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Journalisme et journaux: allez voir Spotlight

Spotlight
Photo courtoisie

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J’ai parlé, dans ma dernière chronique Médias, de la façon dont le film Spotlight, un des favoris aux prochains Oscars, met en lumière divers enjeux liés au journalisme. Le film relate l’enquête menée par une équipe du Boston Globe qui a abouti, en 2002, à la révélation d’agressions sexuelles commises pendant des décennies par des prêtres catholiques... Et soigneusement dissimulés par les hautes autorités de l’Église.

Alors que la chaîne canadienne de journaux Postmedia a encore annoncé des coupes, que l’avenir du Devoir, qui vient de nommer son nouveau directeur, se retrouve perpétuellement remis en question, et qu’on s’interroge, de façon générale, sur l’avenir des journaux, je trouve qu’il y a divers points qui sont soulevés dans ce film, sur lesquels il vaut la peine de revenir.

Dématérialisation de l’information

C’est frappant de voir à quel point les choses ont changé en à peine 15 ans (l’action du film se déroule au début des années 2000). D’abord, on voit comment le journal papier occupe encore une grande place, dans la communauté qu’est Boston. Et, sans tomber dans la nostalgie primaire, c’est une bonne occasion de réaliser ce que cela représente, un journal qui a un poids, dans tous les sens du terme: quelque chose qui, à la même heure chaque matin, tombe devant une bonne partie des portes dans une ville, et donc sous les yeux d’un grand nombre de citoyens et d’influenceurs. Qu’est-ce qui est appelé à prendre cette place-là, à l’avenir? On n’a pas encore trouvé la réponse... 

Le journalisme: un travail de l’ombre

 Spotlight est un film de facture très classique, qui ne représente pas vraiment quelque chose de révolutionnaire, cinématographiquement parlant... Et en ce qui me concerne, c’est très bien comme ça. Cela convient à merveille au sujet couvert. Spotlight nous met en face de ce que représente vraiment le travail journalistique: un travail de fond, qui se fait dans l’ombre. Il faut fouiller dans une multitude de documents (imprimés), faire des recoupements longs et fastidieux, puis appeler, ou aller frapper aux portes, de gens qui n’ont surtout pas envie de se retrouver dans les médias...

En voyant tout ça, j’ai tout à coup réalisé combien, sans même nous en rendre compte, on est devenus habitués à toutes ces personnalités, - y compris journalistiques-  qui n’ont de cesse de se répandre sur les médias sociaux et dans les médias en général. Je l’ai réalisé, parce que, en voyant se dérouler l’action, une des choses qui me sont passées par la tête c’est: «tiens, ce que les journalistes sont en train de découvrir ici doit rester ultra-secret; il ne serait pas question qu’ils se mettent à prendre des “selfies” avec leurs interviewés; et ils ne songent pas ensuite à passer à la télé pour raconter leurs enquêtes, une fois leur “scoop” sorti...» Y aura-t-il encore longtemps du monde intéressé à pratiquer ce genre de journalisme? Est-ce que ce sera encore valorisé?

Le pouvoir d’un outsider... dans une société tricotée serré

Attention: je vais dévoiler ici une sorte de petit punch... Comme il survient pratiquement au début du film, j’estime que je peux me le permettre. Si vous tenez absolument à être surpris à 100 %, du début à la fin dans un film, vous pouvez toujours sauter ce qui suit...

Mais voici. Une des choses qui frappent dans ce film, c’est la grande influence qu’exerce, à Boston, l’Église catholique. Et ça vient ajouter au côté «tricoté serré» qu’on retrouve dans une telle ville. Quand on y pense, c’est un peu comme à Montréal, avec une communauté d’influenceurs qui se croisent à des matchs sportifs, sur les terrains de golf, à divers évènements charitables... et qui incluent des journalistes, ou à tout le moins les patrons de journaux. Et au Boston Globe, il faut un outsider à tout ça, pour venir brasser la cage, là où l’équipe du journal entretenait elle-même ses propres angles morts: on ne va pas questionner la haute autorité de l’Église pour quelques «coches» mal taillées, alors qu'elle fait par ailleurs tellement de bien dans la communauté, etc. Il faut le nouveau patron du Globe, arrivé de l’extérieur, de confession juive, et qui n’est pas empêtré dans tous ces tabous, pour décider de brasser la cage. Quitte à se mettre à dos des gens, parfois en position de grande influence, qu’ils croisaient tous les jours...

Qui aura encore intérêt, à l’avenir, à faire de telles enquêtes, importantes pour une société, mais si peu «payantes» à plein d’égards, dans l’immédiat?

Avez-vous vu le film? Qu’en pensez-vous?