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Trop de soignants battus

La sécurité des employés ne s’améliore guère à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, selon une infirmière agressée par un patient

Sante mentale
Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère «On est là pour aider les patients; normalement on devrait être mieux protégés», exprime Louise Marcoux, qui vit encore avec les séquelles de l’agression sauvage subie il y a quatre ans à l’IUSMQ.

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Une infirmière battue sauvagement par un patient à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ) il y a quatre ans, constate que la sécurité des employés ne semble guère s’être améliorée, alors que d’autres agressions continuent à survenir.

Louise Marcoux a été replongée dans une bien mauvaise période de sa vie, récemment, lorsqu’elle a appris qu’une infirmière de l’Institut avait été frappée brutalement par un patient le 27 janvier dernier.

Il y a quatre ans presque jour pour jour, un patient s’introduisait dans le poste de garde et la frappait violemment à la tête à l’aide d’une barre de fer. Mme Marcoux a subi une importante commotion cérébrale et a dû recevoir huit points de suture.

Elle dit toujours souffrir de symptômes de stress post-traumatique. «Je suis encore là-dedans. Je «deal» avec mes peurs chaque jour. Je n’ai jamais pu remettre les pieds là», confie-t-elle.

«Culture du silence»

Louise Marcoux dénonce la culture du silence au sein des employés de l’IUSMQ au sujet de la violence au travail. «Malheureusement, les gens ont peur de parler», dit-t-elle.

Au cours des deux dernières années, à l’IUSMQ, le personnel soignant a été victime de 228 agressions physiques de la part de patients.

Mme Marcoux constate également que peu de changements semblent avoir été apportés par la direction de l’Institut. «Ils attendent quoi? Que quelqu’un soit dans le coma ou qu’il y en ait une qui y reste?», déplore-t-elle. À 48 ans, elle est de retour sur les bancs d’école pour une réactualisation vers un autre milieu de soins.

Pas surpris

Selon Stéphane Guay, directeur du Centre d’étude sur le trauma à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, il n’est pas rare que les travailleurs de la santé souffrent de stress post-traumatique après un acte de violence grave ou une accumulation d’incidents.

Les secteurs les plus à risque sont les milieux psychiatres, l’urgence et les centres jeunesse.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) associe pour sa part l’augmentation de la violence dans le réseau à la surcharge de travail et aux lacunes au plan de la sécurité, qui découlent, selon elle, des mesures d’austérité imposées par les différents gouvernements.

Deux infirmières et une préposée aux bénéficiaires ont été agressées récemment à l’Hôpital de Granby.

Fin de carrière abrupte pour une infirmière auxiliaire

Line Demers n’est pas près d’oublier cette nuit du 21 décembre 2013, alors qu’un patient en gérontopsychiatrie lui a asséné de violents coups à la tête et au visage, dont elle garde des séquelles.

Cette infirmière-auxiliaire était alors à quatre mois de sa retraite, après 36 ans passés à l’IUSMQ. Elle n’aurait jamais pensé vivre une fin de carrière aussi abrupte.

«Lorsqu’on travaille en santé mentale, des coups de pied et des coups de poing, on en mange, mais de cette force-là, c’était la première fois. Je suis entrée dans la chambre du patient en m’éclairant avec ma lampe de poche. Quand je me suis penchée pour baisser le volume de sa télé, il m’a donné un violent coup de poing sur le côté de la tête.»

Figure en sang

«J’ai été projetée par terre. Lorsque je me suis relevée, j’ai reçu un autre coup en plein visage. Je saignais; je tentais de me protéger avec mes mains, mais il continuait à me rouer de coups. J’ai réussi à mettre une table entre nous et j’ai pu quitter la chambre», raconte Mme Demers, qui vit encore le traumatisme de cette agression.

«On est d’abord sur l’adrénaline, puis, c’est le choc et on devient anxieux. Je souffre encore de pertes d’équilibre et de mémoire, de coups de fatigue et de difficultés de concentration. Je dois prendre des médicaments», souligne-t-elle.

Mme Demers a porté plainte à la police, mais le patient a été jugé inapte à subir un procès. «Il y a beaucoup d’incidents à l’IUSMQ. On remplit une feuille, puis c’est mis sur une tablette. Nous n’avions pas de bouton d’alarme sur l’unité.

Quand l’agression s’est produite, j’étais seule (pour 36 patients), car mon unique collègue était à sa pause», déplore-t-elle.

À la suite de l’agression survenue le 27 janvier dernier, l’IUSMQ a ajouté du personnel à l’unité J-2000.