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Les vins d’orge du Québec

Wheat beer on wood
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David Lévesque Gendron et Martin Thibault, Collaboration spéciale

En Angleterre, la brasserie Bass commença à utiliser le terme «Barley Wine» au 19e siècle afin de faire comprendre à sa clientèle que sa bière nommée «No 1» possédait un taux d’alcool aussi élevé que celui du vin.

Et c’est là que s’arrête le lien avec le raisin. Les Barley Wines, ou vins d’orge, ne sont pas des bières créées pour émuler le vin de raisin. Ce sont plutôt des bières liquoreuses conçues à l’aide d’une quantité impressionnante de céréales que l’on caramélise sur de longues heures. La brasserie Albion, à Joliette, a d’ailleurs recréé la recette anglaise originale avec sa Cuvée Éliane, en l’honneur de la fille du maître-brasseur, Steven Bussières.

Alors, ça goûte quoi en hiver un vin d’orge?

En termes de texture, les ­Barley Wines s’approchent des vins liquoreux tels certains Xérès riches. Un dessert en soi, ils séduisent grâce à leur rondeur créée par des sucres résiduels généreux. Ces poignées d’amour sont imparties par des malts de spécialité aux sucres non ­fermentescibles. En effet, les ­levures à bière classiques ne peuvent tout simplement pas les digérer, laissant donc une trace de sucre caramélisé, parfois aux angles de raisins secs, dans un corps voluptueux.

Accompagnements

Difficile de se passer d’un ­fromage bleu crémeux avec un vin d’orge, honnêtement. Mais si ces pâtes persillées ne sont pas votre dada, sachez qu’un steak saignant ou une charcuterie ­saline et délicatement poivrée peut également faire briller ces bières décadentes de leurs ­flaveurs de fruits caramélisés.

Le saviez-vous ?

Des bières liquoreuses comme ces vins d’orge peuvent mûrir quelques années dans un cellier sans problème. Dans certains cas, elles ont ­besoin de temps afin de développer un profil plus uni. Dans d’autres, elles peuvent bénéficier d’une touche de madérisation fort harmonieuse avec les céréales caramélisées.

Dégustation comparative

Voici trois bons vins d’orge québécois pour s’initier.

Solstice d’Hiver
Wheat beer on wood
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Microbrasserie Dieu du Ciel!, à Saint-Jérôme et Montréal

Le nez : Fruits confits et crème brûlée

En bouche : Riche et chaleureuse

Pourquoi c’est bon : C’est un véritable bonbon liquide, équilibré du nez à la fin de bouche, détaillant tant ses céréales charnues que son caractère ­fermentaire fruité.

Grande Réserve Barleywine Rhum
Wheat beer on wood
Photo Courtoisie

Microbrasserie Le Castor, à Rigaud

Le nez : Fruits tropicaux et caramel

En bouche : Ronde et bien amère

Pourquoi c’est bon : Cette bière est élevée en barriques de chêne mouillées de rhum. Elle profite donc de ce puissant parfum de canne à sucre propre au rhum brun afin d’ajouter une couche de complexité au produit ­final, au même titre qu’une confiture de fruits bien ­placée peut ajouter du panache à un gâteau.

St-Ambroise Ale Millésimée
Wheat beer on wood
Photo Courtoisie

Brasserie McAuslan, à Montréal

Le nez : Dulce de leche et amandes ­caramélisées

En bouche : Capiteuse et fruitée

Pourquoi c’est bon : Sans jamais sombrer dans la lourdeur excessive, ce vin d’orge de la plus pure tradition anglaise sait même se bonifier avec l’âge, gagnant en harmonie et en cohésion. En effet, ses sucres résiduels goûteux, ses houblons feuillus et sa chaleur d’alcool se fondent en un tout délicieux après deux ou trois ans au cellier.

David Lévesque Gendron et ­Martin Thibault sont les auteurs de Les saveurs gastronomiques de la bière (Druide, 2013), sacré meilleur livre sur la bière aux Gourmand Awards, gagnant du premier prix littéraire Mondial de la Bière, gagnant d’une médaille d’or au concours des livres ­culinaires canadiens de Taste ­Canada et finaliste pour le prix Marcel Couture.