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Leur évasion en hélico a pris six longues minutes

Les gardiens de sécurité ont tout filmé sans intervenir pendant que les détenus galéraient pour s’enfuir

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Benjamin Hudon-Barbeau et Dany Provençal ont peiné durant six longues minutes pour tenter de grimper à bord de l’hélicoptère qui les attendait sur le toit de la prison de Saint-Jérôme, en 2013, sans être gênés par les autorités carcérales.

C’est finalement en empoignant la corde lancée par leurs complices dans une cour extérieure que les deux détenus se sont envolés, montrent les enregistrements vidéo du 17 mars 2013, filmés par les caméras de surveillance de la prison, que Le Journal a obtenus.

Pris par surprise

Détourné par deux complices armés, l’hélicoptère de la compagnie Héli-Tremblant était déjà posé sur le toit de la prison quand les gardiens ont commencé à filmer la scène. Comme s’ils avaient été pris par surprise.

On constate rapidement que cette cavale spectaculaire, survenue lors d’un dimanche après-midi frisquet, ne s’est pas déroulée sans effort.

Provençal, alors incarcéré pour braquage à domicile et incendie criminel, fut le premier à se hisser à la corde.

L’instigateur

Hudon-Barbeau – un ex-sympathisant des Hells Angels que la police décrit comme l’instigateur de ce plan – est cependant passé par-dessus lui, comme s’il devait être le premier à monter à bord de l’appareil.

L’homme de 39 ans a lâché prise, alors qu’un complice voulait l’aider à franchir le dernier mètre qui le séparait du toit.

Incapables d’escalader le mur du bâtiment carcéral, les fuyards ont fini par s’accrocher à la corde pendant que l’hélicoptère les traînait, six minutes après son arrivée.

Ils ont été capturés quelques heures plus tard par la Sûreté du Québec.

Au lendemain de l’évasion, le directeur de la prison, Yves Galarneau, affirmait que les gardiens n’avaient pas tiré en direction des fuyards parce qu’ils «ne sont pas armés à l’intérieur des murs».

Cours mal protégées

Moins de 15 mois plus tard, trois détenus de la prison d’Orsainville, au nord de Québec, répétaient le même exploit.

Selon le syndicat des gardiens, aucun grillage n’a encore été installé dans les deux cours des prisons d’où ces cinq détenus ont réussi à s’évader.

«S’il y a un gestionnaire des services correctionnels qui pense que ça n’arrivera plus, il devrait enlever ses lunettes roses», a commenté au Journal son président, Mathieu Lavoie, hier.

Il réclame aussi du ministère de la Sécurité publique d’intensifier les fouilles dans toutes les prisons pour saisir davantage de téléphones cellulaires que les détenus ont en leur possession.

Textos incriminants

C’est d’ailleurs avec un cellulaire que Hudon-Barbeau aurait planifié son coup avec des complices de l’extérieur.

Selon la Couronne, il aurait échangé plusieurs textos où il était question de «corde», de «morceaux» (armes à feu) et d’une Cadillac (l’Escalade qui les attendait à leur descente de l’hélicoptère).

Il y a deux mois, Hudon-Barbeau – qui est aussi en attente de procès pour deux meurtres – s’est reconnu coupable d’évasion et de complot.

Il renie son plaidoyer

<b>Benjamin Hudon-Barbeau</b><br />
Coupable
Photo d'archives, TVA Nouvelles
Benjamin Hudon-Barbeau
Coupable

Mais hier, il a fait volte-face en demandant au juge Marc David de retirer son plaidoyer de culpabilité. Il veut subir un procès en anglais même si le français est sa langue maternelle.

Malheureux de ses conditions de détention, il a aussi congédié son avocat en l’accusant de l’avoir mal conseillé.

«Vous êtes votre pire ennemi», a fini par lui dire le juge, qui ne prendra pas de décision avant le 21 avril. Le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, estime que ces demandes «frivoles» ne visent qu’à «faire déraper le dossier».

Hudon-Barbeau risque d’être déclaré délin­quant dangereux et de «passer le reste de ses jours en prison», lui a rappelé le juge hier.

 

Chronologie

Steven Marchisio lors de son arrestation, le soir du 17 mars 2013.
Photo d'archives
Steven Marchisio lors de son arrestation, le soir du 17 mars 2013.

Vers 13 h 45, Steven Marchisio et Billi Beaudoin montent à bord de l’hélicoptère piloté par Sébastien Foray, en se faisant passer pour des touristes. En vol, Marchisio braque un revolver de calibre .38 sur la tête du pilote en le sommant de se rendre à la prison de Saint-Jérôme. L’hélicoptère détourné se pose sur le toit de la prison.

Six minutes plus tard, le pilote repart à basse altitude alors que Benjamin Hudon-Barbeau et Dany Provençal s’accrochent à une corde que leurs complices leur avaient lancée du haut de l’appareil.

Après trois minutes de vol, les deux fuyards lâchent prise et font une chute d’une vingtaine de mètres près d’un secteur résidentiel. L’appareil se pose pour qu’ils montent à bord.

Sept minutes plus tard, le quatuor débarque dans le stationnement de l’hôtel L’Estérel, monte dans une Cadillac Escalade et prend la direction de Chertsey. Des coups de feu sont tirés en direction des policiers de la SQ qui les pourchassent. Les deux complices se cachent dans un chalet sur le chemin du lac d’Argyle.

À 16 h 15, Hudon-Barbeau est capturé en bordure de la route 125, à Chertsey.

À 18 h 45, ses deux complices sont arrêtés en sortant du chalet.

À 21 h, Provençal est repris dans une cabane à sucre du 5e Rang Ouest, à Chertsey.

Le 19 juin 2015, Marchisio est condamné à 15 ans de prison.

Le 26 novembre suivant, Provençal écope de sept ans d’incarcération.

Le 11 janvier 2016, Beaudoin et Hudon-Barbeau plaident coupables. Ils sont en attente de leur peine.