/news/health
Navigation

Quand le cancer frappe

Comme plusieurs, ce père de famille n’était pas préparé à faire face à la maladie

Coup d'oeil sur cet article

Une toute petite masse sous le bras droit. Rien d’alarmant, se disait Marius St-Louis. Lorsqu’il se décide enfin à consulter, le choc est brutal. «Personne n’est préparé au cancer», confie ce père de famille de 36 ans.

Marius se croyait presque invincible. Jeune et en santé, il se disait qu’en travaillant très fort, rien de trop grave ne pouvait lui arriver.

Ce travailleur de la construction, amoureux de sa blonde et père de trois enfants a vu sa vie chavirer en septembre dernier. Cancer. Le mot de six lettres­­ a été prononcé par son médecin qui avait enfin trouvé de quoi souffrait Marius.

Un petit bobo au départ

«J’ai un cancer du sein de phase deux, c’est traitable, et un cancer des ganglions de phase quatre, très agressif», énonce-t-il d’un ton calme, le regard déterminé.

Marius répète qu’il est plutôt du genre «terre à terre», il veut savoir où il s’en va et veut que ses médecins lui disent «les vraies affaires». Malgré tout, le coup est dur à encaisser.

«Tu vas à l’hôpital pour un petit bobo, tu penses qu’au pire on va t’opérer. Je pensais jamais arrêter de travailler, ma job maintenant, c’est de me soigner», laisse-t-il tomber.

À ses côtés, sa conjointe Mélanie Paquette­­ s’occupe de Yoann, leur fils de trois ans. Elle qui s’apprêtait à se réorienter et retourner sur le marché du travail a plutôt mis ses projets sur la glace. Ses priorités ont soudainement changé.

«Comme un train»

«On pense que le cancer, ça n’arrive qu’aux autres. Quand j’ai appris, j’ai tout de suite pensé au pire, ça frappe comme un train», confie-t-elle.

Avec le cancer viennent les multiples réalités auxquelles il faut faire face.

Des faits peu connus que le couple accepte­­ de décrire. «Les gens qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas savoir...», croit Mélanie.

♦ Toutes les 11 minutes un Québécois apprend qu’il est atteint d’un cancer.

♦ Toutes les 26 minutes quelqu’un en meurt dans la province.
 
♦ Le nombre de nouveaux cas de cancer explosera d'au moins 35 % au Québec au cours des quinze prochaines années.

Les constats face à ce fléau

Les factures s’accumulent

«Comme bien du monde, je n’avais pas d’assurance invalidité. Tu pognes une débarque. Le mental va bien, c’est juste les sous. Je suis soutien de famille, j’ai toujours payé mes comptes, mais là je ne peux plus. J’ai attendu plus d’un mois mon premier chèque d’assurance emploi. Les cadeaux de Noël, y’en aura pas... Maudit argent!»

La douleur constante

«Quelqu’un m’a demandé ce qui est arrivé à mes cheveux. Je lui ai répondu: j’ai le cancer. Les gens voient juste les cheveux, mais moi, j’ai mal partout tout le temps. Avec la chimiothérapie, j’ai des maux de cœur et des étourdissements constants. Les médicaments me soutiennent.»

Les satanés cheveux

«J’ai perdu mes cheveux la semaine dernière, je les perdais par poignées. J’ai autre chose à faire, j’ai mis ça dans un petit coin de ma tête, on verra ça plus tard. On me dit que ça repousse.»

Le regard des autres

«Quand t’as le cancer, le monde ne sait pas comment agir avec toi. Ils se tassent, comme si tu étais contagieux», observe Marius.

«Quand il n’a pas de chapeau, on le regarde comme s’il était un extraterrestre», dit Mélanie.

Le couple

«J’ai une belle petite famille, ils vont bien, l’amour est là... Ce n’est pas tout le monde qui a quelqu’un pour passer à travers le cancer. Je suis chanceux, ma femme s’occupe de tout. Je connais beaucoup de couples que ça finirait drette-là», confie Marius.

«On a toujours dit qu’on était un team», ajoute Mélanie.

Si j’avais su...

«Le médecin m’a dit que ça arrive à n’importe qui et à n’importe quel âge, même qu’il voit des cas de cancer de plus en plus jeunes, comme moi. Si j’avais su, j’aurais mis de l’argent de côté et j’aurais pris une assurance-vie.»

La peur de consulter

«J’ai attendu trop longtemps avant d’aller à l’hôpital pour faire vérifier un petit bouton qui a grossi. Il ne faut pas attendre, pas avoir peur de consulter, il faut prendre les moyens de se protéger.»

Ça fragilise aussi le porte-feuille

Perte de revenus, frais de médicaments qui ne sont pas tous couverts, frais de transport parce que l’on ne se rend pas à son traitement de chimiothérapie en autobus...

Le cancer fragilise aussi le portefeuille, insiste André Beaulieu, de la Société canadienne du cancer (SCC).

«Si on n’a pas d’épargne, c’est clair que l’on ne devient­­ pas riche avec le cancer. On ne peut demander un prêt à la banque parce que l’on n’est pas solvable, souvent on doit se tourner vers les amis», observe-t-il.

Une personne frappée par le cancer peut recevoir jusqu’à quinze semaines­­ de prestations d’assurance emploi.

«C’est ridicule, au bout de quinze semaines, tu n’as même pas terminé tes traitements», explique le porte-parole de la SCC qui donne chaque année plus d’un million de dollars en aide financière à des personnes atteintes de cancer dans le besoin.

«On le fait parce qu’on a la pression du public, mais ce n’est pas notre rôle de faire ça, c’est la job du gouvernement», ajoute-t-il.

Jeunesse au Soleil répond aussi aux demandes de personnes atteintes du cancer.

Un sable mouvant économique

«On en voit beaucoup.

37 % des salariés vivent d’une paie à l’autre. Imaginez quand le cancer frappe, les gens tombent dans un sable mouvant économique», constate Tommy Kulczyk, directeur des services d’urgence et des communications pour l’organisme.

La situation ne risque pas de s’améliorer, rappelle André Beaulieu.

«Avec le vieillissement de la population et des baby-boomers, on se dirige vers un tsunami de nouveaux cas de cancer, soit plus 35 % au cours des quinze prochaines années. Le gouvernement devra faire face», conclut-il.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.