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Les femmes sont plus anxieuses

Un sondage Léger montre que le stress et la déprime touchent particulièrement les plus jeunes d’entre elles

Les femmes sont plus anxieuses
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Héloïse Archambault et Annabelle Blais

Les femmes sont particulièrement stressées. Du moins, elles sont beaucoup plus nombreuses à se dire anxieuses, tristes ou déprimées. De nombreux hommes sont aussi rongés par le stress, mais ils préfèrent souffrir en silence.

C’est ce que révèle notre sondage Léger exclusif réalisé pour Le Journal-TVA dont les résultats seront­­ publiés tout au long de la semaine.

C’est entre 18 et 34 ans que la vie des femmes semble beaucoup plus stressante. Plus des trois quarts des répondantes dans cette tranche d’âge ont dit avoir vécu une période pendant laquelle elles se sont senties tristes, nostalgiques ou déprimées, dans la dernière année.

Superwoman

Bref, c’est la femme active, celle qui étudie, travaille, élève des enfants et court après le temps qui écope. «C’est la superwoman», illustre Christian Bourque, vice-président chez Léger Marketing.

«Les femmes vivent plus d’anxiété que les hommes, observe Camillo Zacchia, psychologue et spécialiste du trouble anxieux à l’Institut Douglas. Elles ont plus tendance à s’inquiéter. En plus, elles travaillent dans des domaines de services, elles veulent faire plaisir et ont tendance à en prendre plus sur leurs épaules.»

Par exemple, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à reconnaître que leur enfant est une source de stress (42 % contre 29 %).

Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain (CESH) de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, n’est pas surprise par ces résultats puisque les femmes rapportent généralement qu’elles ont plus de stress et plus de problèmes de santé physique que les hommes.

«Dès qu’on parle de stress “autorapporté”, les femmes vont “coter” plus haut», explique-t-elle.

Trois fois plus d’hormones

Mais si les femmes se disent plus stressées, les études montrent toutefois que ce sont les hommes qui réagissent biologiquement davantage.

«Quand on stresse des hommes en laboratoire, ils produisent trois fois plus d’hormones de stress que les femmes», précise la Dre Lupien.

Le corps des hommes et des femmes ne réagit pas de la même façon au stress et la nature des maladies diffère, indique la chercheuse.

«Les femmes ont plus de risques de développer des dépressions et on ne sait pas pourquoi», dit la docteure.

Notre sondage corrobore cette analyse. Ainsi, la moitié des femmes âgées de 35 à 44 ans disent avoir déjà consommé des antidépresseurs. Par rapport aux hommes, elles sont aussi plus nombreuses à avoir été mises en arrêt de travail.

Ces résultats pourraient illustrer le fait que les femmes sont plus nombreuses à aller chercher de l’aide. Selon notre sondage, plus de 70 % des femmes ont parlé de leur problème de stress à un proche et près de 60 % à un professionnel.

De leur côté, les hommes parlent beaucoup moins de leurs problèmes et ils souffriront surtout de maladies cardiovasculaires et de dépendance à l’alcool, indique la Dre Lupien.

Les hommes recherchent moins de l’aide

Moins d’un homme sur deux parle de ses problèmes de stress à un proche. Ils sont encore moins nombreux à en parler à un professionnel (41 %), indique notre sondage.

«On voit que les hommes ont plus de difficultés à s’ouvrir et à parler de leurs problèmes», indique Christian Bourque, de Léger Marketing.

C’est chez les 35-44 ans que l’on trouve le plus d’hommes qui se disent tristes, nostalgiques ou déprimés.

Mais ce sont pourtant les 45-54 ans qui prennent le plus d’antidépresseurs, suivis de près par les 65-74 ans, soit 30 % des répondants.

Plusieurs ressources d’aide confirment que les hommes hésitent encore à demander du soutien.

La Fondation des maladies mentales sensibilise les jeunes du secondaire à la dépression. Ses statistiques pour l’année 2015 indiquent qu’à la suite de leur passage dans les classes, 358 filles ont consulté les ressources d’aide de leur école, contre 136 garçons.

Amélioration

L’organisme Les Déprimés anonymes constate tout de même une certaine amélioration. Il y a quelques années, les hommes représentaient seulement 35 % de leur clientèle de la ligne d’écoute. L’an dernier, un appel sur deux provenait d’un homme, révèle le coordonnateur de l’organisme, Jacques Charland.

Ce dernier a multiplié les efforts pour rejoindre les hommes, en augmentant la visibilité de l’organisme dans le quartier gai, notamment. Il est toutefois d’avis qu’un important travail reste encore à faire. «Le stéréotype de l’homme fort est très tenace», dit-il.

Selon les données de la Santé publique du Québec, en 2013, le taux de suicide des hommes était 3,4 fois plus élevé que celui des femmes.

Prenez-vous ou avez-vous déjà pris des antidépresseurs?

Femmes 
  • 18-24 ans 15 %
  • 25-34 ans 28 %
  • 35-44 ans 49 %
  • 45-54 ans 30 %
  • 55-64 ans 33 %
  • 65-74 ans 29 %
Hommes
  • 18-24 ans 5 %
  • 25-34 ans 19 %
  • 35-44 ans 22 %
  • 45-54 ans 30 %
  • 55-64 ans 21 %
  • 65-74 ans 25 %

Au cours des 12 derniers mois, est-ce qu’il y a une période pendant laquelle vous vous êtes senti triste, nostalgique ou déprimé?

Femmes 
  • 18-24 ans 80 %
  • 25-34 ans 76 %
  • 35-44 ans 65 %
  • 45-54 ans 57 %
  • 55-64 ans 56 %
  • 65-74 ans 50 %
Hommes
  • 18-24 ans 56 %
  • 25-34 ans 64 %
  • 35-44 ans 63 %
  • 45-54 ans 55 %
  • 55-64 ans 36 %
  • 65-74 ans 39 %
MÉTHODOLOGIE : Sondage effectué par la firme Léger auprès de 1005 Québécois de 18 ans et plus, du 1er au 6 février 2016. Marge d’erreur de ± 3,1 %, dans 19 cas sur 20.