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La souveraineté conditionnelle ou la tyrannie des caprices idéologiques

Drapeau Quebec flag fleurdelysé
Photo Fotolia

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On connaît la pénible complainte, d’autant qu’elle nous vient de tous les camps.

«Je ne veux pas d’un Québec s’il est trop à droite» !

«Je ne veux pas d’un Québec souverain s’il est trop à gauche» !

«Je n’en veux pas si PKP dirige le camp du Oui» !

«Je n’en veux pas si Amir Khadir en est aussi» !

«Je n’en veux pas s’il est soumis au néolibéralisme» !

«Je n’en veux pas s’il trop endetté» !

«Je ne veux pas si les péquistes ne renient pas la Charte des valeurs» !

«Je n’en veux pas tellement l’identité québécoise est aseptisée par la modernité» !

Tant et tant de raisons de soumettre l’indépendance à ses caprices idéologiques, de vouloir le pays à la condition claire qu’on pourra le soumettre à ses fantasmes! Il faut dire que de telles conditions nous viennent de plusieurs camps.

Comment ne pas y voir une tentation autoritaire: on ne désire la souveraineté, pour notre peuple, qu’à la condition de le soumettre à notre vision du monde. Sans cela, on ne la croit pas nécessaire et on préfère rester dans un Canada qui nous nie et où nos pouvoirs collectifs sont en régression!

Nous sommes devant de surprenants souverainistes, qui se disent théoriquement en sa faveur, mais qui la lestent de tellement de conditions qu’elle devient pratiquement irréalisable et inatteignable.

Des souverainistes si peu convaincus des vertus de l’indépendance en elle-même qu’ils préfèrent voir au pouvoir un Parti libéral qui pratique le fédéralisme extrême et qui cultive une fière indifférence (et peut-être même une hostilité) à l’endroit de l’identité québécoise que de construire difficilement un compromis des nationalistes et des souverainistes pour relancer la cause du pays. Mieux vaut s'excommunier entre souverainistes en s'accusant de manquer de pureté idéologique ou de ne pas adopter la stratégie idéale qu'on voudrait pour le mouvement que de bâtir une alliance réelle des partisans du Québec d'abord et du Québec libre.

Nous sommes devant de bien étranges démocrates, pour qui le pluralisme politique ne va manifestement pas de soi. Qui serait assez dangereux pour vouloir imposer une idéologie unique dans un pays souverain?

D’une élection à l’autre, les Québécois se diviseront, ils voteront tantôt à gauche, tantôt au centre, tantôt à droite. Ils vivront en démocratie. Ils pourront, comme j’aime dire, se diviser en paix.

Si on désire l’indépendance, c’est qu’au-delà du pluralisme idéologique, social et politique de notre société, nous formons un peuple, une communauté d’histoire et de culture. Ce sentiment de partager un destin transcende nos divergences, qui ne sont pas par ailleurs insignifiantes.

Un peuple désireux de se gouverner lui-même. Du moins, c’est ce que nous devrions être.

Nous avons oublié que l’indépendance est un bien en soi. Elle représente la chose fondamentalement indispensable pour qu’un peuple participe en son propre nom aux affaires du monde.

Elle n’est pas un remède miracle à rien. Sinon qu’elle nous délivre de la minorité historique, et nous transforme un peuple majeur. Notre peuple ne serait plus condamné à évoluer dans une communauté politique diminuée qui mutile son identité et ses intérêts.

Il m’arrive de me dire qu’il faut vraiment avoir une conscience politique atrophiée pour imposer des conditions à la souveraineté. C’est ne pas connaître la valeur de la liberté nationale que de la traiter avec autant de désinvolture.