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Médecins québécois : les mieux payés

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Remarquez qu’on s’en serait déjà douté...

Le chroniqueur économique Francis Vailles le confirme ce matin dans La Presse.

Sous prétexte d’un «rattrapage» pécuniaire majeur vis-à-vis leurs collègues hors Québec et après des années de «bonifications» successives sous toutes les formes – rémunération, primes «incitatives», etc. -, les médecins québécois seraient maintenant aussi bien payés, sinon davantage, qu'ailleurs au Canada. Et surtout, mieux payés qu'en Ontario.

Citons M. Vailles :

«(...) depuis 2014, les médecins du Québec gagnent autant, sinon davantage, que leurs collègues du reste du Canada. L’information ne me vient pas d’un quidam, mais du très crédible Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). L’organisme compile l’ensemble des données de rémunération des médecins au Canada, et toutes les études comparatives s’en remettent à sa base de données.

Plus précisément, les médecins du Québec qui travaillent à temps plein ont gagné 331 000 $ en moyenne au cours de l’année terminée le 31 mars 2014, soit 1 % de plus que la moyenne canadienne et 8,5 % de plus qu’en Ontario. « Essentiellement, la rémunération au Québec des médecins en équivalent temps plein est égale à celle du reste du Canada », a confirmé le chef du programme de comparaison des données pancanadiennes de l’ICIS, Walter Feeney.»

Et plus précisément encore :

«La pente est encore plus abrupte pour les médecins spécialistes. L’écart est passé de  - 50 % en 2007 à + 8 % en 2014. Quand on compare avec l’Ontario, l’écart favorisant le Québec est plutôt de 15 % en 2014. En ce qui concerne les médecins de famille, l’écart a été comblé avec l’Ontario, où l’avantage du Québec est de 4 %, mais pas encore avec le reste du Canada (- 9,5 %)

Comment expliquer ce formidable rebond de la rémunération des médecins québécois?

Francis Vailles en note deux déjà connus.

1) Pendant qu'à Québec, on déliait les cordons de la bourse publique pour ce rattrapage, «certaines provinces, dont l’Ontario, ont fait pression sur la rémunération des médecins pour équilibrer leur budget (les chiffres de l’ICIS constatent une baisse de 15 000 $, ou 4 %, en Ontario depuis 2012). »

2) «Le Québec a accepté de verser des paiements de rattrapage à partir de 2008. (...) L’entente signée en 2007 accordait aux médecins de famille du Québec une majoration de leur rémunération de 19,3 % sur huit ans, tandis que les spécialistes obtenaient 25,3 %. Ce rattrapage s’ajoutait aux augmentations normales consenties aux employés du secteur public. La plus grande part des versements a maintenant été faite, et le reste sera étalé jusqu’en 2020. L’entente avait été signée par le ministre de la Santé d’alors, Philippe Couillard, et les dirigeants de deux syndicats de médecins, dont Gaétan Barrette, aujourd’hui ministre de la Santé sous le gouvernement Couillard.»

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Un marché de dupes?

Pendant ce temps, des études ont montré que la productivité globale des médecins au Québec, omnipraticiens et spécialistes, déclinait alors que leur rémunération augmentait sensiblement. On parle bien ici de productivité globale, des variantes importantes existant sur le plan individuel.

Bref, les Québécois n’en ont pas nécessairement pour leur argent. Du moins, pas jusqu'à maintenant.

Un autre os dans la soupe est le coût de la vie.

Hormis pour la nourriture, vivre au Québec coûte moins cher qu’en Ontario pour l’achat d’une ou plusieurs propriétés, pour les services de garderie, etc.. Il existe aussi ici une assurance-médicament collective. Je laisse le reste à votre imagination.

En cette ère d’austérité à géométrie variable, cela ne va pas sans soulever une question importante quant à la gestion des deniers publics et à la santé publique elle-même : Ce rattrapage rapide et généreux accordé aux médecins serait-il en bout de piste un marché de dupes pour les Québécois? Les prochaines années donneront une réponse plus définitive à cette question.

Gaétan Barrette jure que non alors qu'à la Fédération des médecins spécialistes, on conteste la méthodologie de ces données.

Pour l’ex-négociateur pour les médecins spécialistes et ministre de la Santé sous Philippe Couillard, l’heure d’une accessibilité NORMALE aux soins de santé au Québec approcherait à grand pas grâce à sa propre réforme.

Pour le moment, force est plutôt de constater la lenteur avec laquelle ce nirvana collectif, promis et payé à grands frais par les contribuables québécois, se fait encore attendre.

Le tout, pendant que l’on rapportait aussi ce matin une autre donnée encore moins réjouissante pour le commun des mortels au Québec :

«Le Québec est la province canadienne où le revenu disponible par habitant a été le moins élevé en 2014, et ce, pour la deuxième année consécutive, indiquent les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dévoilées lundi. Après avoir connu en 2013 une première baisse en 17 ans, le pouvoir d’achat des Québécois a connu en 2014 sa plus faible croissance en près d’une décennie.

En 2014, après avoir payé leurs impôts et reçu les transferts gouvernementaux auxquels ils ont droit, les Québécois avaient en moyenne 26 046 $ en poche pour consommer et épargner. C’est 14 % en deçà de la moyenne canadienne (30 270 $) et moins que dans toutes les autres provinces pour une deuxième année de suite. (...)

L’écart entre le revenu disponible par habitant au Québec et dans le reste du Canada s’est par ailleurs accentué au cours des dix dernières années. « En 2004, le revenu disponible du Québec correspondait à 88,4 % de celui du reste du Canada, alors qu’en 2014, il ne représente que 82,6 % », note l’ISQ.(...)

Les raisons qui expliquent le retard du Québec demeurent sensiblement les mêmes d’année en année. Pour 2014, l’Institut montre du doigt la faible progression de la rémunération des salariés et des transferts gouvernementaux, ainsi que la « hausse marquée » des cotisations payées par des employés à un régime de retraite à prestations déterminées

***

Comme quoi, pendant que se fait ce rattrapage spectaculaire de la rémunération des médecins au point de détrôner aujourd'hui leurs collègues du reste du pays, le pouvoir d’achat de la vaste majorité des Québécois, lui, est dans le peloton de queue au Canada...

Au point aussi où en décembre dernier, des médecins dénonçaient eux-mêmes cette hausse de rémunération qu'ils jugent «indécente» en pleine austérité budgétaire.

Le tout, sans compter la «légalisation» récente par le gouvernement Couillard des «frais accessoires» chargés en plus directement aux patients par certains médecins.

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