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Écrasement d'avion aux Îles-de-la-Madeleine: l'identité des sept victimes dévoilée

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Le chroniqueur politique Jean Lapierre et plusieurs membres de sa famille ont péri dans un écrasement d’avion qui a fait sept morts mardi midi sur l’île du Havre aux Maisons, aux Îles-de-la-Madeleine.

Vers 21h mardi soir, le Bureau du coroner a confirmé l'identité des passagers décédés.

Il s'agit de :

  • Jean Lapierre
  • Nicole Beaulieu, conjointe de M. Lapierre
  • Martine Lapierre, sœur de M. Lapierre
  • Marc Lapierre, frère de M. Lapierre
  • Louis Lapierre, frère de M. Lapierre
  • Pascal Gosselin, membre de l'équipage
  • Fabrice Labourel, membre de l'équipage

La Sûreté du Québec (SQ) avait confirmé un peu après 16 h que les sept personnes qui étaient à bord du petit avion privé sont décédées.

TVA Nouvelles a par la suite confirmé à 16 h 30 que Jean Lapierre, qui se rendait aux Îles-de-la-Madeleine pour assister aux funérailles de son père, a perdu la vie dans cet écrasement d’avion, tout comme sa conjointe, deux frères et une sœur. Les deux membres d’équipage ont aussi péri.

La famille avait nolisé cet avion pour aller épauler la mère et l’une des soeurs de Jean Lapierre. Le chroniqueur politique et ancien politicien avait annoncé sur Twitter, lundi, que son père venait de mourir à l’âge de 83 ans, après avoir combattu la maladie de Parkinson.

Jean Lapierre est le père de Marie-Anne Lapierre, journaliste à TVA, qui est en couple avec un autre journaliste du réseau, Mathieu Belhumeur.

Jean Lapierre
Photos d’archives
Jean Lapierre

L’appareil s’écrase dans un champ

Le petit avion, un MITSUBISHI MU-2B-60 construit en 1982, immatriculé N246W et enregistré au Delaware aux États-Unis, était parti de l’aéroport de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, vers 9h mardi matin.

C'est cet avion qui se serait écrasé aux Îles-de-la-Madeleine mardi.
Courtoisie
C'est cet avion qui se serait écrasé aux Îles-de-la-Madeleine mardi.

Jean Lapierre et sa famille se sont présentés aux installations de l'entreprise Aéro Teknic en matinée.

L'appareil qui était piloté par Pascal Gosselin, propriétaire de l'entreprise Aéro Teknic, a décollé précisément à 9h30.

Pascal Gosselin commence sa formation de pilote en 1993 à Saint-Hubert. Il obtient sa licence de pilote de ligne en 2010 et cumule plus de 2400 heures de vol sur plusieurs types d'appareils incluant Cessna P210, Cirrus SR22, Baron 58P et Mitsubishi MU-2. Pascal est propriétaire d’Aero Teknic, un centre de service qui emploie 20 personnes à Saint-Hubert et qui se spécialise dans la maintenance d’aéronefs et dans l’avionique.
Photo courtoisie
Pascal Gosselin commence sa formation de pilote en 1993 à Saint-Hubert. Il obtient sa licence de pilote de ligne en 2010 et cumule plus de 2400 heures de vol sur plusieurs types d'appareils incluant Cessna P210, Cirrus SR22, Baron 58P et Mitsubishi MU-2. Pascal est propriétaire d’Aero Teknic, un centre de service qui emploie 20 personnes à Saint-Hubert et qui se spécialise dans la maintenance d’aéronefs et dans l’avionique.

Au décollage, le pilote a signifié à la tour de contrôle qu'il se rendait aux Îles-de-la-Madeleine avec son copilote et les cinq passagers. M. Gosselin a également précisé qu'il n'y aurait pas d'escale.

Pascal Gosselin était sur le point de devenir propriétaire de l'appareil et était en train de finaliser cette entente avec le propriétaire des États-Unis.

Gosselin était un pilote expérimenté qui cumulait quelques milliers d'heures, mais qui, selon plusieurs sources, ne faisaient pas des vols sur des bases régulières.

Mardi, il avait demandé à un ami et instructeur de vol, Fabrice Labourel, pour qu'il l'assiste dans ce vol qui, il le sentait, s'annoncerait plus difficile.

Fabrice Vetea Labourel, 37 ans
Photo courtoisie
Fabrice Vetea Labourel, 37 ans

L'aéroport des Îles-de-la-Madeleine est réputé pour être difficile d'approche surtout en raison des conditions météorologiques qui sont souvent difficiles.

La météo de mardi a forcé plusieurs compagnies aériennes commerciales comme Air Canada et Pascan à annuler leur vol. Par exemple, celui d'Air Canada a décidé de se poser à l'aéroport Jean-Lesage, à Québec, d'où il n'est pas reparti.

Malgré tout, le vol a décollé à 9h30. Toutefois, deux heures plus tard, le pire s'est produit. 

L'appareil s’est écrasé vers 12h35 heure des Îles (soit 11h35, heure du Québec), alors qu’il était pratiquement rendu à destination, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport de Havre aux Maisons, dans un champ situé dans un secteur résidentiel aux abords du chemin Richard, de la route 199 et du chemin du Cap-Rouge.

La Sûreté du Québec (SQ) a reçu un appel pour un avion privé qui venait «de s’abîmer en atterrissant» dans un champ.

Le petit avion, qui peut accueillir entre six et 10 occupants, se serait écrasé «en phase d’atterrissage d’urgence», selon la SQ. Les conditions météo n’étaient pas favorables aux Îles, mardi. La région était touchée par des vents forts et du brouillard.

Les secours se sont rapidement mobilisés pour porter assistance aux victimes, mais le décès de six d’entre elles aurait été constaté sur place. Une septième victime aurait succombé à ses blessures lors de son transfert vers un hôpital.

Entretemps, à l’hôpital des Îles, des mesures d’urgence ont été mises en place dans l’éventualité d’accueillir plusieurs victimes. Des mesures d’urgence pour fournir de l’aide psychosociale aux personnes qui en auraient besoin ont aussi été déployées.

Le BST s’y rend mercredi

Par ailleurs, le Bureau de la sécurité des transports (BST) a fait savoir en milieu d’après-midi qu’il dépêchait une équipe d’enquêteurs sur place pour faire la lumière sur les causes et circonstances de l’accident.

En raison des mauvaises conditions météo, les enquêteurs se rendront aux Îles-de-la-Madeleine dès mercredi matin, a confirmé la porte-parole du BST, Julie Leroux.

«Les enquêteurs vont faire de la collecte de données, des entrevues avec les témoins, vont examiner l’épave et prendre des photos, regarder les conditions météorologiques en vigueur au moment de l’écrasement et analyser l’historique d’entretien de l’appareil», a précisé Mme Leroux.

Une équipe de l'unité des Îles des Rangers, ces réservistes à temps partiel des Forces canadiennes, a été dépêchée sur les lieux de l'écrasement afin de veiller sur la carlingue de l'appareil jusqu'à l'arrivée des enquêteurs mercredi.

Aux Îles-de-la-Madeleine, les Rangers protègent la souveraineté du Canada dans l'archipel, mais ils peuvent aussi appuyer les autorités civiles en cas d'urgence. Les Rangers aident la municipalité, la SQ, les pompiers et la Garde côtière en cas de catastrophe.

Les investigations du coroner se poursuivront dans les semaines à venir

Les investigations du coroner, Dr Martin Clavet, en vue d'établir les causes probables et les circonstances des sept décès se poursuivront dans les semaines à venir, en collaboration notamment avec la Sûreté du Québec et le Bureau de la sécurité des transports du Canada.

Toute autre information de même que les conclusions du coroner seront contenues dans ses rapports, qui seront rendus publics au cours des prochains mois.

Le Bureau du coroner tient par ailleurs à offrir ses plus sincères condoléances aux proches endeuillés.

Des témoins racontent

Une résidante du secteur jointe par Le Journal a indiqué que l’avion américain se rendait à l’aéroport de l’île du Havre aux Maisons quand il s’est écrasé dans un vallon, tout juste derrière chez elle. «L’avion est en très mauvais état, il est complètement cassé en deux», a décrit Hélène Arsenau.

De sa maison du chemin Richard, Frédéric Duval faisait tout bonnement la vaisselle lorsqu’il a entendu un bruit anormal. «On n’habite pas tellement loin de l’aéroport, alors on est habitué aux bruits, mais là, le bruit était plus fort que d’habitude.»

Il a levé les yeux et, à travers le brouillard, a vu ce qu’il ne voulait pas voir. «J’ai regardé et je l’ai vu tomber, comme quand on fait un «flat» sur l’eau, sur le ventre». Il a aussitôt fait le 9-1-1.

L’avion s’est écrasé dans un petit vallon, sur une pente ascendante. «Il a fait un rebond, il s’est affaissé, est retombé et “poufff”, j’ai vu de la boucane. Après, y a plus rien qui bougeait», raconte M. Duval.

Dans sa course, l’avion est passé tout près d’une résidence.

L’avion est très abimé. «La queue s’est détachée du reste du fuselage, on voit une ouverture», témoigne le père de famille, qui a dû réconforter sa petite fille de quatre ans qui était assez «troublée de ça».

Lui aussi. «J’ai capoté ben raide! Ça se peut pas, un avion qui tombe dans mon champ! Je t’avoue que j’ai mal au cœur depuis ce temps-là, c’est pas le fun.»

Lorsqu’il a entendu le bruit de l’avion, Antonin Valiquette s’est inquiété. Habitué d’entendre plusieurs engins passer au-dessus de chez lui, cette fois-ci, il a constaté que quelque chose clochait.

«Le bruit était plus fort. Je me suis rendu à la fenêtre de la cuisine et j’ai aperçu l’avion. Il a eu une baisse d’altitude très rapide. Il est passé tout près des lignes électriques, près aussi du toit d'une maison. Puis il y a eu l’écrasement sur une butte ascendante», a-t-il expliqué.

Selon lui, le choc a été violent. L’avion a ensuite disparu derrière la butte. M. Valiquette s’est empressé de se rendre sur les lieux. L’homme a pu approcher à une trentaine de pieds de l’avion.

«Je n’ai pas vu de blessés sortir, personne ne bougeait. À ma connaissance, tout le monde était inconscient», a-t-il témoigné.

Malgré une forte odeur de kérosène, l’avion n’aurait toutefois pas pris feu à la suite de l’écrasement, et aucune fumée ne s’en dégageait.

Une communauté sous le choc

«C’est une tragédie, une catastrophe, une famille qui est décimée, a réagi en fin d’après-midi le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre. C’est une communauté sous le choc, des intervenants sous le choc, des familles sous le choc, a-t-il affirmé, visiblement ébranlé par les événements. On pouvait constater dans la communauté aujourd’hui un sentiment de surréalisme qui se dégageait.»

Le maire confirme que les vols de Pascan Aviation et d’Air Canada – les deux compagnies aériennes qui desservent l’aéroport – qui devaient quitter ou se rendre sur l’archipel mardi, avaient été annulés en raison des mauvaises conditions météo.

«Il y a eu de forts vents, de la pluie, de la brume, du brouillard, de la neige... Ce n’était certainement pas des conditions idéales pour un pilote, a soulevé le maire. Maintenant, ce n’est pas l’heure des pourquoi ou du comment, mais plutôt l’heure de digérer et de réaliser ce qui s’est passé cet après-midi. Une famille est détruite», a-t-il affirmé, soulignant que les Madelinots perdent un grand ambassadeur à la suite du décès de Jean Lapierre, un homme fier de ses origines.

- Avec la collaboration de Nicolas Saillant, de Jean-François Racine, de Valérie Gonthier, de TVA Nouvelles et de l’Agence QMI