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Facebook angoisse les jeunes

Des femmes sont particulièrement bouleversées par la vie «idyllique» des autres sur les réseaux sociaux

Facebook angoisse les jeunes
Photo Le Journal de Montréal, Martin Alarie

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Héloïse Archambault et Annabelle Blais, Le Journal de Montréal

 

Un jeune adulte sur quatre admet que la comparaison de sa propre vie sur Facebook ou Instagram avec celle des autres est une source de stress. C’est encore plus vrai pour les femmes. C’est ce que démontre un rare sondage sur la question réalisé par Léger pour Le Journal-TVA.

En 2016, on est stressé par le nombre d’amis ou de mentions «j’aime», par les photos d’un presque inconnu sur une plage de Cuba ou de son ex avec une jolie blonde. Jamais n’a-t-on pu se comparer aussi facilement aux autres qu’à l’ère des réseaux sociaux.

Notre sondage montre que les 18-34 ans sont beaucoup plus affectés par cette­­ pression sociale que les autres groupes d’âge.

«Les jeunes sont de gros utilisateurs des médias sociaux et ça fait plus partie de leur vie sociale. On remarque que 100 % des jeunes sont sur les médias sociaux et ce sont eux qui ont le plus haut taux de stress lié à ça», souligne Christian Bourque de chez Léger.

Il semble que les femmes sont encore plus sensibles à la comparaison puisqu’environ une femme sur trois âgée de 18 à 34 ans se dit stressée par la pression des réseaux sociaux.

«Il y a ensuite une coupure dans la catégorie des 55 ans et plus, où seulement 4 % des répondants se disent stressés, et on sait qu’ils fréquentent moins souvent et moins longtemps les médias sociaux», précise M. Bourque.

Ces dernières années, plusieurs études se sont penchées sur «l’effet de comparaison» (comparison effect) dans les réseaux sociaux, indique la Dre Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain (CESH) de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, qui a étudié le stress généré par Facebook sur les adolescents.

Menace à l’ego

Son étude, publiée l’automne dernier, démontre que le nombre d’amis sur Facebook­­ est une source de stress.

«Plus t’as d’amis Facebook, plus tu vas produire des hormones de stress. On parle de près 3000 amis, donc tu te sens observé et ta menace à l’ego est assez élevée», explique la chercheuse.

Une étude allemande menée en 2013 a démontré que plus un observateur est passif sur Facebook, plus le sentiment d’envie est exacerbé.

«Est-ce que la comparaison nous renvoie une image déprimante de notre vie? Quand on voit l’autre qui met toujours des photos de tout, alors qu’on reste chez soi à manger du Kraft Dinner, c’est possible qu’on se sente loser», dit la Dre Lupien.

Notre sondage constate que les personnes malheureuses semblent plus particulièrement affectées par cet «effet de comparaison». Plus de 42 % d’entre elles se disent stressées par la comparaison avec la vie des autres.

Valérie Van Mourik, clinicienne au Centre de réadaptation en dépendance de Montréal, affirme que les gens peuvent chercher à combler un vide en regardant des séries en rafale ou en consultant compulsivement, mais passivement, le fil de leur actualité sur Facebook.

«Mais c’est le symptôme de quelque chose d’autre et ce n’est pas la source du problème», assure-t-elle.

Émotions négatives

«Une personne qui ne va pas bien risque de se concentrer sur tout ce qui lui confirmera que tout est noir [...] elle aura tendance à se comparer avec ce que les autres mettent sur Facebook, ce qui nuira à son estime de soi et encouragera des émotions négatives», ajoute-t-elle.

Les études montrent toutefois que ceux qui manifestent des comportements de soutien à l’égard des autres, en commentant et en aimant des publications, ont moins d’hormones de stress, indique la Dre Lupien.

«Dans Facebook, il y a des choses positives, d’autres négatives. Ce n’est pas le réseau social en soi qui pose problème, mais plutôt comment on l’utilise. Et c’est comme ça dans la vie.»


Est-ce que la comparaison de votre propre vie par rapport à celle que les gens diffusent dans les réseaux sociaux est pour vous une source de stress?

18 à 24 ans

  • 26 % OUI

25-34 ans

  • 27 % OUI

MÉTHODOLOGIE: Sondage effectué par la firme Léger auprès de 1005 Québécois de 18 ans et plus, du 1er au 6 février 2016. Marge d’erreur de ± 3,1 %, dans 19 cas sur 20.

Une vie plus «cool» sur les réseaux sociaux

Le nombre de mentions «j’aime» sur Facebook est si important pour Raphaëlle Ritchot, 22 ans, qu’elle supprime les publications peu populaires. «À 40 “j’aime”, je suis déçue. Ça ne me stresse pas... mais ça me dérange», reconnaît-elle.

Une de ses photos de profil a déjà recueilli 120 mentions «j’aime». Sur cette image en noir et blanc, on voit la jeune femme aux cheveux blonds colorés, un piercing au nez, vêtue d’un simple chandail en coton et les lèvres légèrement étirées devant. «Magnifique!» «Wow!» «J’adore le look!» Elle a reçu une pluie de compliments.

Alors forcément, depuis, une bonne photo doit en récolter autant. «Quand je mets un post, j’aime voir le nombre de notifications sur mon cellulaire et ça m’énerve s’il n’y en a pas», dit-elle.

Le sujet est même devenu une blague avec ses amis. «Quand une photo ne récolte pas beaucoup de “j’aime”, ma meilleure amie m’écrit pour rire et me demande comment je me sens», plaisante-t-elle.

Facebook au réveil

Le matin, au réveil, elle s’empare de son cellulaire avant même de poser un pied au sol. «La première chose que je fais est d’aller sur Facebook», dit-elle.

La jeune étudiante en communication à l’UQAM publie plusieurs photos d’elle, mais aime aussi que l’on apprécie sa plume et son sens de l’humour.

L’étudiante dit ne pas comparer sa vie à celle des autres sur les réseaux sociaux, mais elle reconnaît qu’elle essaie de montrer une vie parfaite. «C’est clair que ma vie a vraiment l’air plus cool sur Instagram, dit-elle. Mais si ma vie est plus cool sur Facebook, j’imagine que c’est la même chose pour eux, alors ça ne me stresse pas trop.»

1000 amis

Lorsqu’elle s’est inscrite sur Facebook vers l’âge de 16 ans, l’objectif avoué était de cumuler 1000 amis. Elle a fini par atteindre ce chiffre... simplement pour se rendre compte que son fil d’actualité était devenu ennuyant. Elle a fait un grand ménage. «Mon critère était que si je n’étais pas à l’aise pour souhaiter bonne fête à quelqu’un, ce n’était pas un ami», explique-t-elle.

Aujourd’hui, elle a 517 amis sur Facebook et 310 abonnés sur Instagram, dont plusieurs sont des amis de l’université qui partagent du contenu qu’elle qualifie d’intelligent.