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Saisie d’une photo du maire Dauphin avec un ex-patron de Dessau

L’UPAC s’intéresse à des « gâteries » qu’auraient reçues des élus de la part de firmes

FD-PERQUISITION UPAC
Photo d’archives En juillet 2015, l’UPAC a perquisitionné au domicile de Claude Dauphin dans le cadre du projet Fronde, qui vise une dizaine de cibles.

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Les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont saisi de nombreux courriels à la résidence du maire de Lachine Claude Dauphin, mais aussi une photo de lui à Paris avec un ex-patron de Dessau, aujourd’hui accusé au criminel.

Voilà ce que montre un rapport policier qui a été déposé à la Cour du Québec après la perquisition effectuée en juillet dernier, et dont notre Bureau d’enquête a obtenu copie.

L’ex-dirigeant de Dessau sur la photo saisie est Rosaire Sauriol, un témoin vedette de la commission Charbonneau dont la firme obtenait de nombreux contrats municipaux. Il a été accusé de fraude en 2013 notamment avec l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt.

GÂTERIES

Certaines des allégations faisant l’objet de l’enquête concernent l’octroi, par le comité exécutif de la Ville de Montréal, d’un contrat de 23,5 M$ à un consortium composé des sociétés SNC-Lavalin et Dessau en 2004.

Dans le cadre de leur enquête pour abus de confiance, les enquêteurs de l’UPAC disent avoir eu des soupçons sur M. Dauphin et d’autres élus parce qu’ils auraient tous accepté une longue liste de «gâteries» de compagnies de génie comme Dessau et SNC-Lavalin.

On y mentionne des repas gratuits dans des restaurants haut de gamme et des clubs privés montréalais, des billets de spectacles au Centre Bell et au Metropolis, des billets en loges privées pour des matchs du Canadien et des sorties de golf.

CONTRATS ARRANGÉS

La police prétend que des témoins ont fourni des déclarations assermentées soutenant que plusieurs contrats (dont celui de SNC-Lavalin / Dessau pour des travaux à des usines d’eaux à Montréal en 2004) étaient arrangés à l’avance.

Les enquêteurs ont notamment obtenu une déclaration vidéo de Rosaire Sauriol, qui a mentionné aux policiers que Claude Dauphin n’aurait jamais payé une facture lors de leurs contacts.

Il a aussi dit à la police que Dauphin avait plus de pouvoir que d’autres élus montréalais au comité exécutif parce qu’il avait «un pouvoir d’influence sur ses collègues» et qu’il «pouvait aussi en tirer de l’information».

Ni SNC-Lavalin, ni l’UPAC, ni Rosaire Sauriol n’ont voulu commenter.

PAS VU LA PHOTO

Joint au téléphone, Claude Dauphin a nié toute méconduite et a affirmé qu’il collabore avec les autorités. «On n’a rien à cacher. La vie publique, c’est public», a ajouté le maire, qui est aussi avocat.

Il nous a dit qu’il n’a pas vu la photo saisie par la police. Toutefois, il pense – mais il n’en est pas sûr – que l’image saisie a été prise il y a plusieurs années alors qu’il était en voyage d’affaires vers l’Algérie via la France – donc avant la période ciblée par la police.

ALGÉRIE

En 2002, relate-t-il, il avait été récemment nommé président du conseil de la Société de transport de Montréal (STM) après son élection en politique municipale. La STM était alors déjà partenaire avec Dessau dans une société filiale Transgesco.

«Il fallait s’arrêter en France pour aller ensuite en Algérie. Ce qui explique la photo à Paris avec Sauriol, je pense. C’est Transgesco qui avait payé nos billets», ajoute-t-il.

La filiale de la STM a rapporté, après ce voyage, deux ou trois contrats en Algérie.

À ce jour, aucune accusation n’a été portée contre M. Dauphin.

– Avec la collaboration de Sarah Sanchez


 

Un emploi pour sa fille à SNC-Lavalin

 

Le rapport de l’UPAC montre également que la police a aussi saisi chez Claude Dauphin un document concernant un emploi que sa fille aurait obtenu chez le géant du génie québécois, SNC-Lavalin.
 
Les enquêteurs qui ont fouillé sa résidence l’été dernier cherchaient alors des preuves pour appuyer leurs soupçons contre lui – et non contre sa fille.
 
TROIS STAGES
 
Laura Dauphin est encore étudiante en génie civil à l’école Poly­technique. En ce moment, elle fait sa maîtrise et demeure avec sa famille à Lachi­ne.
 
Mlle Dauphin a obtenu trois stages d’été chez SNC-Lavalin en 2010, 2011 et 2012, pour un total de 11 mois de travail, selon des informations mentionnées sur son compte Linked­In.
 
Le maire Dauphin dit que sa fille a obtenu ses stages d’étés «de sa propre initiative».
 
Il dit qu’il n’a jamais demandé à SNC-Lavalin d’embaucher sa fille après l’octroi du contrat de 23,5 M$ que la Ville a donné à la société en 2004.
 
PAS INTERROGÉE
 
«S’ils l’ont réembauchée à plusieurs reprises, c’est sûrement parce qu’elle faisait l’affaire. Pour une jeune qui étudie en génie, c’était très prestigieux et très intéressant, SNC-Lavalin, a dit M. Dauphin. C’est un des plus grands bureaux au Canada et dans le monde.»
 
Rien n’indique, à l’heure actuelle, que l’UPAC enquête au sujet de l’emploi de la fille de Dauphin chez SNC.
 
Aucun policier n’a tenté d’interroger la jeune femme depuis la saisie du document à sa résidence.