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Il y a 15 ans, Québec était assiégée

De spectaculaires manifestations avaient eu lieu lors du Sommet des Amériques

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Précision
Une erreur s’est glissée dans ce reportage. L’ex-militant Sébastien Bouchard ne soutient pas que le but avoué du groupe de manifestants était de faire tomber le mur, mais il affirme par contre que la chute de celui-ci était symbolique. Il rappelle qu’il a été un militant pacifiste lors du Sommet des Amériques et ne s’identifie pas aux manifestants masqués.

 

Il y a 15 ans, la plupart des dirigeants des Amériques convergeaient vers Québec pour participer au Sommet des Amériques et discuter de libre-échange. Ce sont cependant les imposants dispositifs de sécurité et les spectaculaires manifestations qui ont toujours des répercussions aujourd’hui.

Du 20 au 22 avril 2001, le centre-ville de Québec est devenu une véritable forteresse, ceinturée par un large périmètre de sécurité de près de quatre kilomètres, que les manifestants voulaient à tout prix percer.

Pendant trois jours, des dizaines de milliers de participants ont pris part à l’une ou l’autre des manifestations qui se sont soldées par des centaines d’arrestations et de nombreuses blessures.

Autant les militants que les policiers s’étaient longuement préparés pour cette fin de semaine cruciale.

Sébastien Bouchard<br />
Ex-manifestant
Photo d'archives
Sébastien Bouchard
Ex-manifestant

«J’ai passé un an et demi à m’impliquer bénévolement dans la coalition Opération Québec Printemps 2001; ç’a été une partie importante de ma vie», se souvient Sébastien Bouchard, un militant antimondialisation lors du Sommet des Amériques à Québec. Il est aujourd’hui conseiller syndical à la Fédération des syndicats de l’enseignement et co-porte-parole de Québec solidaire dans le comté de Jean-Lesage.

Alors étudiant, M. Bouchard était à la tête d’un sous-groupe de manifestants de 15 000 personnes. «On s’est séparés en deux groupes. Ceux qui étaient en Haute-Ville ont fait tomber le mur. C’était un beau symbole. C’était montrer qu’il fallait faire tomber le secret sur les accords de libre-échange», observe-t-il.

Gaz lacrymogènes

Faire tomber le mur n’était pas une menace en soi, selon M. Bouchard. «Il n’y a pas eu de quartiers ou d’artères commerciales qui ont été saccagés, ce n’est pas ça, le résultat. Il y a eu des dégâts de façon limitée, mais les principaux dégâts, c’est que, pendant deux jours de temps, on a gazé des quartiers au complet», affirme-t-il.

Ce n’est toutefois pas le point de vue de Charles Lemay, un retraité de la Sûreté du Québec qui était officier aux opérations pour le contrôle des foules lors des événements. «Ç’a été la fin de semaine la plus exigeante de ma carrière», assure-t-il.

Dès le vendredi, une brèche avait été faite dans l’immense clôture qui empêchait les manifestants de pénétrer dans la zone de rencontre des dirigeants. «Je me suis dit que la fin de semaine allait être longue», confie M. Lemay. Longue en effet puisque, le samedi, la structure était encore menacée par les manifestants et la brèche l’avait fragilisée. 

La ZLÉA écartée

M. Bouchard croit, pour sa part, que la chute de la clôture a été le déclencheur de la «répression policière» lors du sommet et voit les perturbations comme bénéfiques. «Autour de la clôture, il y a eu du monde de partout et ça a créé un espace de discussion, un moment d’échange et une victoire, par la suite, avec la ZLÉA qui est tombée.»

Le projet de base du Sommet, la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), s’est effectivement rapidement étiolé. «Le dernier clou a été planté sur le cercueil vers 2005», indique Louis Bélanger, expert en relations internationales et politiques étrangères à l’Institut des hautes études internationales de l’Université Laval.

C’est plutôt l’objectif second du Sommet qui s’est concrétisé, soit la consolidation de la charte démocratique interaméricaine, signée le 11 septembre 2001.

Un Sommet qui a consolidé la démocratie

Le Sommet de Québec n’a pas été concluant pour la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), mais la rencontre d’avril 2001 a toutefois donné lieu à la charte interaméricaine de la démocratie.

«S’il y a un héritage important du sommet, c’est certainement la charte», indique Louis Bélanger, expert en relations internationales et politiques étrangères à l’Institut des hautes études internationales, à l’Université Laval.

Cette charte a été signée le 11 septembre 2001 à Lima, au Pérou. Elle stipule que la démocratie doit être la forme de gouvernement de tous les États membres de l’Organisation des États américains.

«Vingt-six ans avant le Sommet de Québec, il y avait 25 dictatures militaires dans les Amériques, qui sont constituées de 35 pays. Avec la naissance des sommets en 1994, on célébrait le retour à la démocratie», rappelle pour sa part Marc Lortie, sherpa lors du Sommet de Québec.

Sécurité

Des méthodes qui sont restées

Charles Lemay<br />
Officier de la SQ
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc
Charles Lemay
Officier de la SQ

L’imposante préparation pour la gestion de la sécurité et des manifestants lors du Sommet des Améri­ques est devenue un modèle à suivre lors d’événements semblables. 

L’équipe de Charles Lemay, alors officier aux opérations pour la Sûreté du Québec (SQ), s’est préparée pendant un an en vue des événements d’avril 2001. Pour gérer efficacement la venue des militants antimondialisation, les agents de terrain de la SQ ont été formés en Europe, à Seattle et à Toronto, où d’importantes manifestations avaient eu lieu.

«On voulait voir comment ils avaient contrôlé la situation, le genre de manifestants qu’ils avaient eus», explique M. Lemay.

Balles en caoutchouc 

De nouvelles techniques et de l’équipement pour le contrôle des foules – tels que le fusil Arwen, les munitions en caoutchouc, les pinces de désincarcération et les périmètres d’observation munis de caméras – ont été mis au point en vue du Sommet. «Tout ça, c’est resté», indi­que-t-il. Le fusil de type Arwen a notamment servi lors de l’arrestation de Dany Villanueva.

Le Sommet des Amériques en chiffres

  • 463 arrestations
  • 431 blessés
  • 900 balles de caoutchouc tirées
  • 5000 bombes lacrymogènes lancées
  • 6500 agents de police déployés (Sûreté du Québec, police de Québec et Gendarmerie royale canadienne)
  • Plus de 50 000 manifestants