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Investir (le moins possible) dans ses enfants

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Photo d’archives

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Depuis 2007, le gouvernement libéral semble plus intéressé par le marché des services de garde que par la qualité de ceux-ci. Et on a une étude qui le démontre.

 

Que ce soit avec l’augmentation du crédit d’impôt remboursable, la modulation des tarifs ou la baisse des subventions, les garderies subventionnées ne sont clairement plus la priorité du gouvernement. C’est qu’ils ont un nouveau chouchou. À partir du moment où Monique Jérôme-Forget est nommée ministre des Finances, c’est le développement des garderies privées non subventionnées qui devient l’objectif premier du gouvernement. Lentement, une décision à la fois, ils ont rendu les garderies privées plus abordables tout en sous-développement le réseau subventionné. Il ne s’agit donc pas d’un hasard si, quasi absentes de l’offre de service de garde jusqu’en 2007, les places en services de garde privés et non-subventionnés explosent ensuite, raflant près des deux-tiers des nouvelles places pour une croissance de 1042% en moins de 10 ans. 1042%!

 

Certain·e·s pourraient croire que si le privé explose autant, ça devrait coûter moins cher à l’État. Ce serait oublier les bonifications au crédit d’impôt pour service de garde. Entre 2007 et 2015, celui-ci a plus que triplé. En effet, l’an dernier, c’est 609 M$ que l’État a transféré aux parents afin de les aider à payer les services de garde privés, et qui n’a pas servi à améliorer le réseau des CPE. On peut s’imaginer que le montant sera encore plus important en 2016.

                                                                       

C’est que le coup de pouce que le gouvernement donne au secteur non-subventionné en subventionnant les parents est appuyé par une déstructuration du secteur public. En plus de réduire leurs subventions, on augmente progressivement les tarifs pour les parents les plus fortunés (ce qui est bien relatif...). Ceux-ci se retrouvent ainsi à payer deux fois selon leurs revenus : une fois à travers l’impôt sur le revenu, et une autre à travers un mécanisme complexe qui prend en compte le revenu de l’année précédente, le service de l’année courante et le rapport d’impôt de l’année suivante. Bref, tout pour avoir encore plus mal à la tête quand vient le temps de prévoir combien nous coûtera le service de garde (heureusement, Desjardins propose un prêt Accord D pour nous aider!). Ou bien, on choisira d’aller au privé, où on sait d’avance combien ça coûte et ce que l’État nous remboursera.

                                                                                             

Et tout ça pour quoi? Pour un service de moins bonne qualité. Que ce soit pour les poupons ou les jeunes enfants, les indices de qualité sont largement supérieurs pour les CPE que pour les garderies privées non-subventionnées. En fait, le seul élément pour lequel ils obtiennent une note « bonne ou excellente » est quand on parle du rapport entre les éducatrices et les parents. En d’autres mots, ils excellent particulièrement dans l’expérience client. Du côté du nombre de plaintes, c’est encore une fois flagrant. Bien que ces derniers regroupent moins de 20% des enfants en service de garde, plus de 40% des plaintes leur sont dédiées.

 

Et pourtant, c’est vers là que le gouvernement choisit de pousser les jeunes familles. Tant pis pour les études sur l’impact des services de garde de qualité sur le développement des enfants, tant pis pour le modèle innovant de cogestion avec les parents qu’on trouve dans les CPE et tant pis pour l’effet du service universel sur le taux d’activité des mères de jeunes enfants. Le nivèlement se fait par le bas. Tant que ça coûte le moins cher possible...  Au final, ce qu’on veut nous vendre, ce sont des parkings à enfants et un service éducatif pour ceux et celles qui pourront se le permettre. Tant pis pour les autres. Tant pis pour la société de demain.