des gaz à effet de serre. Et, oui, le Québec doit réduire son utilisation des hydrocarbures au cours des prochaines décennies. Mais, non, cela ne signifie pas qu’il faille abandonner tous les projets d’exploitation de nos ressources.

Nos milliards

La réduction, voire l’élimination quasi complète de l’usage de produits du pétrole est espérée pour 2050 dans le scénario le plus optimiste. Nous importons plus de 11 milliards $ de pétrole et de gaz annuellement. Même si la quantité totale diminuait, nos achats totaliseront des centaines de milliards $ au cours des 35 prochaines années. La décision d’en produire nous-mêmes plutôt que de tout acheter à l’extérieur demeure très pertinente, même dans un scénario de décroissance. Les milliards en jeu peuvent jouer un rôle déterminant sur notre niveau de vie.

Le Danemark, qui profite des gisements en mer du Nord, nous fournit un exemple intéressant. Entre 1985 et 2010, ce pays a réduit de 25 % sa consommation de pétrole, une performance exceptionnelle qui est parfois citée en exemple. Durant les mêmes 25 années, le Danemark a quadruplé sa production de pétrole et a multiplié par sept sa production de gaz naturel. Le Danemark diminue sa pollution, mais n’a pas renoncé à produire une ressource encore nécessaire. Note: les Danois sont plus riches que nous. Si le Québec veut avoir des standards élevés en matière d’environnement, l’idée de produire nos propres ressources tient aussi la route. Nous fixons nos méthodes et nos règles. Présentement, nous achetons du pétrole de l’Angola, de l’Algérie, du Nigeria. Vous croyez que ces pays ont adopté des standards environnementaux supérieurs aux nôtres?

Visionnaire?

En annonçant la fin du pétrole et du gaz, notre premier ministre souhaite passer pour un grand visionnaire. Quelques questions. Pourquoi investir alors plus d’un milliard dans la C-Series de Bombardier? À ma connaissance, Bombardier n’est pas sur le point de développer un moteur électrique pour ses C-Series. Pour investir autant de notre argent, son gouvernement doit croire que les avions au kérosène (issu du raffinage du pétrole) vont voler pendant encore quelques décennies.

Soyons aussi réalistes avec l’électrification des transports. Un rapport des HEC sur l’énergie vient de nous rappeler que l’électricité compte pour 0,5 % de l’énergie pour le transport de passagers. Même si le plan gouvernemental parvenait à multiplier par 10 le nombre de véhicules électriques, cela ne représenterait toujours que 5 %...

Quant à la fin du pétrole et du gaz naturel avant 2050, le grand rapport remis au gouvernement l’an dernier sur sa politique énergétique se lit comme suit: «En 2050, le pétrole demeurera une source d’énergie incontournable au niveau mondial. Le Québec ne fera pas exception.»

Difficile de discuter énergie et changements climatiques si l’on recherche un impact politique plutôt que de s’appuyer sur les faits.

 

 

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