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Des citoyens se mobilisent contre l'arrivée des lampadaires DEL

Stéphane Meloche, astronome amateur
Photo courtoisie Astronome amateur, Stéphane Meloche s’inquiète de voir le ciel changer à vue d’œil depuis l’arrivée de l’éclairage de rue aux DEL.

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Mécontents de voir s’installer des lampadaires éblouissants à DEL blanches dans leur ville et devant leur maison, des citoyens se mobilisent pour faire reculer les administrations municipales. 

«J’ai tenté de faire comprendre aux décideurs les effets néfastes des DEL. Je ne blâme personne, ils ne connaissent pas ça», se désole Bernard Tessier, citoyen de L’Île-des-Sœurs depuis plus de 40 ans. 

Cet ingénieur à la retraite s’inquiète de voir des lampadaires à DEL apparaître graduellement le long de la piste cyclable qui se trouve devant sa résidence. Ses recherches sur les diodes électroluminescentes l’ont incité à sensibiliser les élus municipaux, de même que la Direction de la santé publique.

«Même faible, une lumière peut interférer avec le rythme circadien d’une personne et diminuer la sécrétion de mélatonine.» Pour M.Tessier, cette citation tirée d’un article publié par la faculté de médecine de Harvard, a été «une révélation». 

«Ils ont investi un demi-million pour éclairer aux DEL. Cette technologie est fascinante pour ses économies d’énergie, mais il faut en connaître les tenants et aboutissants», plaide-t-il.

Des élus questionnés

Jusqu’en mars dernier, Hydro-Québec, qui fait la promotion de l’éclairage aux DEL accordait en effet des subventions aux municipalités qui souhaitent faire la transition vers cette technologie. Ainsi, 91 projets ont été financés, dit le porte-parole de la société, Marc-Antoine Pouliot.

Mais depuis, dans plusieurs municipalités du Québec, des citoyens interrogent leurs élus au sujet de l’installation progressive des DEL blanches à 4000 K. 

Astronome amateur depuis 30 ans, Stéphane Meloche a vu le ciel de Magog «se détériorer» depuis le remplacement des lampadaires au sodium par des DEL. 

«L’été, je voyais la Voie lactée, mais depuis un mois, le ciel s’est blanchi, constate-t-il. À l’intérieur de ma maison, il fait clair la nuit même si les stores sont fermés. En hiver avec la réflexion sur la neige, ça va être encore pire!»

Ce père de jeunes enfants a échoué dans sa tentative de faire bouger les conseillers municipaux de la Ville de Magog. 

«On me répond qu’ils vont aller jusqu’au bout du projet et qu’ils verront après», rapporte-t-il. 

Sacrifier la population

Manon Bouchard - Pétition
Manon Bouchard - Pétition

«La pression doit venir des citoyens», croit Manon Bouchard, une résidente de Sherbrooke qui lance une pétition contre les DEL blanches. L’initiative a recueilli près de 1203 signatures jusqu’ici.

«Les élus ne sont pas des experts en santé et ils se fient à Hydro-Québec. Il faudra se questionner sur nos valeurs. Veut-on vraiment économiser au point de sacrifier notre population?» demande Christine Renaud, qui est également une des instigatrices de la pétition. 

 


♦ Pétition: facebook.com/TropDeLumiere

 

« C’est David contre Goliath » – Dr Richard Béliveau

Martin Aubé - Professeur
Martin Aubé - Professeur

Vendue comme une technologie d’avenir, moins énergivore, à l’éclairage puissant, donc plus sécuritaire, les diodes électroluminescentes (DEL) séduisent. En prime, «vous changez l’ampoule une fois tous les 20 ans!» nous dit-on. 

Les puissants fabricants d’ampoules à DEL ont le vent dans les voiles, à des années-lumière du discours des chercheurs qui sonnent l’alarme sur de possibles effets néfastes pour la santé humaine. 

Une position qui rappelle la belle époque de l’industrie du tabac et de la malbouffe, ironise Richard Béliveau. 

«C’est David contre Goliath. C’est l’industrie des DEL qui représente des milliards de dollars contre le savoir de quelques scientifiques», illustre le chercheur en prévention et traitement du cancer.  

Mal informés

«Certaines études affirment que les DEL blanches ne posent aucun problème pour la santé, mais si vous creusez un peu, vous découvrez vite que ces recherches sont financées par GE Lighting et Philips», fait valoir Martin Aubé, professeur de physique au Cégep de Sherbrooke. 

Conséquence, les décideurs seraient tout simplement mal informés, dit M. Aubé.

«En ce qui concerne les dangers pour la santé, l’éclairage de rue n’atteint pas les niveaux requis pour qu’il y ait un impact sur la santé, et ce, selon notre connaissance de la documentation actuelle», explique Geneviève Dubé, relationniste pour la Ville de Montréal. 

«Nous croyons aux bonnes pratiques d’économie d’énergie dans les villes et pour les citoyens, c’est pourquoi nous faisons la promotion des DEL», se défend Marc-Antoine Pouliot, porte-parole d’Hydro-Québec.