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Le roller derby veut être pris au sérieux

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Si le roller derby a été fortement influencé par la culture féministe queer, punk et le style rockabilly, les joueuses de ce sport revendiquent aujourd’hui d’être prises plus au sérieux.

À bas l’image des joueuses qui se bousculent en bas résilles: elles tendent désormais à obtenir plus de crédibilité comme athlètes. Entre elles, beaucoup de solidarité, un esprit de communauté, mais également une grande compétition lorsqu’elles enfilent leurs patins à roulettes squad.

«C’est devenu plus sérieux, admet Marie-Chantale «Trash N’ Smash» Trashy, de l’équipe des Contrabanditas. Tu veux la coupe à la fin de la saison et la compétition est forte.»

Au début de sa carrière il y a dix ans, c’est l’image rockabilly de la discipline qui l’attirait avant tout. Aujourd’hui, c’est tout autre. «C’était attrayant pour moi, dans mon plus jeune temps, indique la femme de 35 ans. Maintenant, je viens y chercher l’entraînement et le travail d’équipe.»

Meilleures au Canada

La métropole québécoise possède la meilleure ligue féminine au Canada, la Montréal Roller Derby. Elle est devenue, avec les années, un exemple pour des joueuses d’autres pays. En tournoi, ces femmes ont un public énorme et certains admirateurs les suivent d’une ville à l’autre.

Agressivité, spectacle, musique et animation par une drag queen, le roller derby capte l’attention par son côté théâtral lors des compétitions.

«Il y a comme une tension entre la culture féministe, punk et Do it yourself (DIY) et puis la reconnaissance de notre force, explique Judith «Gorgon'Zola» Rouan, qui en fait depuis deux ans. On veut sortir du spectacle et du théâtre et être reconnues comme pratiquant un sport sérieux.»

À 40 ans, Gorgon’Zola a décidé d’enfiler des patins pour la première fois de sa vie. «Certaines veulent faire du sport autrement, mais d’autres disent qu’il faut sortir de cela pour avoir une légitimité, indique la mère de trois enfants. Donc, pour y arriver, il faut devenir super compétitives et prouver qu’on est des athlètes.»

Les noms humoristiques que chacune se donne n’aident pas à rehausser la crédibilité de la discipline, admet Trash N’ Smash. Cependant, la ligue montréalaise a fait le choix de garder cette caractéristique pour être fidèle à la tradition du sport.

La ligue, très hétérogène, comprend des mères, étudiantes, jeunes professionnelles ou travailleuses de tous les milieux. «On est un milieu super diversifié et on veut garder cela comme ça, reconnaît Trash N’ Smash. Quand tu regardes les filles ici, dans la vie, cela n’arriverait pas qu’on soit toutes regroupées ensemble, car on a toutes des backgrounds différents.»

 

Une ligue masculine qui se fait une place

La ligue Roller Derby Masculin Montréal est apparue un peu plus tard, en 2010. Tranquillement, au fil des ans, les hommes des équipes Les Mont Royals ont essayé de se faire une place dans cet univers à la base féminin.

Aujourd’hui, ils sont 16e au classement de la Mens Roller Derby Association comprenant plus de 40 équipes de partout dans le monde. Ils sont une vingtaine d’hommes à se réunir au Taz chaque semaine pour les pratiques.

Les garçons respectent que la discipline provienne des femmes. La majeure partie du temps, une personne de la ligue féminine les entraine.

«C’est une norme et ça va dans l’esprit du roller», soutient Antoine «Tony Phoenix» Leclercq Carrière, qui joue depuis maintenant un an, initié par une amie.

Le roller derby est un véritable mode de vie pour les joueurs. L’étudiant de 30 ans, qui travaille comme assistant de production, souligne la «grande camaraderie» entre membres, unis dans une communauté d’appartenance.

Père et fils

Au sein de la ligue, on y retrouve même un tandem père-fils. C’est le film américain Whip it!, réalisé par Drew Barrymore, qui a donné l’idée à Frédéric «Tank» De Matos, 37 ans, d’embarquer dans l’aventure.

«Je suis quelqu’un de très timide et réservé et ça m’a aidé à développer un autre côté de moi», reconnait celui qui fait partie des 30 joueurs sélectionnés par Team Canada cette année pour la Coupe du monde, à Calgary.

Tout naturellement, son fils Antonio «El Skeletto» s’est initié au sport de son père, alors qu’il avait 10 ans, en joignant l’équipe junior Rhythm and Bruise.

«J’ai fait du soccer, mais je n’aimais pas cela, indique l’adolescent de 15 ans, membre de l’équipe maison. L’esprit d’équipe est beaucoup plus là dans le roller. J’aimerais me rendre à 10 ans [de carrière], faire partie des Mont Royals [comme son père] et faire la Coupe du monde. »


10 ans à Montréal

  • Naissance de l’équipe des filles : 2006
  • Créatrice de la ligue Montréal Roller Derby: Georgia W. Tush
  • Équipes : Contrabanditas (première créée), Les Filles du Roi et La Racaille, Les New Skids on the Block (tournée), Les Sexpos (tournée) et une équipe junior
  • Naissance de l’équipe des gars : 2010
  • Équipes : Les Mont Royals, La Poutine (tournée) et des équipes maisons
  • Pratiques : Le Taz
  • Compétitions : Aréna St-Louise, dans le Mile-End