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«J’ai gaspillé dix ans de ma vie»

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Maxim Martin revient de loin. Aujourd’hui heureux en amour et dans sa carrière, l’humoriste de 46 ans a passé la trentaine à se détruire à petit feu, dans l’alcool et la drogue. Dans son livre Excessif, il revient pour la première fois sur cette période trouble de sa vie qu’il décrit comme «dix ans d’enfer». «J’étais convaincu que je ne retrouverais jamais le bonheur», dit-il.

Rencontré au Centre de réadaptation en dépendance de Montréal où il a, par le passé, reçu de l’aide pour se libérer­­ de ses démons, Maxim Martin confie que l’alcool et la drogue ont failli détruire sa carrière. À plusieurs reprises. Pourtant, l’humoriste n’a jamais­­ abandonné. Et c’est ce qu’il espère­­ que les gens vont retenir de son livre, Excessif.

«J’ai compris aux trois quarts du livre que c’est une crisse de belle histoire­­ de persistance, dit-il. Je n’ai jamais lâché prise. J’espère que les gens vont s’accrocher­­ à ça plutôt qu’aux histoires de débauche.»

L’humoriste a travaillé d’arrache-pied durant plusieurs mois pour coucher sur papier­­ ce qu’il appelle son «récit de toxicomane».

«Je ne voulais pas appeler ça une biographie­­, car je trouve ça prétentieux. Qui suis-je pour sortir ça? La biographie de Maxim Martin, ça sonnait weird

Attiré par les vices

En près de 300 pages (voir extraits du livre plus bas), Maxim Martin revient sur son enfance, ponctuée par la séparation de ses parents ainsi que de nombreux déménagements qui l’ont amené jusqu’à Winnipeg.

Employé dans un comedy club, c’est là-bas qu’il a eu la piqûre de l’humour. Et c’est à son retour à Montréal qu’il s’est laissé tenter par les vices du sexe, de l’alcool et la drogue.

Considéré par plusieurs comme étant le meilleur humoriste de sa génération­­, Maxim Martin a vu plusieurs­­ portes se fermer devant lui, en raison de ses problèmes de consommation.

Pourtant, alors que d’autres auraient abandonné, il n’a cessé de persister. «Je rebondis bien sur la brique, lance-t-il. On dirait qu’il faut que je rentre dans le mur à 100 milles à l’heure pour que je me réveille.»

Consommation de coke

Dans son livre, Maxim Martin aborde ses plus sombres moments­­ dans la drogue. Il parle de ses problèmes de consommation de cocaïne avec une transparence rare chez une personnalité québécoise.

«La coke, j’avais toujours trouvé ça loser­­, dit-il. Je n’étais pas capable de faire la paix avec l’image que j’avais de cette­­ drogue-là. Pourtant, je me la câlissais dans le nez. Ça donne une dose de confiance immédiate.»

Même quand il était au fond du baril­­, l’humoriste n’a jamais pensé en finir avec ses jours. Était-ce en raison de la présence de sa jeune fille?

«Forcément, oui. Il n’était pas question que je l’abandonne, répond-il. En même temps, je ne crois pas que je serais passé à l’acte si elle n’avait pas été là. Quelque part, il y avait aussi de l’orgueil. J’ai toujours refusé d’accepter que ce soit ça, Maxim Martin.»

En écrivant Excessif, il n’a pas voulu être moralisateur ni régler des comptes. «J’ai dû modifier quelques premières versions de l’écriture, car on ne voulait pas non plus aller en cour avec ça.»

Ne pas attirer la pitié

Se décrivant lui-même comme un «maître autosaboteur», Maxim Martin admet avoir pleuré à plusieurs reprises­­ en relatant les moments les plus difficiles de son passé.

«Écrire ce livre a été la plus belle et la pire affaire que j’ai faite en même temps. J’ai ri, j’ai braillé. Il y a des bouts qui ont été horribles à écrire.»

Il y a quelques jours, l’humoriste a eu un moment de panique, à l’approche­­ de la sortie du bouquin en librairie. «Je me sentais comme si j’étais tout nu sur la rue Sainte-Catherine­­, dit-il. Je me disais: esti, j’ai tout raconté ça!»

Mais parce qu’il est aujourd’hui heureux, et qu’il a démontré qu’il était possible de s’en sortir, Maxim Martin trouve important de raconter son histoire. «Je suis content de l’écrire dans une période de ma vie où ça va bien. Il n’y a pas de suspense­­, le personnage principal vit à la fin, il ne meurt pas. Je n’aurais pas voulu écrire le livre pour attirer la pitié.»


♦ Le livre de Maxim Martin, Excessif­­, écrit en collaboration avec Dany Bouchard­­, sera en librairie­­ dès le 10 février.


♦ Maxim Martin est le porte-parole de la Fondation du Centre de réadaptation­­ en dépendance de Montréal. Pour en savoir plus: www.fondationcrdm.org.

 

Extraits d’Excessif

Photo courtoisie

Dans Excessif, qu’il qualifie de «récit de toxicomane», Maxim Martin se livre comme jamais. Voici quelques extraits de ce bouquin que Le Journal vous présente en exclusivité.

Lance et compte

«Arrive le printemps 1989, qui va modifier le parcours que je m’étais tracé dans ma tête.

Dans le temps, il n’y avait qu’une seule­­ chaîne francophone qui diffusait dans l’Ouest canadien, et c’était Radio-Canada. Comme un peu tout le monde là-bas, j’étais très influencé par la culture américaine et j’écoutais surtout la télé en anglais. Mais un soir, on repassait un épisode de Lance et Compte. J’avais commencé́ à̀ le regarder, mais comme l’heure de partir pour le Rumor’s­­ était venue, j’avais enregistré la fin. J’avais une bonne raison: c’était l’épisode où on voyait les seins de Macha­­ Grenon!

En revenant à̀ la maison ce soir-là, j’étais loin de me douter que ma vie allait­­ changer. Pendant une des pauses commerciales, Juste pour rire avait diffusé une publicité annonçant la tenue de ses toutes premières auditions hors Québec.

J’ai vu cette annonce une seule fois à̀ la télé. Juste une. Et elle était enregistrée sur ma cassette. Qu’est-ce que ma vie, ou ma carrière aurait été, si je n’avais pas écouté Lance et Compte ce soir-là? Ça me fait rire de penser que les attributs de Macha Grenon sont peut-être responsables de ma carrière au Québec.»

Foncer dans le mur

«Souvent, en conduisant, j’ai pensé́ à foncer dans un mur avec mon char, mais de la parole à̀ l’acte, il y a un monde. Le fait d’y avoir songé exprime bien comment je me sens, mais il est hors de question que j’abandonne ma fille. Quelque chose me dit que, pour elle, avoir eu un père loser, c’est quand même moins grave qu’avoir un père qui a décidé de s’enlever la vie. Sans compter que j’ai déjà entendu dire que les gens qui se suicidaient voyaient leur âme suspendue entre deux mondes pour l’éternité.

Aucune preuve que c’est vrai, mais je n’ai aucune preuve du contraire non plus. Hors de question que je prenne la chance de flotter entre deux mondes jusqu’à̀ la fin des temps. J’ai déjà flotté assez longtemps comme ça dans ma vie sur Terre.

De toute façon, je fume, je prends de la coke et je bois comme un trou. À moins d’avoir les mêmes gênes que Keith Richards­­, la vie se chargera de raccourcir mon shift sur cette terre sans que j’aie besoin d’encastrer mon char dans quoi que ce soit.»

Un mensonge à son père

«J’avais eu la chance de voir souvent mon père dans les dernières semaines de sa vie, mais évidemment pas assez. Je vivrai toujours avec les regrets classiques, ceux qui commencent par “J’aurais donc dû...”. J’avais été trop occupé́ à vivre le début de ma vie de jeune vedette montante. Les shows, les femmes et l’alcool passaient avant tout.

Deux jours avant qu’il nous quitte, j’avais été le voir à̀ l’hôpital Royal-Victoria­­. Il s’était mis à̀ pleurer, soudainement: “Je suis vraiment désolé pour tout. Sincèrement, j’espère que tu me pardonnes.” À̀ ma grande surprise, il m’avouait qu’il se sentait coupable de tout ce qu’il avait fait, ou plutôt, tout ce qu’il n’avait pas fait.

Ça m’a saisi et je me suis senti perdu dans mes émotions. Ce n’était pas le temps de lui rentrer dedans. Tu ne veux jamais que tes dernières paroles à̀ quelqu’un soient: “Va chier!” De toute façon, je n’en ressentais pas l’envie. Je lui ai répondu: “Si je ne t’avais pas pardonné́, je serais pas ici, à̀ côté de toi.” Un mensonge nécessaire.»

Trouver le bonheur

«Je me suis longtemps convaincu que je ne trouverais jamais le bonheur dans cette­­ vie. J’avais pris pour acquis que si je devais le rencontrer, ce serait dans la prochaine. Quelle foutaise. Il a toujours été là̀, devant moi, à m’attendre.

Le jour de janvier 2009 où̀ je suis retourné au gym et où̀ j’ai accepté de relever le défi de ne pas boire pendant 90 jours a été mon premier “je t’aime” à̀ moi-même.

Remettre mon corps en forme m’a grandement aidé́ à faire la même chose pour ma tête. Ça m’a poussé́ à vouloir alimenter ce bien-être que je ressens à̀ présent. À̀ travers ça, j’ai développé une passion pour la course et j’ai découvert bien d’autres activités physiques qui m’aident à̀ garder le cap. Ça m’a poussé à̀ vouloir aller plus loin, en ajoutant huit demi-marathons­­ à̀ mon CV et bientôt, un premier triathlon. Car oui, un excessif restera­­ toujours un excessif.»

Faire la paix avec son passé

«Le jour où̀ tu vas réaliser que tout part de toi, ce sera ton premier pas dans la bonne direction. Pour ma part, j’ai finalement compris que l’équation du bonheur, c’est de faire la paix avec son passé́ et d’accepter­­ ce qui t’arrive dans la vie, bon ou mauvais. Aussi cliché́ que cela puisse paraître, il y a des leçons à̀ apprendre dans toutes ces expériences.

Facile à̀ dire, je sais. C’est un dur combat qu’il faut mener en soi, j’en conviens. Encore aujourd’hui, il m’arrive de me demander comment ma vie serait si j’avais mené cette bataille-là̀ plus tôt, si j’avais allumé́ avant, si j’avais sauté́ sans attendre sur les occasions de succès­­ qui m’ont été offertes.

En fait, revisiter tous ces rendez-vous manqués avec le destin a été une immense source de frustration durant l’écriture de ce livre.

Par contre, je me console dans le fait qu’au moins, j’ai fini par allumer, j’ai fini par m’en sortir.»

Le jour de la marmotte

«Ça y est, je repartais en tournée. Sauf que cette­­ fois-ci, ce sont des théâtres partout à̀ travers le Québec qui m’attendent. Fini l’époque où je regardais les affiches de mes chums avant de traverser la rue pour faire mon show au bar d’en face.

Jean-François Renaud avait fait une sacrée job pour convaincre les diffuseurs que j’avais irrités de me redonner une chance. Il était hors de question de bousiller cette opportunité, et j’avais hâte de leur présenter le nouveau Maxim Martin.

En même temps, chaque ville m’accueillait avec un mauvais souvenir de mon passage précédent. C’est officiel, j’ai fait de la coke partout au Québec... Combien de fois est-ce que j’étais sorti après un show pour faire le party, à̀ chercher de la drogue et un peu d’affection? Je me défonçais­­ jusqu’aux petites heures du matin avant de rentrer à̀ l’hôtel, question de dormir quelques heures avant de repartir vers la prochaine ville. À̀ mon réveil, j’allais déposer ma carcasse presque inerte sur le siège arrière de la van conduite par mes techniciens, en espérant pouvoir me rendre à̀ la prochaine destination sans m’arrêter sur le bord du chemin pour vomir mon mal de vivre.

Dès que j’arrivais au théâtre suivant, pour effacer­­ les effets de mon lendemain de veille, je m’empressais d’ouvrir une bière le plus vite possible. Avec un mini-buzz en montant sur scène­­, j’essayais de survivre aux 90 minutes de mon spectacle. Et évidemment, au lieu d’aller me coucher après le show comme un adulte responsable­­, comme un artiste qui se respecte, je me dirigeais à̀ nouveau vers un bar. C’était l’éternel recommencement, mon hommage au film fétiche de Bill Murray, Le jour de la marmotte­­.»

Première ligne de coke

«Comme si mon problème d’alcool n’était pas déjà un fardeau suffisant, j’étais sur le point de faire la rencontre de l’élément qui m’amènerait à̀ faire éclater tous les aspects de ma vie.

C’était en août. Éric Lapointe avait organisé́ un petit party privé pour le visionnement de son nouveau clip pour sa reprise de la chanson de Richard Desjardins, Un beau grand slow.

Pendant la soirée, un ami est venu me voir en me disant qu’il voulait me parler. On est allé se réfugier dans le bureau du gérant de la place. On était juste tous les deu , et il a sorti un sachet de coke. Il a fait une track, et ensuite il m’a tendu un 20 $ roulé́, pour que je fasse comme lui.

J’ai complètement figé́. J’avais toujours eu peur de cette drogue, j’avais même la crainte ridicule que si je faisais une ligne, le cœur allait m’exploser. Après quel ues secondes d’hésitation, j’ai pris le 20 $ pour me joindre au party de mon ami. Pourquoi je l’ai fait? Parce que j’avais peur d’avoir l’air moumoune devant lui. C’est complètement ridicule.

Finalement, je n’ai pas été foudroyé par une crise cardiaque. Pas d’explosion dans mon cœur, au contraire, juste un bonheur instantané dans ma tête. En entrant dans le bureau, j’étais complètement saoul, et là̀, j’avais l’impression d’avoir retrouvé́ une certaine sobriété.»