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Honoré Beaugrand et La Patrie

17 juin 1884

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Honoré Beaugrand (1848-1906)

photo Courtoisie des Archives de la Ville de Montréal

L’homme à la remarquable moustache n’est nul autre qu’Honoré Beaugrand. Militaire, journaliste, maire de Montréal, écrivain de folklore, voire cuisinier (!), Honoré Beaugrand est avant tout un libre penseur et un grand voyageur. Avide de faire ses preuves sur les champs de bataille, il quitte le Québec pour le Mexique à l’âge de 17 ans. Pendant 18 mois, il combat farou­chement au sein de la contre-guérilla de l’armée impériale de Maximilien de Habsbourg, alors empereur du Mexique. L’aventure mexicaine de Maximilien se révélant un échec cuisant, Beaugrand gardera toujours une aversion profonde pour les rebelles. De la France aux États-Unis, le jeune homme exerce mille métiers, de cuisinier à journaliste, de La Nouvelle-Orléans à Fall River. Il y rencontre Eliza Walker, une protestante au brillant intellect, qu’il épouse en 1873. C’est à ce moment qu’Honoré vit sa période la plus radicale, se proclamant franc-maçon et anticlérical. Quelques années plus tard, il revient à Montréal, où il entame une carrière pleine de rebondissements.

La Patrie, journal du soir

photo Courtoisie des Archives de la Ville de Montréal

Maire de Montréal lors de la grave épidémie de variole et des inondations destructrices de 1885-1886, le futur auteur de La chasse-galerie est d’abord le fondateur du journal La Patrie. Le 24 février 1879, Hono­ré Beaugrand lance le quotidien avec l’avocat Ernest Tremblay, un rédacteur «au lyrisme échevelé», ex-éditeur du journal libéral Le National. Autorisant les encarts publicitaires, une pratique novatrice pour l’époque, Honoré Beaugrand s’assure de l’indépendance écono­mique du journal. Jouant d’une rare liberté de presse, il s’avère ouvertement provocateur à l’égard des conservateurs, mais aussi envers les libéraux, qu’il considère comme étant trop timorés. En plus d’éditoriaux politiques, Honoré Beaugrand raconte ses voyages, lui qui a traversé l’Atlantique 80 fois et qui a même fait le tour du monde! Autre première, Rober­tine Barry, mieux connue sous le pseudonyme de «Françoise», rédige une chronique exclu­sivement pour le lectorat fémi­nin dès 1891. Rare succès éditorial de son époque, La Patrie passe aux mains du libéral Joseph-Israël Tarte en 1897.

L’immeuble de La Patrie

Avant Après
photo Courtoisie des Archives de la Ville de Montréal
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

Cette photographie du bureau de la rue Sainte-Catherine a été prise en 1976, deux ans avant la fermeture définitive du journal. À ses débuts, La Patrie avait pignon sur rue dans le Vieux-Montréal, alors un véritable pôle journalistique. En 1903, son nouveau président, Joseph-Israël Tarte, pris l’audacieuse décision de déménager La Patrie rue Sainte-Catherine, une artère commerciale en plein essor fréquentée par tous les Montréalais. À l’été 1907, l’équipe éditoriale a enfin pu aménager dans ses nouveaux locaux. Comptant six étages, l’immeuble de La Patrie dominait littéralement le quartier. On y imprimait quotidiennement le journal, mais aussi de nombreux livres et publications en tous genres. Dans cette «véritable ruche», hommes et femmes s’activaient dans les salles des presses, de reliure, de composition, de typo­graphie, de rédaction, de photogravure, d’expédition, etc. Laissé à l’abandon par son actuel propriétaire, plus personne ne franchit son antique portique monumental, digne témoin d’une époque où la presse papier était reine.