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Cher Philippe Couillard

Philippe Couillard
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Cher Philippe Couillard, 

Aujourd’hui, vous avez dit que le Québec devait accueillir 10 000 immigrants de plus. 

Vous êtes même allé jusqu’à dire au chef de la deuxième opposition officielle qu’il «soufflait sur les braises de l’intolérance» en s’inquiétant de la possible hausse des seuils d’immigration, qui passeraient à 60 000 par année. 

Taxer quelqu’un d’intolérant est d’ailleurs l’attaque la plus facile dans ce type de dossier, lorsque nous ne pouvons pas répondre par un argument solide aux inquiétudes des autres. 

Je suis triste de constater que, pour vous, réfléchir au sujet de l’amélioration de l’intégration des immigrants, c’est d’être intolérant. Je pense que pour solidifier votre position, vous êtes prêt à tomber rapidement dans de douteux amalgames alors que les questionnements de monsieur Legault sont légitimes. 

Brian Myles écrivait ce matin dans Le Devoir qu’il y avait des «fissures dans l’édifice de l’intégration».

Il se trompe. En fait, c’est plutôt des crevasses et des trous béants, par contre, vous ne semblez pas considérer le colmatage de ceux-ci avant de hausser les seuils d’immigration. La réalité, c’est que l’intégration de nos immigrants est comparable à l’état de nos routes au printemps: catastrophique et pleine de nids-de-poule. 

Lorsqu’on travaille sur le terrain, en immigration, on se rend compte que la réalité, c’est que votre gouvernement – comme tous ceux qui l’ont précédé — abandonne les nouveaux arrivants en déléguant les responsabilités liées à leurs intégrations à des organismes, en se préoccupant très peu de leur sort. L’important, c’est de séduire les gens avant qu’ils ne soient ici, afin d’atteindre les seuils que nous nous fixons. S’occuper d’eux une fois arrivés? Bof!  

Avant de hausser les seuils, pourquoi ne pas s’occuper de réduire l’attente dans le cas des équivalences d’études? De faire en sorte que les employeurs soient plus flexibles avec les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore de «sacro-sainte expérience de travail québécoise?» 

Vous prévoyez probablement faire ça après? Pourtant, ça fait des années que des immigrants qui sont déjà ici attendent! 

Je me pose plusieurs autres questions sur la hausse des seuils migratoires. 

Par exemple, investirez-vous enfin dans la régionalisation de l’immigration? Réaliserez-vous que le Québec a besoin de travailleurs aussi en région, n’en déplaise à vos amis du Conseil du patronat? 

De plus, que diriez-vous à mes étudiants immigrants qui doivent s’absenter des cours de francisation pour aller chercher de l’aide alimentaire? À ceux qui reçoivent honteusement du chômage alors qu’ils étaient professionnels dans leur pays? Que diriez-vous aux 27 % d’immigrants francophones qui sont sur le chômage à Montréal? 

Que diriez-vous à ces médecins syriens qui n’arrivent pas à trouver du travail dans leur domaine? 

C’est le genre de question que je me pose, me taxerez-vous d’intolérante, Monsieur Couillard?