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Les allergies bientôt guéries?

Un jeune allergologue veut ouvrir une clinique de désensibilisation à l’hôpital Sainte-Justine

Alexandre Charbonneau avec ses deux fils, Édouard, deux ans et demi, et Xavier, sept mois. Le plus vieux ne peut pas manger certains des aliments qui se trouvent dans le panier comme les œufs, les arachides et les noix.
Photo courtoisie Alexandre Charbonneau avec ses deux fils, Édouard, deux ans et demi, et Xavier, sept mois. Le plus vieux ne peut pas manger certains des aliments qui se trouvent dans le panier comme les œufs, les arachides et les noix.

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La toute première clinique au Canada qui permettrait de guérir les enfants souffrant d’allergies alimentaires pourrait voir le jour à Montréal.

Le traitement, appelé immunothérapie orale, consiste à donner aux patients de petites quantités de l’allergène sous forme de poudre ou de farine et à augmenter les doses de mois en mois jusqu’à ce que l’aliment soit toléré par le corps.

Le Dr Philippe Bégin travaille avec l’hôpital Sainte-Justine afin d’offrir aux patients québécois cette méthode élaborée à l’université de Standford, aux États-Unis.

Le taux de succès de cette technique de désensibilisation dépasse 80 % et permet de traiter plusieurs allergies à la fois, selon l’allergologue.

Tous les aliments qui peuvent causer des réactions graves comme les arachides, le lait, les œufs, le soya, les fruits de mer, entre autres, sont visés.

Enfin du gâteau !

«On ne pense pas beaucoup aux allergies parce qu’elles n’ont pas nécessairement un coût direct sur le système de santé. Mais elles ont un véritable impact sur la qualité de vie des personnes atteintes qui vivent continuellement avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête», soutient le Dr Bégin.

La Journée québécoise des allergies alimentaires, qui a lieu demain, vise d’ailleurs à sensibiliser la population à ce problème de santé.

Le spécialiste a passé deux ans à l’université de Standford pour apprendre la technique et participer à son perfectionnement.

«Un de mes patients était allergique au lait, au blé, aux œufs et aux arachides. On a réussi à le désensibiliser. C’était vraiment touchant quand il m’a envoyé une photo de lui s’apprêtant à manger un morceau de gâteau au chocolat avec une grosse boule de crème glacée», raconte-t-il.

De retour au Québec depuis un an, le médecin travaille à monter un projet qu’il serait possible d’intégrer au système de santé québécois.

Collecte de fonds

«On m’a proposé d’ouvrir une clinique privée, mais j’ai refusé. Je voulais d’abord le tenter au public parce que je ne voulais pas que ce ne soit accessible qu’à une poignée de gens fortunés comme aux États-Unis», insiste-t-il.

Le projet est présentement entre les mains des responsables de l’hôpital, sa création n’a donc pas encore été confirmée, mais des parents d’enfants allergiques se sont déjà mobilisés avec l’aide de la Fondation Sainte-Justine pour collecter des fonds.

La campagne «Vaincre les allergies» a donc été lancée mardi dernier. L’objectif est d’amasser 500 000 $ afin de payer les équipements et le personnel pour lancer un projet-pilote de deux ans.

«On voudrait traiter 200 premiers patients et accumuler des données sur l’impact sur la qualité de vie. On pourrait ensuite aller chercher des subventions du gouvernement», espère Sophie Beugnot, mère d’un enfant de sept ans allergique aux arachides, qui a déjà amassé 21 000 $ pour la cause.

Il est possible de faire un don sur vaincrelesallergies.org

« Mon fils pourrait être libre »

Le père d’un enfant allergique fonde beaucoup d’espoir sur la clinique de désensibilisation aux allergies afin que son fils puisse «être libre».

«Quand tu es un enfant, tu ne devrais pas à avoir à te soucier de ce que tu peux manger ou à t’inquiéter de la collation de ton voisin» se désole Alexandre Charbonneau, père d’Édouard, deux ans, allergique aux œufs, aux arachides et aux noix.

M. Charbonneau fait partie des parents qui organisent la campagne de financement pour que la clinique soit mise en place à l’hôpital Sainte-Justine.

«Je crois vraiment en ce projet, les études sont vraiment encourageantes. Mon fils pourrait être libre», souligne-t-il.

M. Charbonneau apprend à jongler avec les allergies de son enfant depuis un peu plus d’un an.

«Ma conjointe et moi, on n’a jamais eu d’allergies, on ne connaissait pas ça. On se disait que c’était facile, qu’on avait juste à ne pas lui donner l’aliment», raconte M. Charbonneau.

Bouleversés

Mais le jeune père a rapidement compris les dangers des allergies quand son fils a fait son premier choc anaphylactique à 18 mois.

«Heureusement pour nous, on était à la clinique, les infirmières ont dû lui donner trois Epipen et il est resté toute une nuit à l’hôpital. On était complètement bouleversés», se souvient-il.

Cet événement a changé la vie de la petite famille, le jeune père vit dans l’angoisse qu’une autre crise survienne.

«Alors qu’apprendre à être parent, c’est déjà une job en soit, il nous faut être encore plus attentif à tout ce qu’il met dans sa bouche et d’où ça vient», insiste le jeune père.

L’immunothérapie orale est donc une lueur d’espoir pour M. Charbonneau et son fils.

«Il aurait le potentiel de vivre une vie normale. Même s’il faut lui donner de la farine d’arachides pendant toute son enfance si ça peut empêcher qu’une seule peanut lui soit fata­le, je le ferais», assure-t-il.

Comment désensibilise-t-on une personne allergique ?

La désensibilisation aux allergies existe déjà par injections pour traiter les allergies au pollen ou aux animaux.

Le Dr Kari Nadeau, de l’université de Stanford, aux États-Unis, aurait réussi à transposer le principe pour traiter plusieurs allergies alimentaires à la fois. Le créateur de Napster et ancien président de Facebook, Sean Parker, a d’ailleurs investi 24 M$ dans la clinique.

C’est cette technique que le Dr Philippe Bégin, de l’hôpital Sainte-Justine, veut amener au Québec

  • Une personne allergique au lait et aux arachides, par exemple, pourrait prendre chaque jour d’infimes quantités de poudre de lait et de farine d’arachides.
  • Elle devrait se rendre à la clinique régulièrement pour vérifier la façon dont son corps réagit au contact de l’allergène.
  • La quantité de poudre et de farine serait augmentée chaque fois selon la tolérance, et ce, jusqu’à ce que la personne puisse manger un chocolat au beurre d’arachides et une boule de crème glacée.
  • La durée du traitement varie entre six mois et un an et demi, selon la gravité des allergies.
  • Les jeunes enfants répondraient mieux au traitement que les adolescents ou les adultes.
  • Certaines personnes pourraient devoir continuer à «stimuler» leur organisme en prenant régulièrement leur dose d’aller­gène pour rester désensibilisées, tandis que d’autres seraient véritablement guéries.