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Couillard vu par Shakespeare

POL-CAUCUS LIBÉRAL
Photo Agence QMI, Simon Clark Même si je ne partage pas toutes ses vues, je veux pouvoir continuer à respecter «mon» premier ministre.

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Nous découvrons progressivement un Philippe Couillard qu’on ne connaissait pas.

Notre premier ministre se veut un homme de culture. Alors parlons culture.

En 1591, Shakespeare écrit une de ses plus grandes pièces, Richard III, qui raconte les manigances du duc de Gloucester pour accéder au trône. Shakespeare livre une réflexion sur le pouvoir et l’hypocrisie.

Pour donner le change et endormir ses opposants, l’intrigant se donne des airs pieux et se drape dans la vertu: «Et ainsi j’habille ma vilenie toute nue et j’ai l’air d’un saint, quand je fais au mieux le diable.»

Pour éviter d’avoir à justifier ses positions, il attaque le premier, faisant des procès d’intention à ses adversaires qu’il diabolise: «Je fais le mal et je suis le premier à brailler; les méfaits que j’accomplis en secret, je les rejette comme autant de charges accablantes sur d’autres.»

C’est exactement ce que fait M. Couillard et c’est vieux comme le monde.

Perfidie

François Legault a soulevé des questions parfaitement raisonnables et légitimes sur l’opportunité d’augmenter le nombre d’immigrants que le Québec accueille annuellement.

On peine déjà à intégrer les 50 000 immigrants accueillis chaque année, comme en témoignent leur taux de chômage, leur rejet croissant des cours de français gratuits, et l’échec de tous les plans de régionalisation.

Comme le futur Richard III, Philippe Couillard ne répond pas sur le fond. Il choisit l’attaque, associant M. Legault à Donald Trump et à l’extrême-droite européenne.

Il n’y a qu’un mot qui convient ici: odieux.

François Legault mériterait des excuses qui ne viendront pas, car M. Couillard, du haut de sa superbe, a toujours raison.

M. Couillard sait aussi qu’en diabolisant ses adversaires, il fait plaisir à ses militants, qui aiment toujours de la viande rouge, et solidifie la base électorale essentielle du PLQ, les Québécois issus de l’immigration.

Et ce n’est pas un incident isolé.

Quand on s’est étonné que la ministre de la Condition féminine ne se dise pas féministe, il a dénoncé un «climat d’inquisition».

Aux pires moments de l’Inquisition, ceux qui ne pensaient pas comme l’Église étaient étiquetés «hérétiques» et brûlés au bûcher.

Le moins qu’on puisse dire est que le choix de mots est lourd. Que nous sortira-t-il bientôt? L’Holocauste? Cette outrance verbale doit cesser.

Prétention

Pire, elle se drape dans des airs de supériorité morale d’une suffisance prétentieuse.

En particulier quand on aborde les questions liées à l’identité, M. Couillard semble penser qu’il est le seul à avoir voyagé et vécu à l’étranger, et que cela lui donne une hauteur et une largeur de vues hors de notre atteinte.

Comme il se croit seul autorisé à décerner des certificats de bonne conduite en matière d’ouverture à la diversité, ceux qui ne partagent pas ses vues sont forcément des incarnations du Mal qui, pour reprendre ses propres mots, soufflent «sur les braises de l’intolérance».

Du coup, il se soustrait au devoir de débattre, qui est l’essence de la démocratie. C’est... shakespearien.

Même si je ne partage pas toutes ses vues, je veux pouvoir continuer à respecter «mon» premier ministre. Cette attitude doit changer.