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Allégations de pédophilie à l’endroit de Claude Jutra: Québec Cinéma et la ministre réagissent

Allégations de pédophilie à l’endroit de Claude Jutra: Québec Cinéma et la ministre réagissent
Photo Agence QMI

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MONTRÉAL |  Les allégations de pédophilie qui pèsent contre Claude Jutra, 30 ans après sa mort, ont forcé lundi Québec Cinéma, qui organise La soirée des Jutra – les Oscars québécois –, et la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, à lancer un appel au calme dans ce dossier.

Le critique et professeur de cinéma à la retraite Yves Lever écrit dans la biographie à paraître mardi que le célèbre cinéaste était pédophile et qu’il aurait eu un «penchant» pour les adolescents de 14-15 ans, une nouvelle qui a d’abord été rapportée par La Presse, samedi, déclenchant de vives réactions sur les réseaux sociaux.

Cette bombe dans le milieu du septième art québécois a provoqué une véritable secousse, forçant Québec Cinéma à se réunir d’urgence, lundi matin, un peu plus d’un mois avant la 18e remise de prix, qui aura lieu le 20 mars prochain et qui sera retransmise par ICI Radio-Canada Télé.

Tant la ministre David que Québec Cinéma ont répété en après-midi que la prudence s’imposait dans cette affaire, puisqu’il s’agit pour l’heure d’allégations non vérifiées par les autorités compétentes. De plus, aucune victime alléguée n’aurait porté plainte.

Québec Cinéma a annoncé la formation d’un conseil de sages, qui pourra formuler éventuellement des recommandations.

«La question est extrêmement délicate et c'est pourquoi nous devons rester à la fois très vigilants et prudents, a déclaré le président du conseil d'administration de Québec Cinéma, Patrick Roy. Nous sommes dans un contexte vraiment particulier, car les sources sont anonymes, aucune accusation n'est portée et la personne visée par les allégations est décédée.»

«[...] La reconnaissance de l'œuvre exceptionnelle de Claude Jutra reste aussi fondée aujourd'hui qu'hier. Cela dit, nous prenons la situation très au sérieux et allons suivre l'évolution du dossier de près, dans l'intérêt de notre mission et des préoccupations de l'industrie et du public», a indiqué pour sa part Ségolène Roederer, la directrice générale de Québec Cinéma.

Changer le nom de La soirée des Jutra?

Quant à la ministre David, qui lançait lundi à la Place des Arts, à Montréal, un chantier de renouvellement de la politique culturelle du Québec, elle a elle aussi voulu calmer le jeu.

«Le livre n’est pas sorti encore. Écoutez, ce genre d’allégations est toujours troublant. [...] Vous comprendrez qu’il faut être extrêmement prudent avec cette question-là. Oui, elle fait réfléchir. Pour l’instant, prudence, prudence, prudence», a martelé la ministre.

Selon Mme David, il est prématuré de parler d’un possible changement de nom de la grande soirée du cinéma québécois.

«Nous sommes tous prudents par rapport à quelque chose qui ne porte ni visage ni nom. [...] Une allégation confirmée, cela veut dire d’habitude qu’il y a eu un procès, quand on sera rendus là, on regardera les choses de très près. Pour l’instant, il n’y a rien de prouvé.»

«On est une société de droit, a poursuivi Mme David. On parle de quelqu’un qui est décédé et de victimes supposées qui ne se sont pas manifestées, alors prudence.»

Un «penchant»

Le livre Claude Jutra – Biographie, qui sera publié mardi par la maison d’édition Boréal, évoque dans un «bref passage» de quatre pages, selon le quotidien Le Devoir, le «penchant de Jutra pour les garçons plus jeunes».

«J'ai découvert une personnalité complexe en faisant mes recherches, et un tabou, a dit M. Lever au microphone d’Alain Gravel, lundi matin, sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première. Il aimait surtout les garçons de 14-15 ans.»

«On savait qu’il était homosexuel, ça n’avait jamais fait de problème», a ajouté l’auteur, qui s’appuie sur les témoignages de cinq à six personnes – sur la trentaine de gens interviewés – qui ont bien connu une victime proche de Claude Jutra, laquelle était âgée de moins de 14 ans à l’époque.

«La principale victime n’a jamais voulu me parler», a indiqué Yves Lever, qui ne croit pas que son livre va détruire le mythe Claude Jutra.

«J’ai toutes les preuves qu’il faut, mais je ne fais pas un livre sur la pédophilie», a-t-il dit. «À l’époque, dans années 1960-1970, on comprend très bien pourquoi il n’y a pas eu de plainte de portée, car ce sont des gens plutôt proches.»