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Ravalement de façade

FD-MOUNT STEPHEN CLUB
Sylvain Denis/AGENCE QMI

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L’opération est réussie. Le narratif a fonctionné. «Audace.» «Ampleur insoupçonnée.» «Près de la parité.» «De l’austérité vers la prospérité.» «Renouvellement majeur.» «Plus jeune, plus dynamique.»

À voir comment les différents observateurs commentent le remaniement ministériel, Philippe Couillard a parfaitement réussi à faire passer ses messages. Le blogueur Steve E. Fortin le souligne de façon amusante.

Je ne blâme pas mes nouveaux collègues des médias. Quand un gouvernement recadre son action, il est courant de lui donner un peu d’air. Et puis, quand lorsque l’opposition est aussi faible à quoi peut-on s’attendre?

Sans trop de dommages

Le premier ministre a donc su négocier ce difficile passage sans trop d’encombres. Il aura quand même fallu ajouter trois limousines. Après avoir imposé deux ans d’austérité, est-il vraiment raisonnable de créer des postes de ministres de l’Accès à l’information ou des Loisirs et des Sports? Je ne crois pas.

À l’inverse, on poursuit cette folie, qui devait être temporaire, de cumuler, voire de fusionner, les Affaires municipales et la Sécurité publique. Tout ceci est étrangement balancé.

On aura aussi réussi à limiter la grogne. Le seul malheureux serait Robert Poëti, dont on comprend mal pourquoi il méritait davantage de sortir du conseil que Jacques Daoust. Peut-être que, en cas de démission suivie d’une partielle, la majorité libérale est simplement plus insurmontable dans Marguerite-Bourgeois que dans Verdun. Après «Bon cop, bad cop», voici maintenant «Two sad cops», mettant également en vedette Guy Ouellet.

Cela dit, lorsqu’on regarde les deux des principaux objectifs du gouvernement dans cette opération, la cible semble avoir été ratée.

Du muscle économique

Tout le monde s’entendait pour dire que le gouvernement devait envoyer un message économique fort. Est-ce vraiment le cas?

Ce n’est pas évident.

D’abord sur l’aspect financier, on parle davantage d’un recul. Sam Hamad au Trésor, c’est moins fort que Coiteux. Même pas proche. Les lecteurs pourront peut-être m’aider à retrouver une chronique très suave de mon estimé collègue Michel Hébert, où il rapportait de manière hilarante comment le député de Louis-Hébert expliquait que c’était normal que le gouvernement manque ses cibles de dépenses chaque année.

Ensuite, sur l’aspect du développement, on fait reposer beaucoup de poids sur les seules épaules de Dominique Anglade. Quand on regarde son CV, on constate qu’elle a connu un impressionnant parcours de gestionnaire en début de carrière. Cela dit, depuis 13 ans, elle s’est essentiellement cantonnée à des fonctions de consultante, de lobbyiste et d’activiste. On a donc choisi une démarcheuse pour débusquer les investissements.

Autant ceux qui l’ont déjà préparée pour des sorties de presse que d’autres l’ayant interviewée s’entendent: ce n’est pas une communicatrice très efficace. On s’attend à y reconnaître une Clément Gignac. Elle connaît son affaire, mais ça ne sera pas la meilleure en chambre. C’est en contrats rapportés qu’il faudra la juger.

Pas paritaire

Anglade représente également le principal tribut offert à ceux qui regardent ce qui se passe à Ottawa. Ils sont nombreux dans les officines libérales à envier les copains qui ont réussi à se placer auprès d’un ministre du cabinet paritaire de Trudeau.

Philippe Couillard a dit dans son discours que son nouveau conseil s’approche de la parité. C’est faux. Il n’atteint même pas de ce qu’on appelle la zone de parité (40-60). Avec 11 femmes sur 29 hommes, on parle de 38 %. C’est probablement la volonté de ne pas trop s’éloigner de l’objectif qui explique l’arrivée surprise de Rita de Santis.

Dans les faits, l’influence des femmes recule. La plupart sont ministres responsables ou déléguées. Francine Charbonneau, la seule ministre qui gérait un des gros budgets du gouvernement, est rétrogradée et cède sa place à un homme. Pourquoi pas Lise Thériault, plutôt que de la mettre sur un strapontin? On a préféré Sébastien Proulx, ancien adéquiste et protégé de Jean-Marc Fournier, à sa collègue de la Capitale-Nationale Véronyque Tremblay. Difficile d’imaginer plus «boys club».

De même, pourquoi ne pas avoir envoyé Hélène David, qui connaît le domaine, à l’Éducation? Respectée par le milieu culturel, craignait-on qu’elle défende trop ses réseaux? Avec Pierre Moreau, le message est clair: tout le monde devra prendre son trou.

On aurait pu opter pour du renouveau au Transport. Le règne de l’asphalte et du béton risque de demeurer. Pourquoi Philippe Couillard, qui dit croire à l’audace, a-t-il manqué par deux fois la chance de moderniser cette fonction? Les routes, ça reste une affaire de messieurs, ça a l’air...

Bref, c’est effectivement un gros brassage, c’est surtout la façade que l’on ravale. Le visage du gouvernement change, mais il n’est pas vraiment plus féminin, ni plus fort sur les plans économique et financier.