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Les proches disent adieu à Jean Lapierre lors d’une cérémonie empreinte d’émotion

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MONTRÉAL – L’élite politique était au rendez-vous samedi à l’église Saint-Viateur d’Outremont, à Montréal, pour honorer la mémoire de l’analyste et ancien politicien Jean Lapierre, qui était aimé à travers le pays.

De nombreux amis et proches étaient également sur place pour rendre un vibrant hommage au chroniqueur politique et à son épouse Nicole Beaulieu, qui ont perdu la vie dans un écrasement d’avion le 29 mars.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, celui du Québec, Philippe Couillard, ainsi que de nombreux politiciens, anciens ou toujours en fonction, se sont rendus à cette cérémonie pour témoigner de leur affection pour M. Lapierre, qui a péri en compagnie de son épouse et de trois membres de sa famille dans cette tragédie.

«Normalement, c’est en temps de guerre que des familles sont décimées de la sorte, a dit l’archevêque de Montréal Christian Lépine, sur le parvis de l’église, avant de présider la cérémonie. Des milliers de Québécois et Canadiens sont sous le choc et on peine à imaginer la douleur de la famille.»

Mgr Lépine estime que la présence d’un si grand nombre de personnes éprouvant une affection sincère pour les défunts aidera les proches à traverser une telle épreuve.

À 11 h, le glas s’est fait entendre. Les deux urnes contenant les cendres des défunts ont été transportées solennellement à l’intérieur de l’église, suivies des enfants, des petits-enfants et des proches de Jean Lapierre et de Nicole Beaulieu.

Quelque 600 personnes ont pris place dans l’église pour assister à cette cérémonie de commémoration privée.

La fille de Jean Lapierre, Marie-Anne, et son fils, Jean-Michel, ont livré un vibrant témoignage. «Papa, nous sommes tellement fiers d’être tes enfants, a dit Marie-Anne. Le phare s’est éteint, mais sa lumière demeure en nous.»

Des collègues de l’analyste, Paul Arcand, Paul Houde et Paul Larocque, ont aussi pris la parole pendant la cérémonie, tout comme son meilleur ami Bernard Poulin et la sœur de sa conjointe Nicole, Marthe Beaulieu.

Jean Lapierre et sa conjointe Nicole Beaulieu font partie des sept victimes de l’écrasement d’avion tragique survenu le 29 mars dernier aux Îles-de-la-Madeleine. Les autres personnes décédées sont Marc et Louis Lapierre, les deux frères de Jean Lapierre, Martine Lapierre, leur sœur, ainsi que les pilotes Pascal Gosselin et Fabrice Labourel.

«Tout témoignage de sympathie peut se traduire par un don à la Fondation Madeli-Aide, dont Jean Lapierre a été le président fondateur», était-il écrit dans son avis de décès.

Pour Nicole Beaulieu, les gens qui le souhaitent sont invités à faire un don à la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC.

 «Le 29 mars, notre phare à nous s’est éteint.» – Marie-Anne Lapierre

Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Jean-Michel et Marie-Anne Lapierre.
JOËL LEMAY/AGENCE QMI/POOL
JOEL LEMAY/AGENCE QMI/POOL
Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Jean-Michel et Marie-Anne Lapierre. JOËL LEMAY/AGENCE QMI/POOL

C’est avec émotion que les enfants de Jean Lapierre ont dit un dernier adieu à leur papa, leur «phare», samedi, à l’église Saint-Viateur d’Outremont, à Montréal.

«Le 29 mars dernier, notre phare à nous, notre papa, s’est éteint», a dit Marie-Anne Lapierre, la gorge étreinte par l’émotion, devant famille, amis et collègues réunis pour rendre hommage au chroniqueur politique et à son épouse Nicole Beaulieu, morts tragiquement dans un écrasement d’avion aux Îles-de-la-Madeleine.

«Nous sommes tellement fiers d’être tes enfants. Son phare s’est éteint, mais sa lumière demeure en nous», a ajouté Marie-Anne Lapierre.

La fille de Jean Lapierre a parlé de son père comme d'un «homme de clan, de parole, un homme de cœur».

Parti réconforter sa mère Lucie, qui venait de perdre son mari, Jean Lapierre a péri en compagnie de ses frères Marc et Louis et de sa sœur Martine, des «êtres irremplaçables».

«Tante Martine, une maman aimante et une épouse en or, oncle Marc, un homme intelligent, généreux, dévoué et attentionné, et oncle Louis, un grand gaillard moqueur qui n’avait pas perdu son cœur d’enfant», a souligné Jean-Michel Lapierre.

«Ils sont allés rejoindre beaucoup trop tôt notre grand-père Raymond», a-t-il ajouté.

Malgré toute la souffrance qui afflige la famille Lapierre, Marie-Anne a confié que sa «courageuse» grand-maman Lucie est «encore debout». «Notre père était de cette lignée, solide, droit, fier», a-t-elle dit.
Nicole Beaulieu et Jean Lapierre, conjoints depuis 27 ans, étaient «profondément heureux», a souligné la fille du chroniqueur politique. «Nicole a toujours été là pour mon père. Ils étaient tellement unis, qu’ils le sont encore», a ajouté Marie-Anne Lapierre, émue.

Amoureux de ce nouveau rôle que lui avait confié la vie, Jean Lapierre avait quatre petits-enfants qu’il adorait: Mila, Lénox, Alix et Oscar. «Je pense aussi au petit Charles, mon fils qui va naître dans quelques mois et qui n’aura jamais eu la chance de rencontrer son grand-papa Jean», a dit avec émotion Jean-Michel Lapierre.

Les enfants de Jean Lapierre ont également tenu à rendre hommage aux familles et aux proches des deux pilotes qui ont perdu la vie dans l’écrasement aux Îles-de-la-Madeleine.

Vague d'hommages à Jean Lapierre sur le parvis

Des collègues de l’analyste, Paul Arcand (photo), Paul Houde et Paul Larocque, ont aussi pris la parole pendant la cérémonie, tout comme son meilleur ami Bernard Poulin et la sœur de sa conjointe Nicole, Marthe Beaulieu.
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI
Des collègues de l’analyste, Paul Arcand (photo), Paul Houde et Paul Larocque, ont aussi pris la parole pendant la cérémonie, tout comme son meilleur ami Bernard Poulin et la sœur de sa conjointe Nicole, Marthe Beaulieu.

Les témoignages continuaient d'affluer samedi matin sur le parvis de l'église Saint-Viateur d'Outremont, quelques minutes avant la cérémonie funéraire en hommage à Jean Lapierre et sa conjointe Nicole Beaulieu.

Paul Houde, avec qui Jean Lapierre collaborait quotidiennement à la radio, a rendu hommage à la grande générosité de l'homme.

«Rendre hommage à Jean, c’est rendre hommage à la vie. Connaissant Jean, il veut que ce soit serein, que ce soit une profession de foi envers la vie. Jean était un homme d’une très grande éthique et d’une profonde humanité. Peu de gens connaissent l’arrière-plan, mais c’était quelqu’un de très généreux en dehors, et de manière très discrète.»

«Depuis le décès de Jean, il y a des étapes qui se franchissent. Je vais aller parler une dernière fois à mon ami. Même les gens qui ne le connaissaient pas sont encore ébranlés par la tragédie. On s’inspire de ce qu’était Jean pour être à la hauteur de ce que tous les gens aimeraient lui dire aujourd’hui», a mentionné notre collègue Paul Larocque, qui doit s’exprimer pour rendre hommage à Jean Lapierre au cours de la cérémonie.

Un autre membre des médias ayant longtemps collaboré avec Jean Lapierre, Michel C. Auger, est venu rendre hommage à son ami.

«Je suis venu dire au revoir à mon ami aujourd’hui. C’était un commentateur politique hors pair, mais je m'ennuierai avant tout de la personne avec qui on pouvait rire et discuter dans le plaisir. Il fallait être ici pour se réconcilier avec cette situation qui ne fait pas beaucoup de sens», a-t-il commenté.

«C’est aussi irréel que lorsque c’est arrivé. Je pense qu’il faut se rappeler, au-delà du personnage, que c'est quelqu’un qui défendait des principes et des valeurs qui lui tenaient à cœur. Même lorsque la vague était contre lui, il conservait ses positions», s'est remémoré celui dont la complicité avec Jean Lapierre faisait le bonheur des auditeurs le matin à la radio, Paul Arcand.

«Il va toujours me manquer, a-t-il poursuivi. Tu ne peux pas faire de la radio chaque jour avec quelqu’un s’il n’y a pas une amitié qui en découle. Les meilleures chroniques étaient souvent en dehors des ondes.»

«On parle de quelqu’un que les Québécois aimaient. Jean, c’était un gars de région, mais qui habitait en ville, donc il pouvait parler à tout le monde. Il donnait le ton de la journée, mais même dans ses critiques, souvent vives, il y avait des conseils pour nous à mettre en pratique», a souligné le premier ministre du Québec Philippe Couillard.

«J’ai déjeuné avec Jean quelques heures avant son départ. C’est un homme qui était capable d’être juste et de faire la part des choses. On dit qu’il y a beaucoup de cynisme, mais d’avoir quelqu’un comme Jean qui humanisait la politique, c’était extrêmement précieux. Je m’ennuie de lui, il me manque vraiment», a mentionné le député péquiste Bernard Drainville.

Son collègue à l'Assemblée nationale, Jean-François Lisée, a parlé d'«un grand vulgarisateur». «Il ne ménageait personne, mais il était attachant dans sa façon d’être, de raconter les choses, a-t-il ajouté. Il montrait la politique par le côté humain des choses. Il était le mieux connecté de tous les chroniqueurs.»

«C’était un ami. On s’est même parlé la veille de la tragédie. C’est terrible. Jean allait avoir 60 ans, c’était imprévu, il était en forme. Personne n’aurait pu penser à une telle tragédie», a pour sa part commenté Gilles Duceppe.

«Jean avait la capacité d’expliquer [la politique] au monde», a ajouté Paul Martin, qui l'avait convaincu de faire un retour en politique.

L’ancien premier ministre Brian Mulroney a dit qu’il s’entendait bien avec M. Lapierre, malgré quelques divergences politiques. «C’était un gentleman de la politique et des médias», a indiqué M. Mulroney.
Pour sa part, l’ancien premier ministre Lucien Bouchard était trop ému pour parler aux médias avant la cérémonie. «Ce sont des journées difficiles pour nous tous», a-t-il mentionné.

«On vient de perdre le plus grand amoureux de la politique québécoise», a souligné le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion.

Thomas Mulcair, qui a succédé à Jean Lapierre dans la circonscription d’Outremont, a lui aussi loué ses qualités de commentateur politique: «C’était un défi de taille de lui succéder et, depuis, j’ai appris à connaître l’homme à travers les citoyens et nos rencontres. On perd un grand, personne n’a cette capacité de tout résumer comme lui.»

«Il a eu une vie qui était à la mesure de ses talents et à la mesure de ses efforts. Le Québec tout entier est avec la famille ce matin pour reconnaître ce qu’il a fait pour la province», a commenté le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.

Lucien Bouchard salue «un vrai ami»

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

L’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, est venu rappeler ses meilleurs souvenirs avec Jean Lapierre lors de l’hommage qui lui a été rendu samedi, à Montréal.

«Le seul moyen de conjurer un tant soit peu ce drame, c’est d’évoquer ce qu’il y avait de joie de vivre et de franchement drôle dans les relations que Jean entretenait non pas seulement avec ses proches et amis, mais aussi avec ses auditeurs».

«Il pouvait par exemple vous appeler en disant: ‘’J’en ai une bonne pour toi!’’. Sauf qu’il lui arrivait de s’étouffer de rire avant de pouvoir la raconter», a raconté Lucien Bouchard, juste avant que les familles et les proches de Jean Lapierre s’esclaffent aussi.

«Le tragique n’a jamais fait partie de l’idée qu’on se faisait de Jean Lapierre. Il était de ceux qui sont doués pour le bonheur et capables d’apprécier les beaux côtés de la vie», a dit M. Bouchard.
L’ancien premier ministre a évoqué les expressions colorées que son ami pouvait parfois utiliser pour vulgariser la politique.

«En fait, il avait sa langue à lui, qu’il devait beaucoup au franc-parler des pêcheurs des Îles. Là-bas, on ne peut tricher avec la marée, les brumes d’automne et les tempêtes parfaites. Jean pensait que le rire est la meilleure façon de corriger les mœurs et aussi l’arme la plus redoutable en politique».

M. Bouchard s’est souvenu d’un moment en particulier où il a dû en faire l’expérience, bien malgré lui.

«Un jour, sous le coup d’un mécontentement que m’avait inspiré un article de journal, j’avais rédigé sur le champ une lettre de protestation enflammée avec l’intention de la rendre publique. En rencontrant Jean, sur les entrefaites, j’ai l’idée de lui faire admirer d’abord mon chef-d’œuvre. Il me dit après l’avoir lu: ‘’C’est une très belle lettre! Vraiment superbe! Dépêche-toi de la mettre dans le tiroir!’’».

Lucien Bouchard a souligné aussi que c’est notamment avec Jean Lapierre qu’il a cofondé le Bloc québécois en 1991. Au départ, la formation politique devait être une coalition temporaire pour protester contre l’échec de l’accord du lac Meech.

«Il fut le premier à décrire comme une coalition «arc-en-ciel» le large rassemblement d’électeurs que le Bloc voulait réaliser», a-t-il dit.

C’est d’ailleurs à la suite de l’intervention de Jean Lapierre, que le premier logo du Bloc a arboré la couleur rouge en plus du bleu, une couleur «qui comme on le sait, est une couleur plutôt libérale, donc plutôt fédéraliste», a-t-il ajouté, le sourire en coin.

Lucien Bouchard a terminé son discours en ayant une pensée toute spéciale pour «l’affliction de Marie-Anne et Jean-Michel», les enfants de Jean.

«Ils auront toutefois la consolation d’avoir leurs jeunes enfants perpétuer la joie de vivre et la mémoire de leur grand-père adoré, notre ami à tous, Jean Lapierre.»

«Le départ de Jean est si difficile à accepter» - Paul Martin

TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

MONTRÉAL – L’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, a livré un vibrant hommage à son ancien collègue et ami, Jean Lapierre, ainsi qu'à sa conjointe, Nicole Beaulieu.

«Souvent, vous savez, lorsque je donnais un discours en français, Jean insistait pour que je le pratique avec lui, a-t-il dit. Laissez-moi vous dire, s’il y a une occasion où j’aurais eu besoin de son aide, c’est bien celle-ci.»

M. Martin s’est notamment souvenu de sa dernière rencontre avec le chroniqueur, lors de laquelle ils ont parlé de golf. «Comme toujours, pendant que Jean et moi misions sur nos grandes qualités de golfeurs, Nicole nous écoutait, sachant très bien qu’elle était de loin, et avec preuve, la meilleure de nous trois.»

Il a rappelé qu’en plus d’être son âme sœur, Nicole était un pilier dans la vie de Jean. «Elle avait certainement ses propres opinions, mais elle l’a toujours approuvé dans ses aventures pendant les 27 années passées ensemble, et ce, jusqu’à la fin», a-t-il dit.

L’ancien premier ministre a également salué le grand talent de Jean Lapierre pour les débats et son grand sens de la répartie.

«Il pouvait expliquer le Québec au reste du Canada, et expliquer le Canada au Québec, a-t-il déclaré. Mais comme une personne m’a déjà dit : "Quand c’était nécessaire, il expliquait aussi le Québec au Québec et le Canada au Canada."»

Paul Martin a rappelé que c’est d’ailleurs à sa demande qu’en 2004, Jean Lapierre a renoué avec le rôle de politicien. Il a réussi à se faire élire comme député d’Outremont, avant d’être nommé ministre des Transports. Il a d’ailleurs souligné ses grandes réalisations, comme le développement des liens avec l’Asie, ce qui a permis au Canada de s’ouvrir «à l’un des plus grands marchés du monde».

La voix empreinte d’émotions, Paul Martin a conclu en disant un dernier «salut, salut» à son ami. «L’écho de ta voix me manque déjà», a-t-il dit.

Témoignages de Paul Houde et Paul Arcand: «Jean n'était pas un acteur: rien de faux, que du vrai»

Précieux collaborateur à la radio, Jean Lapierre était avant tout un ami loyal et généreux de Paul Arcand et Paul Houde, qui ont tour à tour rappelé les qualités humaines extraordinaires de l’homme avec qui ils ont partagé des heures incalculables de plaisir.

«Toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon ami. Avec toi Jean et avec toi Nicole, nous avons perdu deux grands amis», a simplement souligné Paul Houde lors de son témoignage.

L’animateur a aussi rappelé les bons moments vécus à l’extérieur des ondes, puisque Jean Lapierre et Nicole Beaulieu ne manquaient jamais un printemps pour l’inviter aux Îles-de-la-Madeleine.

«Chaque printemps, nous attendions votre appel. Votre appel à célébrer l’amitié, la joie, le bonheur d’être ensemble et l’anniversaire de Jean. Le prétexte, comme s’il en fallait un, était de célébrer, Jean, tes chères îles et l’arrivée de son célèbre homard», a-t-il mentionné. En bon politicien, tu nous as tous convaincus que le meilleur homard, c’était bien celui de tes chères îles.»

«Je te sens avec moi Jean prenant des notes dans ton petit calepin noir pour nous raconter les moindres détails lundi», a imaginé Paul Houde, une vision partagée par son homologue Paul Arcand.

«Depuis tantôt, j’imagine Jean passant d’un premier ministre à l’autre, d’un maire à l’autre et placotant sur le parvis de l’église, quelle formidable chronique il aurait faite lundi», a-t-il souligné pour amorcer son témoignage.

«Au-delà d’être un fier Madelinot, d’être un communicateur coloré ou d’être un politicien engagé, Jean avait des valeurs profondes qu’il défendait bec et ongles même quand la vague était haute et contre lui, a lancé l’animateur. Le respect des droits et libertés, la liberté d’expression, la protection des plus vulnérables, la défense de ceux et celles qui travaillent avec acharnement. Il a défendu ces principes en politique, dans les médias et ce n’était pas du théâtre. Jean n’était pas un acteur, c’était un homme de cœur. Il aimait le monde, rien de faux, que du vrai. La chaleur du monde était son carburant.»

Comme il l'a ensuite noté, si ceux qui connaissaient Jean Lapierre de près éprouvent une tristesse indescriptible, ses auditeurs aussi sont en deuil.

«Comme m’a écrit l’un d’eux : “je ne le connaissais pas, mais j’ai perdu un ami”, raconte M. Arcand. Je me demande tous les jours ce qu’il aurait dit sur l’actualité des trois dernières semaines. Quelle expression savoureuse aurait-il utilisée pour puncher son opinion et quel potin m’aurait-il confié en secret avant, évidemment, de le partager à une centaine de personnes?»

Paul Arcand a conclu son témoignage en s’adressant directement aux enfants de Jean Lapierre.

«Comme on dit, il était fin. Il était fin avec ses enfants, avec ses amis et avec le monde. Je pense qu’on n’est pas tous aussi gentils que ça. En pensant à Nicole et Jean, on va pouvoir essayer de l’être un peu plus. Marie-Anne et Jean-Michel, vous avez raison d’être fiers de votre père.»

«Merci d’avoir été mon ami.» – Paul Larocque

Funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur la photo: Pierre Larocque et sa conjointe. 
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
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Funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur la photo: Pierre Larocque et sa conjointe. TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

MONTRÉAL – Ce n'est pas qu’à un collègue de travail que Paul Larocque a dit adieu samedi, lors des funérailles de Jean Lapierre à l’église Saint-Viateur d'Outremont, mais à un ami.

«T’es la personne qui m’a fait le plus pleurer de toute ma vie. De chagrin depuis le 29 mars et de rire toutes les années qu’on a travaillé ensemble», a confié le chef d’antenne de TVA devant la famille et les proches de Jean Lapierre et Nicole Beaulieu.

Le départ de Jean Lapierre a laissé un grand vide dans la vie de Paul Larocque, qui a souligné que le disparu était «vrai». «Jean, la route qu’on a faite ensemble est une des plus belles de toute ma vie», a lancé le chef d’antenne à son ami.

Collègue de Jean Lapierre depuis de nombreuses années, Paul Larocque a affirmé «qu’il y aura toujours du Lapierre dans Larocque, à jamais», et que «la paix commence à revenir».

Le chef d’antenne de TVA a dit s’être surpris ces derniers jours à avoir hâte «d’aller retrouver Jean pour un dernier Larocque Lapierre», mais que ce n’était pas le temps et qu’il devait veiller sur Marie-Anne et Jean-Michel.

Lorsqu'il a dit que la sœur de Jean Lapierre trouvait «qu’il en ajoutait un peu» quand il parlait d’elle à la télévision, les proches des défunts ont éclaté de rire.

Paul Larocque a également tenu à rendre hommage à la conjointe du chroniqueur politique, Nicole Beaulieu, également décédée dans l'écrasement d’avion aux Îles-de-la-Madeleine. «La seule consolation, c’est que vous soyez partis ensemble et que vous le resterez à jamais», a-t-il dit.

Paul Larocque a confié avoir l’intention, un jour, d’aller à la rencontre des petits-enfants de Jean Lapierre et de leur dire «à quel point leur grand-père était un homme bon, un homme grand, un homme qui m’a marqué à jamais, qui a marqué les siens et qui a marqué le Québec profondément».

«Amuse-toi, prends soin de ta Nicole. Merci d’avoir été mon ami», a conclu avec émotion Paul Larocque.

«Béni des dieux d’avoir eu son amitié.» – Le meilleur ami de Jean Lapierre

Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Bernard Poulin (ami de Jean Lapierre).
JOËL LEMAY/AGENCE QMI/POOL
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Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Bernard Poulin (ami de Jean Lapierre). JOËL LEMAY/AGENCE QMI/POOL

Bernard Poulin, le meilleur ami de Jean Lapierre, s’est dit «béni des dieux d’avoir eu son amitié et sa confiance pendant plus de quarante ans».

«J’ai perdu, moi aussi, un membre ma famille, Jean était un ami proche et un parent que j’ai choisi», a-t-il confié.

Dans son bref hommage, il a parlé d’un vide qui sera très difficile à combler et a vanté les nombreuses qualités de son ami.

«Je vais regretter ton écoute, ta présence, tes bons conseils, tes analyses toujours pertinentes, ton sens de l’humour, ton sens de la dérision dans les moments les plus tragiques et le très spécial “mononcle” que tu as été pour mes enfants.»

Bernard Poulin s’est aussi souvenu de son ami Jean comme d'un homme près des gens, affable, toujours disponible et très généreux.

«Toi qui as été le Robin des bois des temps modernes au Québec et qui as eu une manière bien à toi de faire partager les privilèges des biens nantis avec les plus fragiles [...] Le vrai monde, comme tu l’appelais, a toujours été ta préoccupation», a-t-il indiqué.

«Jean, tu peux reposer en paix, tu laisses deux merveilleux enfants [qui] porteront ton flambeau avec dignité, l’éthique et les grandes vertus qui te caractérisent», a-t-il ajouté.

«Je prends l’engagement public d’être à la disposition de Marie-Anne et Jean-Michel chaque fois qu’ils le voudront. Un père comme Jean ne se remplace pas, mais je pourrai humblement, et de tout mon cœur, leur donner tout mon support, tous mes conseils pour atténuer le vide», a-t-il dit, la voix brisée par l’émotion.

«Adieu, adieu, Jean», a lancé M. Poulin pour conclure.

Les proches de Nicole Beaulieu rendent hommage à «son grand cœur et sa générosité»

Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Pierre Beaulieu et Marthe Beaulieu.
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Les funérailles de M. Jean Lapierre et de sa conjointe Mme Nicole Beaulieu sont célébrées en l'église Saint-Viateur d'Outremont, à Montréal, le samedi 16 avril 2016. Sur cette photo: Pierre Beaulieu et Marthe Beaulieu. JOËL LEMAY/AGENCE QMI/POOL

Lors d’un témoignage empreint de tristesse, mais aussi d'humour, le frère et la sœur de Nicole Beaulieu, Marthe et Pierre, ont rendu hommage une dernière fois à une femme qui laisse un grand vide dans leur vie.

Prenant la parole en premier, Pierre Beaulieu a tout d’abord exprimé son chagrin de perdre une personne aussi importante dans sa vie et dans celle de plusieurs de ses proches.

«Perdre un être proche comme toi, Nicole, c’est perdre un peu de soi-même. Perdre sa sœur, une amie, une confidente, une “chum de brosse”, comme on dit au Saguenay, est une peine qu’on ne peut imaginer. Il sera très difficile de combler le vide en nous et d’apaiser la souffrance que nous ressentons», a-t-il dit.

Tentant de s'exprimer, sa sœur Marthe, la gorge nouée par l’émotion, a été incapable de poursuivre la lecture du témoignage.

«Nicole était authentique, je me souviendrai à jamais de son grand cœur, de sa bonté, de sa générosité, de son écoute et surtout de sa complicité», a donc repris Pierre, non sans difficulté.

L’hommage a par la suite pris un ton plus léger.

«Sa relation avec Jean était harmonieuse, sauf quand Nicole disait qu’elle allait faire du jogging et que Jean répliquait: “Tu ne cours même pas, tu marches vite!”» a raconté Pierre avant de poursuivre en parlant de la recette de pâté chinois du couple.

«Qui d’entre nous n’a pas dégusté leur version du pâté chinois? Leur recette était unique et rendait jalouse Thérèse dans La petite vie. Steak, patates, blé d’Inde, fromage, bacon, oignons... et je n’ai plus de place pour ajouter toute la liste des ingrédients. Comme le disait Paul Larocque, après en avoir mangé, le prochain repas était dans deux jours, le temps de tout digérer ça.»

Pierre Beaulieu a conclu le témoignage au nom de sa famille avec beaucoup d’émotion.

«La plus belle façon d’honorer Nicole, c’est de sécher nos larmes et de la garder bien vivante dans nos cœurs. Tous les jours, Nicole, tu vas nous manquer tellement. Repose en paix aux côtés de Jean, ton ami, ton compagnon, ton amoureux.»