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Des clients saignés par la vampire des thermopompes

Elle a soutiré des milliers de dollars à des clients crédules

Gérard Pelletier
Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault Gérard Pelletier, de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, s’est fait avoir deux fois plutôt qu’une.

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La vendeuse de thermopompes la plus connue à l’Office de la protection du consommateur vient d’être condamnée 11 fois dans quatre palais de justice à une série d’amendes pour avoir trompé des clients un peu partout au Québec.

«Je suis un gros poisson. Et cette femme m’a ferré solidement», peste Gérard Pelletier, de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, en Montérégie.

Le menuisier retraité de 75 ans en a gros contre la belle parleuse Mélanie Patry, qui s’est présentée à lui en décembre 2012 sous le faux nom de Mélanie Parent. Elle a réussi à abuser de la personne âgée en lui faisant signer l’achat d’une thermopompe de 15 000 $ qui n’en valait pas la moitié.

Pire encore, le vieil homme n’en avait même pas besoin. Mais elle a réussi à le convaincre que le fréon de sa thermopompe allait bientôt être interdit et qu’il valait mieux la remplacer tout de suite.

Amendes

L’Office de la protection du consommateur (OPC) s’en est mêlé, des accusations ont été portées. Patry a été condamnée à cinq amendes totalisant 3104 $ en avril pour l’avoir trompé.

Depuis le début de l’année, elle a versé plus de 10 000 $ d’amendes après avoir été condamnée 11 fois dans quatre palais de justice pour des fautes reprochées en 2013. Et l’OPC n’en a pas fini avec elle. D’autres accusations ont été portées contre la vendeuse impénitente, condamnée plus de 50 fois ces dernières années.

«Elle a été très présente jusqu’en 2013. Mais on sent une accalmie depuis deux ans», rassure Gary Frost, directeur des services aux consommateurs à l’OPC.

Appareil gratuit

Mélanie Patry ne s’est pas limitée à la couronne montréalaise. Elle a sévi jusque dans la région de Drummondville. Parlez-en à Lucie Lecomte, de Durham-Sud. Quand Mélanie Patry s’est faussement présentée comme employée du fabricant Goodman, elle s’est excusée de lui avoir vendu un mauvais produit quelques années auparavant. Puis, elle lui a promis de payer les versements restants de sa vieille thermopompe en plus du nouvel appareil.

«Mais un mois plus tard, je recevais deux comptes de 500 $, un pour la vieille, l’autre pour la nouvelle thermopompe», dit Mme Lecomte.

Finalement, c’est Rénovation sans limite, le véritable employeur de Mélanie Patry, qui a réparé les pots cassés.

«Je ne peux pas vous en dire plus parce qu’on est en recours juridique contre Mélanie Patry, sinon que je me considère comme une victime», dit Eugène Lamoureux, employé de l’entreprise à l’époque.

Victime peut-être, mais notons que Rénovation sans limite a elle aussi été condamnée en mai dernier pour avoir fait de fausses représentations à ses clients.

M. Lamoureux est incapable de retrouver Mme Patry. «Bonne chance!» nous a-t-il lancé. Le Journal s’est rendu à la dernière des six adresses connues de l’OPC, à Carignan, mais, sur place, ni les occupants ni les voisins ne la connaissaient.

Être payé pour se chauffer

Dans certains cas, les offres de Mélanie Patry dépassaient l’entendement. Dans un cas, elle a promis à Daniel Caron de remplacer à ses frais sa thermopompe tout en lui donnant 110 $ par mois de compensation.

«C’était trop beau pour être vrai. J’ai appelé l’OPC et ils m’ont dit de ne pas signer», dit le citoyen de Saint-Cuthbert, situé entre Montréal et Trois-Rivières.

En plus des clients leurrés, le fabricant Goodman est un des plus touchés par les pratiques douteuses de Mélanie Patry.

«Elle disait être représentante pour Goodman, mais nous ne vendons pas aux consommateurs, nous vendons uniquement aux entreprises», dit François Lachapelle, directeur des ventes.

Une thermopompe vendue 15 000 $ à un citoyen, «ça n’a aucun sens», insiste-t-il. «Le remplacement d’un système existant coûte entre 5000 $ et 8000 $, gros max», assure-t-il.

Des années à endormir ses clients

Difficile de contredire Gérard Pelletier quand il se dépeint comme un gros poisson. L’homme s’est fait avoir souvent au fil des ans par une multitude d’entreprises. La constante: Mélanie Patry a travaillé dans presque chacune d’elles.

Deux fois plus cher

En 2008, il s’est d’abord fait prendre par Gestion Dreymax, qui lui a vendu une thermopompe 14 000 $, qui ne valait pas plus de la moitié, selon son fabricant Goodman. Si la représentante sur le contrat est Carolyn Ross, Le Journal a appris que Mélanie Patry y travaillait. En 2013, Dreymax a été condamné à payer 20 050 $ d’amendes pour ses contrats non conformes et ses pratiques douteuses.

Contrat d’entretien

Deux ans plus tard, Technofiltre soutirait 2600 $ à M. Pelletier pour un contrat d’entretien de sa thermopompe de six ans. «Un prix élevé qui ne fait aucun sens», dit François Lachapelle, de Goodman Canada. Technofiltre ne passera pas une seule fois chez lui. Qui était vice-présidente de l’entreprise? Mélanie Patry. Elle a plaidé coupable en 2013 à 11 accusations, dont de fausses représentations.

«On ne peut vendre deux thermopompes au même client, alors on leur propose autre chose», explique Gary Frost, de l’OPC.

Encore un contrat

En 2012, Services et Entretiens J.H.G. l’appelle pour lui annoncer que Technofiltre fait l’objet d’un recours collectif et qu’il est prêt à reprendre le contrat d’entretien.

Mais on lui propose finalement un contrat de cinq ans moyennant un supplément de 2000 $. Gérard Pelletier tombe à nouveau dans le panneau et signe.

L’année suivante, l’OPC mettra en garde les consommateurs contre cette entreprise, qui fait de fausses représentations.

La fin des tromperies

Est-ce que Mélanie Patry a poussé sa chance cette même année quand elle se présente sous le nom de Mélanie Parent et lui propose une autre thermopompe à 15 000 $ après avoir prétendu que son vieil appareil serait bientôt illégal?

Toujours est-il que l’homme signe quand même le contrat de 10 ans totalisant 21 400 $ avec les taxes et les frais d’intérêt. Il a toutefois le réflexe de contacter l’OPC pour être certain qu’il ne se fait pas encore avoir. L’organisme annulera son contrat.