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Un quotidien de papier disparaît

Le journal La Presse a publié ce matin sa dernière édition en semaine

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Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine André Pinet achète chaque jour une copie de La Presse pour les clients de son commerce dans le marché Atwater. Il déplore la décision de publier sur papier uniquement le samedi.

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Après 131 ans d’existence, La Presse a publié aujourd’hui sa dernière édition papier en semaine.

Tel qu’annoncé en septembre dernier, La Presse abandonne le papier du lundi au vendredi, elle qui avait déjà cessé de publier le dimanche. Le journal de papier sera remplacé par une application tablette baptisée La Presse+.

Seule l’édition du samedi restera imprimée et distribuée aux abonnés. Une décision qui entraîne la mise à pied de 158 employés.

«C’est un changement historique, mais les gens sont prêts à nous suivre», estime le président du syndicat, Charles Côté. Il ajoute que La Presse+ a amassé 70 000 nouveaux lecteurs depuis l’annonce de la fin du papier.

Il reconnaît cependant que cette décision a de lourdes conséquences pour les distributeurs du journal en semaine et les employés du service à la clientèle qui perdent leur emploi.

Sa plus grande inquiétude concerne la perte de visibilité du travail des journalistes sans une version papier. «Pourra-t-on avoir le même impact sans les journaux en kiosque ou sur les tables des cafés?» s’interroge-t-il, ajoutant que la «une d’un journal, c’est important».

Une photo prise en 1976 dans la salle de rédaction de La Presse des journalistes Michel Auger (à gauche) et Jean-Pierre Charbonneau. Le premier est ensuite allé travailler au Journal de Montréal, le second est devenu député et ministre du Parti québécois. Les deux ont aussi survécu à des coups de feu tirés sur leur lieu de travail.
Photo d'archive
Une photo prise en 1976 dans la salle de rédaction de La Presse des journalistes Michel Auger (à gauche) et Jean-Pierre Charbonneau. Le premier est ensuite allé travailler au Journal de Montréal, le second est devenu député et ministre du Parti québécois. Les deux ont aussi survécu à des coups de feu tirés sur leur lieu de travail.

Pari risqué

Seul le temps dira si La Presse a fait le bon choix en laissant tomber le papier pour une tablette, croit le professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Jean-Hugues Roy. «C’est le premier journal au Canada à laisser tomber le papier», fait-il remarquer.

Même si d’autres l’ont fait ailleurs, comme le Seattle Post-Intelligencer aux États-Unis, ce qui différencie La Presse, c’est le choix d’aller sur tablette.

«Ils sont les seuls à le faire, affirme Jean-Hugues Roy. Tous les journaux se tournent vers le numérique, comme le New York Times ou Le Monde, mais plutôt sur internet», poursuit-il.

Si le papier a duré 131 ans à La Presse, le professeur se demande quelle espérance de vie aura la tablette.

Trop de quotidiens ?

Avec ses six quotidiens, dont un en anglais et deux gratuits, Montréal a presque autant de journaux que New York et beaucoup plus que Los Angeles, par exemple. Est-ce une anomalie du marché ici qui se corrige?

Jean-Hugues Roy hésite à dire que Montréal a trop de journaux, puisqu’il estime qu’ils ont «tous leurs fonctions et leurs marchés distincts».

Il dit cependant que si un journal peut se permettre le risque de publier uniquement sur tablette, c’est bien La Presse, propriété de la richissime compagnie Power Corporation.

«L’entreprise a les reins solides, fait des milliards en profit et peut donc prendre ce genre de risques», explique-t-il, ajoutant par contre qu’il ignore si «La Presse+ est rentable, mais si ce l’était, on le saurait».

Cet expert des médias s’inquiète davantage pour Le Devoir, dont les revenus sont à la baisse.

Les inconditionnels de La Presse n’auront désormais pas d’autres choix que d’ouvrir une tablette ou de consulter le site web.

«C’est dommage», déplore André Pinet, qui achetait La Presse chaque jour pour les clients de son restaurant du marché Atwater.

«Je ne peux pas mettre une tablette sur les tables, je risquerais de me la faire voler», dit-il en riant. Il compte maintenant acheter deux copies du Journal de Montréal à la place.

«Il reste encore beaucoup de gens qui aiment lire leur journal en papier», poursuit le restaurateur, ajoutant que si une tablette «brise ou fonctionne mal une journée, les lecteurs seront privés d’information».

Décision d’affaires

La Presse n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Dans les pages de son journal en septembre, l’éditeur de La Presse, Guy Crevier, expliquait que «La Presse+ est l’évolution naturelle de La Presse».

Il soulignait que son journal avait pris cette décision en raison de la perte de revenus publicitaires et de la baisse du tirage du quotidien.

Les derniers disparus

Montreal Daily News: 1988-1989

The Montreal Star: 1869-1979

La Patrie: 1879-1978 (a cessé d’être un quotidien en 1957)

Montréal-Matin: 1930-1978