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Prête-nom: une Québécoise liée à un trafic de diamants sales

Elle était administratrice d’une société en lien avec un milliardaire controversé

Annette Laroche
Photo FACEBOOK La prête-nom québécoise Annette Laroche.

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Une prête-nom québécoise embauchée par deux grandes firmes d’avocats montréalaises a agi comme administratrice d’une entreprise qui aurait servi de société-écran à un «marchand de diamants du sang», selon une note interne du cabinet Mossack Fonseca révélée cette semaine dans les Panama Papers.

Selon des documents consultés par notre Bureau d’enquête, la Québécoise Annette Laroche est la seule administratrice de l’entreprise québécoise Société financière internationale Emaxon.

Cette entreprise, active de 2001 à 2010, a comme actionnaire DGI Diamonds d’Israël. Le quotidien Le Monde a rapporté que le propriétaire de cette entreprise est un «marchand de diamants de sang», selon un message interne de Jennifer Mossack, la fille de Jürgen Mossack, cofondateur de Mossack Fonseca.

Trafic en Afrique

Le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca avait même coupé ses liens avec ce marchand israélien qui se serait caché derrière plusieurs entreprises incorporées au Québec pour faire du trafic de diamants sales en Afrique.

DGI Diamonds est la propriété de Dan Gertler, un milliardaire israélien controversé qui a fait sa fortune dans les diamants en République démocratique du Congo (RDC).

Plusieurs médias ont déjà rapporté qu’Emaxon aurait servi de paravent pour signer un contrat secret en 2002 qui a donné la propriété d’immenses concessions diamantaires en RDC à Gertler pour une bouchée de pain.

Gertler a fait l’objet de plusieurs reportages le liant au trafic de diamants sales. L’agence Bloomberg a rapporté en 2012 que dans les huit mois précédant la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011 des entreprises affiliées à Gertler ont acquis des actions dans cinq coentreprises avec le gouvernement de la RDC. Aucune de ces ventes n’a été rendue publique.

Compagnies au Québec

L’homme d’affaires Dan Gertler serre la main du président de la RDC, Joseph Kabila, réélu en 2011.
Photo courtoisie
L’homme d’affaires Dan Gertler serre la main du président de la RDC, Joseph Kabila, réélu en 2011.

Notre Bureau d’enquête a aussi pu identifier Annette Laroche comme seule administratrice de la compagnie québécoise Diamants bruts de l’Atlantique, active de 2005 à 2008.

Cette compagnie, tout comme Emaxon, a été enregistrée dans les bureaux du cabinet d’avocats montréalais De Grandpré Chait.

Annette Laroche a été employée chez De Grandpré Chait de 2001 à 2006. Elle a ensuite travaillé chez McCarthy Tétrault de 2006 à 2011, selon son profil LinkedIn.

Diamants bruts de l’Atlantique a eu comme actionnaire principal la compagnie Lexinter Management.

Lexinter Management est aussi administrée par Annette Laroche. Son actionnaire principal est F.T.S. Worldwide, une société panaméenne qui donne comme adresse le bureau de Mossack Fonseca.

André Zloty, un avocat spécialisé dans l’offshore présenté dans des documents comme la personne contact pour F.T.S. Worldwide, a refusé de nous parler lorsque contacté en Suisse.

«Étant tenus par le secret professionnel, nous préférons ne pas répondre aux journalistes», nous a-t-il écrit. Annette Laroche a refusé de répondre à nos questions à ce sujet.

– Avec la collaboration de Sarah Sanchez et Philippe Langlois

 

Qu’est-ce que les diamants de sang ?

L’expression «diamants de sang» est utilisée pour désigner des diamants minés dans une zone de guerre et vendus pour financer les combats.

Le cas le plus connu, rapporté dans le film hollywoodien Le Diamant de sang (2006), avec Leonardo DiCaprio, s’est produit en Sierra Leone à la fin des années 1990 lors d’un conflit avec des enfants soldats.

Pour contrer le problème, l’industrie du diamant a mis en place un processus de certification des diamants bruts appelé le Processus de Kimberley. Ce processus est censé garantir que les diamants ne sont pas minés en zone de guerre.

Mais le Wall Street Journal a rapporté en 2010 que des failles existaient dans ce processus. Il a notamment fait état de 45 jeunes mineurs de diamants qui ont été enterrés vivants par l’armée angolaise en 2009.

Selon Le Monde, Dan Gertler a levé 20 millions de dollars pour financer la rébellion de Laurent Désiré Kabila en 1997 en RDC. Lorsque Laurent Désiré Kabila est devenu président, Gertler aurait obtenu en échange un quasi-monopole sur les diamants en RDC.