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DCI unique: Québec admet les gaspillages

periode des questions
Simon Clark/Agence QMI

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Malgré les critiques, le gouvernement s’est entêté depuis près d’une décennie avec un plan informatique qui nous a coûté des centaines de millions de dollars, mais hier, Québec a soudainement changé d’idée.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a annoncé, jeudi, l’implantation de la solution informatique Cristal-net dans tous les hôpitaux de la province. C’est majeur.

C’est un virage à 180 degrés. Québec reconnaît ainsi tout à coup que son plan pour l’informatisation des hôpitaux n’était pas le meilleur. Cristal-net est un dossier clinique informatisé (DCI). C’est l’informatisation dans les hôpitaux. Le DCI est une composante du plus vaste projet d’informatisation de la santé, qui était initialement promis pour 2011, à un coût de 543 M$. Québec cible maintenant 2021 et un coût de 1,6 G$

Une grande discrétion a entouré cette nouvelle de l’implantation de Cristal-net :

-Elle a été diffusée par communiqué de presse en fin d’après-midi (17 h 49) jeudi, alors que les députés et ministres avaient déjà quitté l’Assemblée nationale pour leur circonscription et la période des Fêtes.

- Les entreprises concurrentes à Cristal-net n’ont pas été consultées et ont donc appris, hier, qu’elles allaient perdre des millions de dollars parce que le gouvernement ne s’intéresse soudainement plus à leur solution informatique.

- Au milieu de septembre, notre Bureau d’enquête a appris que le sous-ministre de la Santé avait souligné dans une rencontre devant plusieurs cadres du réseau de la santé qu’une solution unique pour tous les hôpitaux allait être implantée. La rumeur courait déjà à ce moment que cette solution en question allait être Cristal-net. Nous avons demandé au ministère si c’était vrai, et la responsable des communications avait nié. Finalement, c’est exactement ce qui s’est produit.

Avant l’annonce d’hier, le Québec laissait les hôpitaux choisir la solution informatique de leur choix (parmi une liste de produits approuvés). Maintenant, tout le monde doit choisir Cristal-net. Si Québec n’a pas eu à faire d’appel d’offres, c’est parce que cette solution appartient au Québec. C’est un système qui a été développé par le centre hospitalier de Grenoble, en France, selon l’approche du logiciel libre. Le CHU de Québec a participé au développement et l’a adapté à Québec au début des années 2000.

En 2013, notre Bureau d’enquête avait souligné que la solution à Québec (Cristal-net) avait coûté une dizaine de millions de dollars. Mais à Montréal, la solution choisie a été Oacis (appartenant maintenant à Telus) et son développement a débuté en 2004. Le système n’est pas implanté et s’achèvera en 2019 au coût prévu de 130 M$.

Ce n’est finalement que deux ans plus tard, hier, que le gouvernement a décidé que cette solution dix fois moins chère, à Québec, sera implantée partout.

Autrement dit, cela veut aussi dire que le méga chantier (Oacis) de 130 M$, à Montréal, sera abandonné dès qu’il sera complété. Le ministère respectera les contrats et après, c’est terminé, confirme le ministère.

Nous avons demandé à Gaétan Barrette si cette nouvelle était un désaveu de ce qui avait été fait avant. Son cabinet nous réplique qu’il ne peut pas parler pour le passé et que la structure actuelle permet plus facilement au ministère de contraindre l’uniformisation de certaines pratiques.

Est-ce que les centaines de millions dépensés dans les systèmes autres que Cristal-net se retrouvent aux vidanges? «Il y a des investissements à refaire, admet le cabinet du ministre. Par contre, ce n’est pas vrai que tout ce qui a été fait sera gaspillé. Il y aura des transferts de bases de données. Et au final, au net, ce sera moins d’argent gaspillé».

Bonheur des uns, malheur des autres

Appelé à commenter, le président de l’entreprise québécoise Purkinje, François Carignan, était visiblement déçu. Purkinje est un compétiteur de Cristal-net. Ses produits sont implantés dans plusieurs hôpitaux au Québec. Mais avec cette nouvelle, il devra terminer ses contrats et laisser le champ libre à Cristal-net. C’est donc terminé pour son produit au Québec.

«C’est frustrant. J’ai lancé cette entreprise au Québec et le gouvernement me dit que je ne peux plus faire des affaires au Québec», se désole celui qui évalue que la solution Cristal-net n’a pas un coût nul et n’offre pas toutes les possibilités des autres solutions sur le marché.