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Des reçus pour chaque verre

Les propriétaires de bars dénoncent la nouvelle mesure imposée par Québec pour prévenir la fraude

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Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine Le copropriétaire de la Brasserie Cherrier, Claude St-Pierre, trouve inutile de remettre une facture à chaque client.

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Les propriétaires de bars qualifient de perte de temps et d’argent la nouvelle mesure de Québec, qui les obligera, dès le 1er février, à remettre une facture à chaque client qui commande un verre, afin de prévenir la fraude.

«C’est complètement fou», lance le directeur général du Beachclub de Pointe-Calumet, Jean-Louis Labrecque.

Le Beachclub, décrit comme le plus grand club extérieur en Amérique du Nord, fait jusqu’à 30 000 transactions durant une grosse journée.

«Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des factures finiront par terre. Et c’est un gaspillage épouvantable de papier», déplore M. Labrecque, ajoutant que la mesure va aussi ralentir le service.

De plus, il est illusoire de penser garder un «compte ouvert» pour chaque client afin de réunir toutes ses consommations sur une seule facture, car il faudrait garder un nombre impensable de cartes de crédit ou de cartes d’identité derrière le bar, note M. Labrecque.

Quelle que soit son impopularité, pour Québec, cette mesure se veut un moyen de récupérer quelque 76 M$ qui lui échapperaient chaque année en raison de fraudes.

Tous pénalisés

<b>Peter Sergakis</b><br />
Union des propriétaires de bars
Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine
Peter Sergakis
Union des propriétaires de bars

«On punit tous les bars honnêtes pour quelques pommes pourries», dénonce Peter­­ Sergakis, président de l’Union des tenanciers­­ de bars du Québec.

Propriétaire de plusieurs établissements à Montréal, ce dernier estime qu’il a dû débourser­­ 200 000 $ pour équiper ses bars afin de répondre aux nouvelles exigences.

Tous les établissements sont en effet tenus d’installer un module d’enregistrement des ventes (MEV), qui enregistre toutes les transactions et envoie directement l’information à Revenu Québec. Québec rembourse cependant une partie des frais – 80 % avant décembre et 40 % d’ici février.

Des amendes importantes

Copropriétaire de la Brasserie Cherrier depuis plus de 30 ans, Claude St-Pierre n’en veut pas au gouvernement de surveiller ses transactions. Mais il trouve inutile de donner une facture aux clients.

Il remet tout de même les factures systématiquement depuis novembre. Déjà, il remarque qu’il doit changer le rouleau de papier de l’imprimante presque chaque jour.

«Ça me coûte 55 $ pour une caisse de 50 rouleaux, qui ne dure pas deux mois», explique-t-il, ajoutant qu’en plus, ces rouleaux de papier ne sont pas recyclables.

Si un employé ne remet pas une facture, le tenancier s’expose à une amende pouvant aller de 300 $ à 50 000 $ en cas de récidive.

 

Une formule qui a réussi avec les restos

Si le gouvernement impose maintenant aux bars de remettre systématiquement une facture aux clients, c’est qu’il a déjà utilisé la même recette avec succès dans les restaurants.

Depuis qu’on a imposé la facture obligatoire dans la restauration, Québec estime avoir récupéré 200 M$ de plus par an.

Implanté en 2011 partout dans la province, le module d’enregistrement des ventes (MEV) a permis de suivre toutes les transactions et de réduire l’évasion fiscale. Son succès est retentissant, selon Revenu Québec, qui s’attend d’ailleurs à empocher un total de deux milliards de dollars d’ici 2018-2019 dans la restauration.

«Il fallait faire quelque chose, c’était une concurrence déloyale», reconnaît le vice-président aux affaires publiques de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), François Meunier.

Taxis dans la ligne de mire

Toutefois, même si la fraude était bien présente, l’ARQ a toujours dénoncé le fait qu’on ait implanté le MEV dans tous les restaurants, plutôt que de cibler les établissements fautifs.

Selon M. Meunier, le milieu de la restauration­­ ne devrait pas être la seule cible de Revenu Québec.

«Il faut que ça aille plus loin. Pourquoi ne pas surveiller davantage les taxis, les salons de coiffure ou les garages d’entretien automobile?» poursuit-il.

De fait, le porte-parole de Revenu Québec, Stéphane Dion, précise que le ministère songe actuellement à instaurer le même système chez les chauffeurs de taxi, mais qu’aucune décision­­ officielle n’a encore été prise.

 

En chiffres

  • 6000: Nombre de bars et de restos-bars qui devront remettre une facture à leurs clients dès février
  • 76 M$: Revenu Québec estime perdre 76 millions $ par an aux mains des fraudeurs dans les établissements licenciés
  • 1 G$: Québec a amassé 1 milliard $ depuis l’installation des modules d’enregistrement (MEV) dans les restaurants en 2011