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Le FBI traque le djihadiste montréalais sur le web

Sami Elabi, le djihadiste montréalais, est sur le radar des groupes de lutte antiterroriste.
photo courtoisie, iBrabo Sami Elabi, le djihadiste montréalais, est sur le radar des groupes de lutte antiterroriste.

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Les enquêteurs antiterroristes du FBI traquent en Syrie le djihadiste québécois Sami Elabi via internet, a appris notre Bureau d’enquête.

Hier, nous révélions que nous avions pu communiquer avec ce djihadiste québécois, qui participe aux combats en Syrie depuis 2013, et qu’il avait publiquement coupé et renié ses liens avec les terroristes de l’État islamique (ÉI) et le Front Al-Nosra, le bras d’Al-Qaïda en Syrie.

M. Elabi a écrit sur son compte Twitter que l’ÉI est un «faux califat» (un faux royaume) et que son chef est incompétent.

La police américaine s’intéresse aux djihadistes comme Elabi pour plusieurs raisons.

  • Le FBI possède une unité spéciale qui surveille ces extrémistes violents originaires de l’Occident parce que ceux-ci recrutent souvent des jeunes d’ici sur les réseaux sociaux (comme Elabi l’a fait).
  • Le FBI craint aussi que ces terroristes tentent de revenir en Amérique du Nord pour commettre des attentats ici.

Les enquêteurs du FBI suivaient d’ailleurs les efforts de recrutement d’Elabi par le biais des réseaux sociaux.

Ceux-ci ont notamment intercepté des messages Twitter entre Elabi et un adolescent montréalais – que l’on ne peut pas identifier parce qu’il est mineur – condamné récemment au Tribunal de la jeunesse.

Ces messages ont été déposés en preuve contre ce jeune radicalisé.

Il a été trouvé coupable d’avoir voulu quitter le pays pour aller combattre aux côtés du groupe ÉI, une première au Canada.

Surveillé ?

Sami Elabi nous a dit qu’il ne savait pas que le FBI le surveillait.

Ni le FBI, ni les agents du SCRS, ni des enquêteurs de la GRC n’ont jamais essayé d’entrer en communication avec lui, nous a-t-il écrit.

Toutefois, dit-il, les limiers du SCRS ont rendu visite à son père syrien (lui-même malade) à Montréal pour le questionner sur les activités de son fils.

Même si Elabi a été militant pour deux groupes terroristes, il n’a jamais fait l’objet d’un mandat d’arrestation international public comme d’autres terroristes bien connus du Canada anglais.

Pourtant, Elabi dit avoir travaillé au quartier général de l’État islamique quelque temps avant de fuir le groupe.

Ses messages sur Twitter le présentent aussi comme un fournisseur de faux papiers, un promoteur de crimes de guerre, un expéditeur de messages haineux et un extrémiste islamiste fanatique.

Pas de retour

Aujourd’hui, Elabi dit comprendre que si jamais il revient au Canada, il sera immédiatement arrêté et il passera des années en prison.

Alors, il ne reviendra pas, dit-il.

Cependant, deux semaines après nos premières entrevues avec lui, Elabi nous a informés dans d’autres échanges sur Twitter qu’il voulait maintenant quitter la Syrie. Il voulait de l’aide.

«La situation à Lattaquié se complique beaucoup. Je n’ai plus la forme physique ni psychologique pour combattre», nous a-t-il écrit.

«J’aimerais essayer de refaire ma vie. Et j’ai pensé aller au Maroc. La vie est pas chère et c’est tranquille, écrit-il. Tu crois que le Canada ira me chercher là-bas?»

Nous avons refusé de participer à cette discussion de quelque façon.

 

Ses amis d’enfance de Pierrefonds dans la mire de la GRC

<b>Merouane Ghalmi</b><br />
Porte un bracelet électronique
Photo d'archives
Merouane Ghalmi
Porte un bracelet électronique

Deux amis d’enfance du djihadiste québécois Sami Elabi ont été conduits devant les tribunaux ce printemps parce que la GRC les soupçonnait de vouloir commettre des infractions de terrorisme.

Merouane Ghalmi et Daniel Minta Darko, tous les deux de Pierrefonds comme Elabi, portent aujourd’hui des bracelets électroniques pour que les enquêteurs de sécurité de la GRC puissent suivre leurs déplacements en tout temps.

Enseigner le combat

Elabi a admis en entrevue avec notre Bureau d’enquête qu’il avait tenté de recruter Ghalmi, qui a été un kickboxeur professionnel, pour aller en Syrie donner à des rebelles des cours de combat à mains nues.

«On lui a dit de venir [en Syrie] donner des cours de combat à mains nues aux rebelles. Il était intéressé et les Syriens étaient vraiment contents, mais je pense que ses parents sont intervenus, a dit Elabi. C’était dans le temps où Al-Nosra était une organisation secrète.»

Ghalmi et Darko ont chacun reçu une sommation de la GRC de comparaître en cour – en février et en mai 2015 – pour qu’ils signent des bons de la paix.

Mais la police fédérale n’a jamais fourni de détails pour expliquer pourquoi elle craignait que les deux hommes puissent commettre des actes terroristes. D’ailleurs, ils ne sont accusés d’aucune infraction criminelle.

On sait seulement qu’ils fréquentaient la même école secondaire que Elabi.

Darko

<b>Daniel Minta Darko</b><br />
Porte un bracelet électronique
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier
Daniel Minta Darko
Porte un bracelet électronique

Ce dernier ne comprend cependant pas pourquoi Darko fait l’objet d’une enquête de sécurité nationale.

La famille de ce dernier n’est pas musulmane, mais chrétienne, dit-il.

«C’est quelqu’un de calme, respectueux, ambitieux. Il savait gérer l’argent. Je le voyais comme un futur grand businessman», a dit Elabi.