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[Photos|Vidéo 360°] On a organisé une séance photo «soft sexu» dans un hôtel du Red Light

Au programme: des photos osées, mais surtout des confidences sur le corps, les abus du milieu, les standards de beauté et, bien sûr, l'art.

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Le rendez-vous est donné dans un hôtel peu recommandable du Quartier des spectacles, en plein centre du Red Light. Bouteille de rouge «cheap» à la main, je cogne à la porte.

Le photographe, Vincent Fugères, m’ouvre. Un gaillard imposant, certes, mais aussi un bonhomme sympathique au regard tendre. Je me sens tout de suite en confiance.

Vincent
Photo: Juliette
Vincent

Dans la chambre (plus chic qu’on espérait d’un hôtel du genre), le sol est jonché de tenues et d’équipement de photographe.

Puis, sur un sofa, on retrouve Juliette en peignoir.

Juliette
Photo: Vincent Fugère
Juliette

Je devine que je viens d’interrompre la fameuse séance photo.

«Moi, c’est ma première fois»

«Les chambres d’hôtel du genre, c’est un usage courant. C’est toutefois rare pour moi, parce que je suis un peu pauvre!», lance Vincent. «Moi, c’est ma première fois», rajoute Juliette, qui est étudiante en arts visuels en plus d’être modèle et photographe à ses heures. «Je me considère plus talentueuse derrière que devant un appareil, en fait. [Être modèle], c’est tout nouveau pour moi.»

On ouvre la bouteille.

Photo: Vincent Fugère

    •    Vincent, est-ce actuellement possible de vivre de ton art ou tu dois arrondir les fins de mois avec des boulots d’appoint?

«Ou peut-être un peu con!»

    •    Ce n’est pas si possible encore, mais les gens qui m’inspirent sont les entrepreneurs qui, justement, veulent arriver à leurs fins avec leur art. Plutôt que de garder ma job jusqu’à ce que je puisse vivre de la photographie, j’ai lâché ma job pour me consacrer à la photographie [rires].

    •    C’est quand même courageux...

    •    Ou peut-être un peu con!

Juliette rigole, puis prend une lampée.

Photo: Vincent Fugère

Depuis quelques années, des histoires sordides entourant le célèbre photographe Terry Richardson font surface. Plusieurs mannequins l’accusent d’attouchements lors de séances photo. À titre d’artiste qui fait également dans la photo sensuelle, est-ce que c’est des accusations qui résonnent jusqu’ici?

«C’est même devenu un cliché: le photographe aux mains baladeuses, t’sais!»

VINCENT: Absolument! C’est devenu – du moins, lors de mes séances photo – un sujet de conversation récurrent. Autant du côté «business» que du côté «amateur», il y a de l’abus.

C’est même devenu un cliché: le photographe aux mains baladeuses, t’sais!

Terry Richardson n’est que la pointe de l’iceberg.

Il y a bel et bien une ambiance malsaine dans le milieu et ces accusations donnent le courage aux modèles d’en parler davantage et de dénoncer.

Il y a eu un «avant» et un «après», je crois. Les agences de mannequins font maintenant plus attention.

J’ai même entendu dire que certaines agences ont maintenant des «listes noires» de photographes du genre à éviter.

JULIETTE: Ça n’a pas eu d’incidence sur moi... surtout parce que je suis presque exclusivement modèle pour Vincent et moi-même pour des autoportraits!

Quand je suis photographe, je travaille surtout avec des gens que je connais déjà et que je pose dans des contextes familiers: à l’école, chez moi, etc.

Photo: Vincent Fugère

Espères-tu faire carrière dans le domaine?

«Je ne suis pas une maigrichonne de 6'4"»

JULIETTE: Niveau carrière, j’ai de la misère à visualiser où je serai dans cinq ans, mais mon côté artistique a toujours été développé. C’était déjà très présent dans ma famille et mon entourage.

Je doute toutefois que je serai modèle.

Parce que ce n’est pas ma passion, mais aussi parce que j’assume que je n’ai pas la taille «classique» d’un mannequin d’agence. Bref, je ne suis pas une maigrichonne de 6'4"!

Photo: Vincent Fugère

«Tant que je ne flétrirai pas, je vais en profiter!»

JULIETTE: C’est sûr que c’est agréable, toutefois. J’aime poser et tant que je ne flétrirai pas, je vais en profiter!

C’est aussi le fun d’avoir droit à une telle représentation de soi-même et de son corps par quelqu’un d’autre.

«Je ne me vois pas comme il me voit avec sa lentille!»

J’veux dire, je ne me perçois pas comme je suis sur les photos de Vincent, par exemple.

Quand je me regarde dans le miroir en me levant le matin, je ne me vois pas comme il me voit avec sa lentille! [rires]

Photo: Vincent Fugère

«La vie d’artiste est non seulement peu lucrative, mais aussi coûteuse...»

JULIETTE: De plus, je trouve que c’est plus «facile» pour moi de prendre des photos. J’ai plus de talent là [que comme modèle].

Ça, par contre, j’aimerais faire ça de ma vie, mais – sans vouloir être trop pessimiste – je ne me concentrerai pas que là-dessus. Je fais également de la peinture et de la sculpture. J’ai aussi fait de la musique par le passé.

La vie d’artiste est non seulement peu lucrative, mais aussi coûteuse, car on travaille avec du matériel qui n’est pas donné.

En étudiant dans le domaine, tu comprends pourquoi certaines toiles peuvent valoir aussi cher. C’est généralement parce qu’elle a coûté la peau du cul de l’artiste pour la faire!

Je vais donc toucher à d’autres sphères afin d’avoir un grand éventail de possibilités à ma disposition.

Photo: Vincent Fugère

Tu mentionnais les normes du corps du mannequin «classique». Est-ce une norme qui est toujours aussi appliquée dans le domaine?

«On revient toujours à cette image de la femme parfaite.»

JULIETTE: Ça dépend du contexte et du photographe, mais je dirais que, dans le domaine de la publicité, notamment, les critères esthétiques derrière l’embauche du modèle portant le produit seront toujours aussi clichés au niveau de la maigreur et de la grandeur.

VINCENT: J’ai travaillé en agence et ça n’a pas de bon sens!

Tu peux avoir le choix entre 15 modèles pour un projet et elles sont toutes «égales» alors elles seront départagées par des standards ridicules comme «Elle, je n’aime pas l’espace entre ses yeux. Elle, ses narines sont trop relevées, etc.»

On revient toujours à cette image de la femme parfaite.

Photo: Vincent Fugère

«C’est fucking dommage!»

JULIETTE: Personnellement, je ne trouve pas que c’est désagréable de ne pas correspondre pas à ces critères. Je trouve désagréable que ces critères-là demeurent.

Je côtoie des filles du milieu de près et de loin et ce milieu a fait en sorte qu’elles ont complètement changé leurs modes de vie; autant au niveau social qu’alimentaire et sportif.

Des connaissances minces et sportives sont devenues aussi squelettiques que faibles. C’est fucking dommage!

Photo: Vincent Fugère

«La nourriture est un des plaisirs les plus sensuels de la vie.»

JULIETTE: Peut-être que ça parait bien sur photo ce physique anguleux qui paraît tantôt vulnérable, tantôt extra-terrestre, mais le mode de vie derrière ça est aberrant, voire insupportable.

Moi, je ne plierai jamais.

Premièrement, j’aime trop manger! Pour moi, la nourriture est un des plaisirs les plus sensuels de la vie.

De deux, je ne serais pas prête à sacrifier ma vie sociale et mes standards de beauté pour ça.

Photo: Vincent Fugère

«C’est quasiment un devoir [d’être maigre]...»

VINCENT: Je ne suis pas contre l’idée qu’on recherche différents types de corps pour de la pub ou des projets artistiques – différents types qui pourraient inclure la maigreur –, mais je m’y oppose quand c’est «promu».

JULIETTE: C’est quasiment un devoir [d’être maigre]. Une obligation, même. Rares sont les photographes qui se foutent complètement de la taille de leurs modèles.

Photo: Vincent Fugère

Sur ce, un extrait vidéo interactif de la séance tournée à l'aide d'une caméra 360°. Prière d'utiliser votre téléphone pour la visionner. C'est plus l'fun ainsi.