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Le béluga toujours aussi contaminé

Les produits nocifs dans la graisse du mammifère n’ont pas diminué depuis 1980

Beluga whale
Photo Fotolia Selon les scientifiques, le niveau de contamination des bélugas est loin de s’être amélioré depuis les années 1980.

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Malgré tous les efforts déployés pour rendre l’eau du fleuve Saint-Laurent plus propre, le béluga du Saint-Laurent est toujours l’un des mammifères marins les plus contaminés au monde.

Des scientifiques affirment que le niveau de contamination des bélugas ne s’est pas amélioré depuis les années 1980.

En effet, si la contamination par les BPC et les DDT a chuté, elle a été remplacée par d’autres produits nocifs.

La contamination par le PBDE, un produit qui réduit l’inflammabilité des matériaux que l’on retrouve sur les ordinateurs, meubles ou automobiles, augmente de façon exponentielle, jusqu’à des concentrations 10 à 25 fois plus élevées que celles mesurées chez des bélugas échantillonnés en Arctique.

Le professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM Jonathan Verreault affirme que même si l’utilisation du PBDE a été réduite, la concentration du produit dans les bélugas a atteint un sommet.

Ce composé se retrouve encore dans plusieurs objets du quotidien et est bien installé dans le tissu adipeux des bélugas. «La diversité des produits chimiques augmente et les produits que nous utilisons sont de plus en plus complexes», croit-il.

Effets négatifs sur les bébés

Une des hypothèses des chercheurs est que le PBDE aurait des effets négatifs sur la reproduction et le développement des bébés, en plus d’affaiblir le système immunitaire des bélugas.

Le chercheur Pierre Béland estime aussi que plusieurs polluants retrouvés sont encore au-dessus du niveau reconnu comme étant dommageable.

«Le béluga vit jusqu’à 80, 90 ans et la mère transfère les contaminants en héritage à ses petits», indique-t-il.

«Actuellement, ce n’est pas parce qu’on nettoie à un endroit ou que l’on bannit un produit qu’il n’en vient pas d’autres, malheureusement.»

Éponge à contaminants

Le spécialiste du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud, compare le béluga à une éponge à contaminants.

«En plus de vivre longtemps, il demeure 12 mois par année dans le Saint-Laurent, présente un tissu graisseux important où s’accroche le polluant et a une diète très diversifiée. Ça fait d’eux ni plus ni moins qu’un résumé concentré des contaminants des 40 dernières années.»

Le spécialiste se dit toutefois encouragé par l’impact réel sur le béluga de l’abolition de contaminants comme les BPC au courant des dernières décennies, ce qui vient démontrer que certaines décisions ont porté leurs fruits.

La mort des nouveau-nés inquiète les scientifiques

Depuis 2010, les scientifiques s’inquiètent de la hausse importante de mortalités de bélugas nouveau-nés.

Une trentaine de nouveau-nés sont décédés depuis cinq ans, un phénomène qui était très rare auparavant.

Selon le spécialiste Robert Michaud, la mort des nouveau-nés pourrait accélérer le déclin de l’espèce. Il estime toutefois que la population peut tout de même survivre.

Solutions

Différentes pistes sont étudiées actuellement pour expliquer ces mortalités, dont le cocktail de contaminants qui affectent les bélugas, la hausse de température de l’eau, la diminution du couvert de glace en hiver, l’accroissement du trafic maritime et le dérangement dans l’estuaire marin ainsi que les changements dans l’abondance et la distribution des proies.

Sur les 14 carcasses trouvées en 2015, au moins quatre étaient des nouveau-nés, trois femelles étaient mortes en couche et l’une a été définie hermaphrodite.

Les dernières données datant de 2012 estiment à 880 le nombre de bélugas dans le Saint-Laurent. On espère pouvoir effectuer une mise à jour en 2016.

Le nombre de bélugas était estimé à 1000 individus en 2000.

De quoi meurent les bélugas ?

Causes principales chez les jeunes:

  • Maladies infectieuses d’origine parasitaire

Causes principales chez les adultes:

  • Maladies d’origine bactérienne et cancers

Autres causes:

  • Collision avec les bateaux
  • Intoxication à une algue toxique
  • Empêtrement dans des engins de pêche
  • Privation de nourriture

Analyse de 222 bélugas entre 1983 et 2012