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La vente odieuse des Rôtisseries Saint-Hubert

Rotisseries St Hubert
Simon Clark/Agence QMI

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Je n’irai plus manger chez Saint-Hubert. J’y allais déjà assez peu, parce que je trouve que la qualité de leurs produits s’est dégradée et parce que je préfère encourager les petits restaurants, pour combattre l’envahissante présence des fastfoods.

Cela étant dit, au-delà de ces choix personnels, je commence à trouver qu’une partie de notre élite économique est indigne de notre respect.

On peut bien ergoter sans fin sur les vertus du libre-marché, sur les contraintes de la concurrence internationale, sur la réciprocité des prises de contrôle,  sur les garanties d’emploi, mais un fait demeure : l’économie du Québec vient encore de perdre le contrôle d’une partie de ses activités. Parce que les Québécois qui dirigent les Rôtisseries Saint-Hubert ont décidé de faire des gros profits et de vendre l’entreprise à l’extérieur du Québec.

Vendre son entreprise est-il un droit absolu ?

Mais diront certains, les rôtisseries Saint-Hubert appartiennent à leur propriétaire. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de vendre son entreprise à qui bon lui semble ? Pour la même raison que quelqu’un qui détient une entreprise doit se soumettre à des lois du travail lorsqu’il embauche des employés. Pour la même raison qu’une entreprise doit se soumettre aux lois sur l’environnement là où elle s’établit. Pour la même raison qu’une entreprise doit payer des impôts. Certes M. Léger a bâti une belle entreprise qui est la sienne. Mais il l’a fait avec des capitaux d’ici, des aides gouvernementales d’ici, des employés formés dans les écoles d’ici, des clients qui ont été acheter leurs repas dans ses établissements plutôt que dans ceux de ses concurrents. Les rôtisseries Saint-Hubert ont profité de l’argent et du talent des Québécois pour prospérer. À ce titre, elles doivent beaucoup à l’économie du Québec.

M. Léger veut vendre son entreprise ? Il ne trouve pas de successeurs parmi ses héritiers ? Très bien. Il existe de nombreuses autres façons d’assurer une relève plutôt que de vendre à des intérêts extérieurs. Il aurait très bien pu vendre graduellement son entreprise à ses cadres et établir une sorte de coopérative.

Brader le patrimoine

Malheureusement, les dirigeants des rôtisseries Saint-Hubert, comme  ceux d’Alcan, du Cirque du Soleil ou de Rona, ont vendu une partie du patrimoine économique du Québec. La marque Saint-Hubert était une marque très identifiée au Québec.  Ce qui est le plus désolant, c’est que beaucoup de nos dirigeants économiques québécois ne semblent avoir aucune notion de nationalisme économique. Pourvu que les dollars atterrissent dans leur compte de banque, à quoi bon se soucier du reste ?

Ces gens n’ont absolument pas compris que si l’économie du Québec a pu décoller, c’est parce que les Québécois se sont serrés les coudes. C’est parce que l’État québécois a décidé de développer des entreprises québécoises qui pouvaient rivaliser avec les meilleures entreprises au monde. Auparavant, une grande partie de l’économie du Québec était entre les mains de la minorité anglaise du Québec. Cette minorité avait tous les défauts, sauf un : elle gardait les actifs au Québec. Montréal était le centre économique du Canada.

Des élites économiques indignes

Or, quand nos élites économiques vendent leurs entreprises à des intérêts extérieurs au Québec, elles affaiblissent le Québec. Tournez la vente de ces actifs dans tous les sens que vous voudrez, à la fin, il s’agit d’une perte de contrôle qui appauvrira notre économie. Les arguments contraires ne sont qu’une mauvaise salade, classique ou crémeuse.

Quand des élites trahissent à ce point  et à répétition les intérêts des gens qui pourtant ont fortement contribué à les enrichir, il faut tirer des conclusions. Des lois doivent désormais être mise en place pour protéger l’économie québécoise contre ceux qui font passer leur petit intérêt personnel avant celui de leur société. Il faut rendre la vente de ces entreprises beaucoup plus difficile et pénaliser fortement ceux qui malgré tout persistent dans cette direction.

Du reste, la même tendance à pénaliser les dirigeants d’entreprises qui ont un comportement aussi égoïste et insouciant s’observe ailleurs. Par exemple, les délocalisations des entreprises américaines et les lourdes pertes d’emplois qu’elles entraînent, font en sorte que les Clinton, Sanders ou Trump sont à présent prêts à punir les entreprises qui cherchent le profit sans tenir compte de l’intérêt national.

Mais une grande différence persiste entre une partie de nos élites économiques et celles des autres pays dignes de ce nom. Ailleurs les élites ont le sens du patrimoine et de sa préservation. Ici, beaucoup de nos dirigeants économiques sont des parvenus sans aucune envergure.