/news/society
Navigation

Il a fait ses valises 43 fois

Tout juste âgé de 18 ans, un enfant de la DPJ explique qu’il n’a jamais eu de résidence stable

déménagé stabilité
Photo Le Journal de Montréal, Frédérique Giguère Christopher Thériault tenait à raconter son histoire pour éviter que d’autres jeunes subissent le même traitement.

Coup d'oeil sur cet article

Quand il fouille dans ses souvenirs d’enfance, Christopher réalise qu’il n’a jamais eu de chez-soi.

Pas étonnant: cet enfant de la DPJ estime avoir déménagé pas moins de 43 fois dans sa courte existence.

«Toute ma vie, partout où je suis allé, je ne me suis jamais vraiment senti à la maison», souffle le jeune homme qui vient tout juste d’atteindre ses 18 ans.

Interpellé par les multiples fugues dans les centres jeunesse qui ont retenu l'attention du public ces derniers mois, Christopher Thériault a tenu à raconter son histoire.

Il voit cela comme un cadeau qu’il se fait pour sa majorité, maintenant qu’il est «libéré» de la DPJ.

Pour montrer combien il est difficile d'être un enfant placé sous le régime de la protection de la jeunesse.

Et, à l’inverse, pour expliquer combien il peut être facile, tentant, pour un jeune, de fuir.

Lui-même avoue avoir fugué une bonne vingtaine de fois. Parfois sous le coup de la colère, parfois parce qu’il ne s’y retrouvait tout simplement plus.

« Barouetté » de tous bords

D’une famille d’accueil à une autre, d’un centre d’accueil à un autre, Christopher a l’impression d’avoir été sans cesse «barouetté» de tous bords, tous côtés durant des années.

«Je ne sais pas ce que c’est, moi, être aimé inconditionnellement par quelqu’un. Mais j’aurais tellement voulu connaître ça», déplore-t-il.

«Dans ma vie, dès qu’il y avait un problème, on me disait de faire mes valises», ajoute timidement le jeune homme, expliquant que ses proches n’étaient pas en mesure de prendre soin de lui.

L’ironie de son histoire, c’est que les rapports d’évaluation insistaient sur le fait qu’il avait besoin d’une chose: la stabilité. «L’enfant a besoin de vivre au sein d’un milieu de vie stable, encadrant, structuré et cohérent», signalent invariablement ces rapports.

Pourtant, de l’âge de 3 mois jusqu’à tout récemment, Christopher n’a pas cessé de faire ses valises.

Grosses crises

Calmement, mais avec une précision effarante, il énumère les endroits où on l’a tour à tour fait valser.

Le décompte s’arrête à 43 familles, centres et ressources intermédiaires. Il lui est arrivé de ne rester que quelques semaines dans un endroit.

Sa résidence la plus stable a été une ressource intermédiaire de Mont-Laurier où il est demeuré un peu moins d’un an, en 2010.

Pourquoi tant de déplacements?

Parce que Christopher, chez qui on avait diagnostiqué un déficit d’attention et un trouble de la personnalité limite à l’âge de 10 ans, faisait des crises.

De son propre aveu, il en a fait des centaines. Il hurlait, lançait des objets et était parfois violent.

«Mais je ne réalisais pas ce que je faisais, plaide-t-il. Dès que je reprenais mes esprits, je m’excusais plein de fois.»

Il aurait aimé que ceux qui étaient chargés de l’aider ne baissent pas les bras si vite en lui disant qu’il «ne faisait rien de correct».

À travers ses multiples déménagements, Christopher estime avoir changé une vingtaine de fois d’intervenants sociaux.

Tristes souvenirs

Déjà hypothéqué et peu porté à s’ouvrir aux inconnus, il est devenu exaspéré de devoir répéter sans cesse son histoire et s’est plutôt refermé.

Au bout du compte, si les gens ont généralement des boîtes remplies de photos, de jouets et de peluches pour leur rappeler leur enfance, Christopher, lui, n’a aujourd’hui qu’une pile de documents judiciaires et de rapports d’évaluation.

Le jeune adulte qui doit avaler huit pilules par jour pour «fonctionner» correctement tente maintenant de redonner un sens à sa vie en multipliant les stages.

N’ayant étudié que jusqu’à la deuxième secondaire, il compte bien obtenir son diplôme d’études secondaires et rêve de travailler un jour auprès des jeunes.