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Villages en voie de disparition

Le Québec est en train de vivre un important exode de sa population rurale vers les villes. Plusieurs petites municipalités ont perdu de nombreux services si bien que certains villages se retrouvent en grande difficulté.

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
Photo David Prince Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.

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David Prince, Katherine Boisvert et Stéphanie Gendron
Le Journal de Montréal

 

Un village du Québec a perdu neuf résidents sur 10 en 60 ans. Un autre est pratiquement rempli de personnes âgées. Les petites communautés sont en crise et plusieurs pourraient disparaître.

«On reçoit des touristes et ils n’en reviennent pas à quel point on n’est pas développé. Les gens de la ville ne sont pas capables de texter ou de recevoir leurs appels quand ils sont ici. Le premier guichet automatique est à 35-40 km. Certains touristes arrivent avec 5 $ dans leurs poches et ils doivent faire une demi-heure de route pour aller chercher de l’argent», a indiqué Micheline St-Onge, responsable de la Fabrique de Moffet, au Témiscamingue.

Dans ce petit village de 200 habitants, l’école, le bureau de poste et la Caisse populaire ont fermé.

« On reçoit des touristes et ils n’en reviennent pas à quel point on n’est pas développé. Les gens de la ville ne sont pas capables de texter ou de recevoir leurs appels. Le premier guichet automatique est à 35-40 kilomètres. » – Micheline St-Onge, de Moffet

La mairesse d’Angliers au Témiscamingue, Lina Pine, tente chaque jour d’attirer des familles et de l’emploi dans son village de 300 habitants, situé loin de toute grande ville. Elle a parfois l’impression de ramer à contre-courant de la modernité, alors que sa municipalité n’a pas d’eau potable depuis 1998.

«On travaille sur le développement d’un terrain de camping. Mais le problème, c’est qu’on n’est pas dans les normes parce qu’on n’a pas l’eau potable», se désole la mairesse.

Mauvais choix

Depuis 2004, les petits villages de 4500 habitants et moins ont perdu près de 95 000 habitants. Souvent mal desservies au niveau des services publics, plusieurs familles préfèrent s’installer près des commodités des grandes villes.

Selon Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale, l’exode dans les villages s’explique par de mauvais choix qui ont été faits depuis plusieurs années par les gouvernements.

«Il y a des solutions pour occuper le territoire, mais ce n’est pas celles que le gouvernement privilégie. On a investi plus d’un milliard dans Bombardier alors qu’il serait beaucoup plus rentable de mettre de l’argent dans les petits entrepreneurs locaux et dans la transformation des richesses naturelles dans les régions», soutient-elle.

Pas désespéré

Même si la situation est critique pour plusieurs villages, le directeur de la Chaire de recherche en développement des petites collectivités de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Patrice Leblanc, refuse de jeter l’éponge.

Selon lui, il y a plusieurs modèles de développement qui peuvent fonctionner. Chaque communauté doit trouver le sien.

«Le fait d’avoir un leader dans le village qui est capable de mobiliser la population autour de lui ou autour d’un projet ou d’une idée est une formule gagnante», a-t-il dit.

Par exemple, Saint-Élie-de-Caxton en Mauricie était un village en déclin avant que le conteur Fred Pellerin le fasse connaître. Depuis, la municipalité connaît un essor intéressant.

À Sainte-Marcelline-de-Kildare, dans Lanaudière, on s’est aussi relevé les manches après le départ de la Caisse Desjardins en juin 2015.

«On travaille très fort pour amener d’autres commerces chez nous. D’après moi, d’ici l’automne 2016, on va être capable de démontrer à Desjardins que Sainte-Marcelline est capable de se virer de bord et de continuer à grandir même s’ils ne sont plus là», s’enthousiasme le maire Gaétan Morin.

 

En chute libre

Entre 2004 et 2015

Villages

Moins de 4500 citoyens
- 94 000 Habitants

Villes

Plus de 20 000 citoyens
+ 675 000 Habitants

 

Il ne reste que trois enfants à Saint-Guy

Nathalie Trudeau et son fils de sept ans Charlie Pasteur. Il est l’un des trois derniers enfants à habiter dans le village.
Photo Stéphanie Gendron
Nathalie Trudeau et son fils de sept ans Charlie Pasteur. Il est l’un des trois derniers enfants à habiter dans le village.

SAINT-GUY | Les habitants d’un village du Bas-Saint-Laurent sentent que leur avenir est en péril alors qu’il n’y reste plus que trois enfants.

Saint-Guy est situé dans la MRC des Basques, là où la moyenne d’âge de la population est la plus élevée au Québec. On y retrouve 82 habitants, dont seulement trois enfants répartis dans deux petites familles.

Dans les années 1950, Saint-Guy était pourtant en pleine ascension avec ses 800 habitants, soit 10 fois plus qu’aujourd’hui.

«Je sens le tapis nous glisser sous les pieds», admet Patrick Caron, qui occupe la même maison à Saint-Guy depuis 1937.

Le village forestier a commencé à dépérir en même temps que l’industrie. La plupart des résidents de Saint-Guy ont assisté aux fermetures successives des dépanneurs, restaurants et hôtels de leur village.

Les sept membres du conseil municipal sont tous âgés de 55 ans et plus. Ils se contentent d’entretenir les infrastructures, mais ne parlent pas de développement.

Relève ?

Nathalie Trudeau a choisi Saint-Guy comme lieu de résidence permanent il y a deux ans. Son fils a sept ans. Elle souhaiterait que le village ne baisse pas les bras, mais est consciente de la menace qui plane.

«Nous n’en sommes même pas à attirer des familles, ça prendrait un projet, quelque chose de stimulant, avant tout. Mais c’est sûr que la force du nombre n’est pas là», ajoute-t-elle.

Dans 10 ans

<b>Jean-Noël Bolduc</b><br />
Maire
Photo Stéphanie Gendron
Jean-Noël Bolduc
Maire

Que restera-t-il de Saint-Guy dans 10 ans? «On peut comprendre les jeunes de ne pas revenir ou de ne pas s’installer ici, il n’y a pas d’ouvrage», répond le maire de l’endroit, Jean-Noël Bolduc, après un long silence.

Il y a longtemps qu’on ne se fait plus d’illusion sur la possibilité qu’une nouvelle entreprise puisse s’y installer.

La santé financière de Saint-Guy se maintient grâce aux taxes que le village perçoit sur les érablières et les lots à bois. La route principale à déneiger appartient au ministère des Transports.

Autonomie

Par respect pour ses ancêtres et son histoire, et même si cela semble inévitable, la population s’oppose à l’idée d’une fusion pour le moment et même à la proposition de la MRC des Basques, soit le concept «une MRC, une ville».

«Ce que je propose, c’est de conserver le nom et l’histoire, mais les travaux de voirie, il n’y a rien de sensible à cela. Il faut tout mettre ensemble, croit le préfet des Basques, Bertin Denis. Ce que l’on semble prôner à Saint-Guy, c’est que ça va bien de même, alors on continue. Mais la MRC a l’obligation de faire quelque chose.»

D’ici là, Saint-Guy affirme réaliser des efforts surhumains pour conserver son autonomie. Mais pour combien de temps?

 

Ce qu’ils ont dit

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
Photo courtoisie

«Quand on a des maisons à vendre, c’est difficile pour les acheteurs d’avoir un prêt auprès des institutions financières. Pourquoi? À cause de la qualité de l’eau.» - Lina Pine, mairesse d’Angliers, au Témiscamingue

 

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
David Prince

«Ça fait six ans que personne n’a utilisé le parc du village. Mes petits-enfants sont maintenant trop âgés.» - Hauris Lalancette, Rochebaucourt

 

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
Photo courtoisie

«Après 75 ans, Desjardins nous a quittés en sauvage. C’est le terme exact.» - Normand Laporte, maire de Saint-Béatrix dans Lanaudière

 

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
Photo David Prince

«Ça ne peut pas être bien perçu quand on perd nos services. Comment faire pour attirer des jeunes ici?» - Micheline St-Onge, responsable de la Fabrique de Moffet

 

Le village de Rochebaucourt entre Amos et Lebel-sur-Quévillon en Abitibi est passé de 1800 citoyens à 161 en 60 ans. Le dernier resto-bar du village est fermé depuis plusieurs années, de même que les trois épiceries.
Photo d'archives

«Les habitants des villages sont comme de la chair à canon. Le gouvernement ne fait rien pour les aider et aimerait qu’ils aillent où il y a de la job.» - Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale