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D’autres prête-noms québécois liés aux Panama Papers

La Québécoise qui a agi comme administratrice de sociétés offshore dit ne pas être la seule

Annette Laroche
Photo Facebook Annette Laroche est une passionnée d’équitation. Elle s’est notamment impliquée dans le Club de chasse à courre de Montréal.

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L’énigmatique Annette Laroche, qui a agi comme prête-nom pour des dizaines de compagnies qui ont un actionnaire dans des paradis fiscaux, dit qu’elle n’est pas la seule à le faire au Québec.

«Si vous cherchez, vous allez en trouver d’autres comme moi», soutient-elle.

Notre Bureau d’enquête a effectivement identifié d’autres personnes qui administrent des sociétés à titre de prête-nom, mais jamais autant qu’elle.

Vie tranquille

Annette Laroche est administratrice pour 150 entreprises incorporées au Québec. Une trentaine d’entre elles ont un actionnaire dans des paradis fiscaux.

Plusieurs sont liées au cabinet Mossack Fonseca, qui est à l’origine du scandale des Panama Papers, cette vaste fuite de documents sur ce paradis fiscal qui a éclaboussé des gens partout sur la planète la semaine dernière.

Ce n’est pas parce que ses clients sont à l’étranger que Mme Laroche mène une vie de jet-set pour autant. Elle est propriétaire d’un bungalow qui ressemble à plusieurs autres à Deux-Montagnes, où elle a accepté de rencontrer notre Bureau d’enquête.

Âgée de 58 ans, Mme Laroche ressemble davantage à une mère de famille qui mène une vie bien tranquille.

«Ne regardez pas le plancher, nous dit-elle après avoir ouvert la porte arrière à son chien Tamashii. La cour était pleine de boue et il fallait lui essuyer les pattes en rentrant.» Les yeux rougis, elle semble toutefois nerveuse. Elle sait très bien de quoi nous voulons parler.

Il y a quelques jours, son nom est sorti dans nos reportages à la suite du scandale des Panama Papers.

Véritable propriétaire caché

Mme Laroche admet qu’elle ne connaît pas tout des sociétés pour qui elle agit comme prête-nom.

«Ce sont des compagnies étrangères. Je ne connais pas tous les détails. C’est un cabinet d’avocats à l’étranger, mon client», dit-elle, sans vouloir l’identifier.

Mme Laroche a une qualité nécessaire pour l’emploi: elle est discrète.

Ses premiers contrats, elle les a faits au moment où elle travaillait au cabinet d’avocats De Grandpré Chait, à Montréal, jusqu’au milieu des années 2000.

Elle refuse toutefois de mentionner qui est le cabinet d’avocats basé à l’étranger qui lui demande d’incorporer des sociétés au pays (voir autre article plus bas).

«Le titre est détenu par une compagnie prête-nom, dit-elle. Elle signe les contrats, mais le réel propriétaire n’est pas déclaré.»

Certaines sociétés peuvent légitimement avoir recours aux prête-noms et elles n’ont rien fait d’illégal selon ce qu’elle en sait. «Aucune des sociétés que je représente n’a été accusée», soutient-elle.

Elle estime toutefois qu’il lui serait difficile de déceler des gens qui seraient mal intentionnés. «Même la police a de la misère à trouver des escrocs.»

Elle se défend également d’avoir agi comme prête-nom dans le cadre de son travail de secrétaire chez McCarthy Thétreault où elle a travaillé entre 2006 et 2011.

Son client est un cabinet d’avocats

Selon Annette Laroche, les clients sont des sociétés étrangères qui passent par son client, un bureau d’avocats situé à l’étranger, pour s’incorporer. Lorsqu’on lui demande d’identifier le cabinet d’avocat en questions, elle refuse de le faire prétextant qu’à son avis tout est légitime.

Lorsqu’on lui a mentionné qu’elle prenait toute la pression pour préserver l’anonymat des véritables bénéficiaires de ces sociétés, elle a réitéré qu’elle n’avait fait que signer des documents, mais qu’elle ne gérait pas ces sociétés.

La trace de l’argent

Après plusieurs questions, son fils d’une vingtaine d’années est venu nous rejoindre au salon. Nous avons alors demandé à Mme Laroche qui étaient les gens cachés derrière la compagnie Services corporatifs Silk Road qui figure parmi les entreprises pour lesquelles elle agit comme prête-nom.

Elle a finalement dit qu’elle devait dîner avant de nous inviter à partir. Selon elle, il serait plus utile de suivre la trace de l’argent plutôt que celle des sociétés enregistrées dans les paradis fiscaux.

Avant de nous quitter, elle a indiqué que, pour avoir travaillé dans des cabi­nets d’avocats, ce sont tous des gens intègres. «Il y a peut-être des pommes pourries, mais les gens que j’ai côtoyés étaient des personnes très intègres.»

Elle s’est toutefois retrouvée mêlée à une histoire aux tentacules internationales puisqu’elle est la seule administratrice de l’entreprise québécoise Société financière internationale Emaxon.

Cette entreprise, active de 2001 à 2010, a comme actionnaire DGI Diamonds, d’Israël. Le quotidien Le Monde a rapporté que le propriétaire de cette entreprise est un «marchand de diamants de sang», selon un message interne de Jennifer Mossack, la fille de Jürgen Mossack, cofondateur de Mossack Fonseca.