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Aide à mourir et rationnement des soins

« Si ce n’était que de moi, je me coucherais et je ne me relèverais plus »
– Lucie Poitras, qui souffre de sclérose en plaques
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés « Si ce n’était que de moi, je me coucherais et je ne me relèverais plus » – Lucie Poitras, qui souffre de sclérose en plaques

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À peine trois mois après l’entrée en vigueur de Mourir dans la dignité, cette loi qu’on dit parfaite en son genre est déjà remise en question parce que trop stricte. Les Québécois qui craignaient la pente savonneuse vers un relâchement des conditions d’admissi­bilité auront bientôt la triste satisfaction de clamer «je vous l’avais dit».

Aux prises avec la sclérose en plaques et incapable de subvenir à ses besoins essentiels, Louise Laplante­­, 66 ans, s’est suicidée en cessant de s’alimenter. Elle n’était pas admissible à l’aide à mourir. Bien que souffrante physiquement et psychologiquement, madame Laplante n’était pas en fin de vie. La condition qui distingue le programme québécois du programme belge, beaucoup plus permissif.

(En Belgique, des gens ont été euthanasiés – bravo, les Belges, d’appeler un chat un chat – pour cause de dépression, notamment une jeune femme de 24 ans, Laura, dont le cas a choqué des spécialistes du monde entier­­, dont plusieurs lui ont offert de la soigner gratuitement et de lui redonner­­ sa vie. En vain.)

Un cas tragique

Des confrères, notamment Patrick Lagacé, ont mis en lumière l’histoire tragique de Louise Laplante en tenant un discours pro-libéralisation de l’aide à mourir. Mais, malgré toute la compassion qu’un être humain normal ressent en entendant le récit de Louise Laplante, doit-on déjà songer à éliminer la clause «être en fin de vie» de la loi sur Mourir dans la dignité?

Si vous êtes du genre permissif, n’ayez crainte, cette clause aussi arrive­­ en fin de vie. Le gouvernement fédéral planche sur le projet de loi C-384 qui permettrait l’euthanasie sans exiger que la personne soit en fin de vie.

Dans sa forme actuelle, C-384 permettrait à toute personne de 18 ans et plus, aux prises avec des souffrances psychiques ou physiques graves et qui refuse tout traitement, d’être euthanasiée. Soyez assurés que la Cour suprême­­ s’assurera que les dispositions de la loi fédérale s’appliquent partout, y compris au Québec.

Ce n’est plus une pente savonneuse, mais une piste de bobsleigh.

Prochaine étape? La possibilité pour une personne lucide, malade ou non, de signer une déclaration anticipée d’euthanasie. En Belgique, 25 000 personnes ont signé ce document en 2014, 4000 de plus que l’année précédente. Néanmoins, la Commission responsable de l’application de la loi belge estime la procédure trop complexe­­.

Depuis la première année de la mise en application de la loi belge, en 2002, le nombre d’euthanasies a augmenté de 700 %, selon le journal Le Soir. Les cas de sclérose en plaques constituent six pour cent des demandes.

Panne de soins

L’histoire de Lucie Poitras de Québec­­, 63 ans, qui souffre aussi de sclérose en plaques sans accès à des soins appropriés, hormis ceux fournis par la coopérative de solidarité SABSA, une clinique sans médecins avec infirmières que le gouvernement va fermer le 1er mai, jette un éclairage différent sur le problème.

«Si ce n’était que de moi, je me coucherais et je ne me relèverais plus», a confié Lucie Poitras à Pierre-Paul Biron­­, notre journaliste. Tout est là.

Acharnement en faveur de la vie ou banalisation de la mort? C’est une question de point de vue. Mais qu’on se le dise, le rationnement des soins de santé et l’euthanasie ne feront jamais­­ bon ménage.