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Talk et Show

En mode Salvail avec Éric Salvail
Photo courtoisie En mode Salvail avec Éric Salvail

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Un talkshow de fin de soirée donne du prestige à une station. Toutes les grandes chaînes américaines accompagnent leur public jusqu’au lit avec des émissions où les vedettes, d’une façon moins convenue, sortent de leur zone de confort. Le talkshow est un format d’entrevues, souvent sur un ton humoristique, dans un environnement convivial.

«La base d’un bon talkshow est un heureux mélange entre le talk et le show», avance Éric Salvail qui, en plus d’être à la barre d’En mode Salvail à V, produit Les échangistes, nouvellement débarqués à 21 h à Radio-Canada. Éric, c’est Monsieur Talkshow. «Dans un talkshow, il faut un contenu qui varie et un animateur qui a sa propre couleur. Personnellement, je fais plus dans l’entertainment, mais ça ne m’empêche pas de recevoir Josée di Stasio ou de revenir sérieusement sur la prison avec Tony Conte, puis d’aller au Musée Grévin avec Guylaine Tremblay pour faire­­ sursauter des gens. Le mot surprendre­­ fait partie de mon vocabulaire quotidien. »

Marie-Soleil Michon
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Marie-Soleil Michon

Marie-Soleil Michon, qui s’installera dans le créneau du dimanche (dès le 22 mai, 21 h à Radio-Canada), croit aussi que la clé d’un bon talkshow réside dans la personnalité de son animateur. «Quelqu’un d’attachant, qui m’interpelle, qui mène bien ses entrevues avec quelques imprévus qui me font rire ou me choquent, déclare celle qui anime aussi C’est juste de la télé. Letterman et Oprah, j’avais l’impression qu’ils faisaient partie de ma vie.» Avec Jean-Luc Mongrain, elle prépare un plateau hebdomadaire, produit aussi par Salvail, avec des gens qui auront fait l’actualité de la semaine.

Jean-Sébastien Girard
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Jean-Sébastien Girard

Pour Les échangistes, Éric, Pénélope McQuade­­ et leur équipe ont brisé certaines conventions du talkshow traditionnel. Exit le band, le stand-up d’ouverture, la table. On mise sur l’interaction entre l’animatrice, les invités, les collaborateurs et le public par les réseaux sociaux. «J’adore quand tout le monde est là, qu’il y a une forme de chaos sur lequel j’aime surfer, révèle Pénélope. Mais ce qui est le plus important pour moi, c’est la bienveillance. Chaque échange s’établit en fonction de la confiance qui se bâtit entre l’autre et moi. Avec Les échangistes, on aborde de front de vraies affaires, on enlève­­ le vernis. Chaque collaborateur a une liberté qui est essentielle pour moi, mais ultimement, les invités ne se sentent pas coincés et je suis contente d’avoir insufflé­­ ça.»

Jean-François Breau
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Jean-François Breau

Le bon, la brute

Les échangistes ont tous leur couleur. Christian Bégin est plus absurde, Renée-Claude Brazeau, anti-bullshit, Jean-René Dufort cherche l’insolite, Jean-François Breau est le bon gars à qui l’on permet certaines indiscrétions. Un artiste lui-même souvent invité à des talkshows. «J’aime me laisser aller pour suivre la danse proposée lorsque je suis l’invité. Comme collaborateur, je dois amorcer le pas et j’ai à m’assurer que l’invité veuille bien me suivre. On m’a demandé d’être moi-même. Je suis curieux, cabotin, léger, émotif et sensible.»

On y retrouve aussi Jean-Sébastien Girard­­, un des collaborateurs de La soirée est encore jeune à Ici Radio-Canada Première, un talkshow radiophonique déjanté. «Comme tout le monde, j’aime être surpris­­ quand je regarde un talkshow, j’aime que l’on fasse appel à mon intelligence, qu’on s’éloigne des bons sentiments désincarnés.» À La soirée est encore jeune­­, les invités se font brasser et pourtant, Jean-Sébastien jure qu’ils sont faciles à booker. Le consensuel, les artistes n’y tiennent donc pas. «Au contraire, les invités veulent être amenés ailleurs et ils font preuve de beaucoup d’autodérision, ce qui est très payant pour eux.»

Pénélope McQuade
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Pénélope McQuade

Dès la première des Échangistes, Jean-Sébastien­­, reconnu pour son humour caustique, s’est décrit comme la bitch du plateau. «Mon personnage est très assumé à la radio et le public est vendu d’avance. Mon défi à la télé, à heure de grande écoute, est de bien le doser pour gagner un minimum de sympathie à un moment, et pouvoir être plus corrosif à un autre. Il faut brasser les habitudes même si je remarque que les gens n’aiment pas tant que ça les malaises. »

Le contenant et le contenu

Dans En mode Salvail, les artistes se prêtent volontiers à tous ses concepts farfelus parce qu’ils savent qu’Éric, en entrevue ou dans ses folies, va bien les faire paraître. «Je suis conscient du fait que la case du 22 h à V est différente du 21 h à Radio-Canada. Mais il n’y a rien de pire que de ne provoquer aucune réaction. Et il est impossible de faire l’unanimité.» Mais ce divertissement a toujours fait partie du genre, n’en déplaise à certains critiques. «Jean Charest a joué dans le segment du Cœur a ses raisons, Luc Picard a chanté Sex Bomb, se souvient Marie­­-Soleil Michon de son expérience, qu’elle décrit comme un high professionnel, au Grand Blond avec un show sournois, où elle était recherchiste et collaboratrice au fameux Club Labrèche. »

Les échangistes sur le plateau
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Les échangistes sur le plateau

«Que Charles Lafortune parle de son obsession­­ pour son gazon révèle des choses sur lui, explique Pénélope. Il faut lire entre les lignes parfois. Quand j’ai fait une entrevue Instagram avec Mariloup Wolfe, les photos nous ont permis de parler de son père­­, de son travail de réalisatrice. Il y a un éternel débat entre la culture populaire et la plus pointue.

En mode Salvail avec Éric Salvail
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On a toujours besoin de mettre les gens dans des boîtes: France Beaudoin c’est ci, Éric Salvail c’est ça. Jean-Pierre Coallier à l’époque divertissait et menait des entrevues fouillées! Les échangistes demandent énormément de travail. Tout à l’air improviser, parce que c’est fait dans le plaisir et la spontanéité, mais tout est préparé.» Et en Podcast, sur Première Plus, Pénélope mène un autre talkshow que les élitistes comme le grand public pourraient écouter, Parce qu’on est en 2016, qui aborde avec de jeunes féministes des thèmes importants de notre société sous un angle frais, inspirant et sans tabou. Le but d’un bon talkshow, après tout, c’est bien de faire jaser.

L’importance du poids médiatique

La télévision a avantage en 2016 à utiliser les réseaux sociaux­­. En mode Salvail le fait très bien, son public étant très dynamique. Éric Salvail a déjà booké Denis Coderre en direct sur Twitter et il met régulièrement­­ en ondes les commentaires de la page Facebook de l’émission. Cette proximité avec le public, il l’a transmise aux Échangistes.

En une semaine seulement, une solide communauté s’est formée, comme en témoignent des chiffres recueillis par Mesure­­ Média. «Entre le 4 et le 8 avril, Les Échangistes ont généré­­ 2937 commentaires (Facebook­­, Twitter, Instagram) et 6426 J’aime, avance Caroline­­ Roy, vice-présidente de Mesure­­ Média. C’est beaucoup. Cette présence sur les réseaux sociaux permet de fidéliser­­ l’auditoire, de le garder­­ captif, d’entretenir un échange avec lui. »

Le style «en direct» du format talkshow n’est pas étranger à cet enthousiasme qui veut créer des débats, de l’interaction. «Le défi pour l’équipe sera­­ de maintenir ce taux d’action­­.»

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Quelques chiffres

On dit que les Québécois se couchent plus tôt qu’avant, mais l’écoute de fin de soirée demeure toujours intéressante. «L’arrivée de Salvail à V dans la case de 22 h a permis au diffuseur de doubler, même tripler son écoute, passant de 140 000 à

372 000 téléspectateurs en moyenne en quatre saisons, observe­­ Francine Marcotte, vice-présidente et directrice de Cossette­­ Média. Et les 24-54 ans représentent plus du tiers de cette écoute.» En mode Salvail rejoint plus de 100 000 téléspectateurs supplémentaires avec les enregistreurs.

«Les échangistes sont partis forts la semaine dernière, rejoignant 480 000 personnes, alors que le concept précédent commençait à s’essouffler l’été dernier. Et le talkshow du dimanche­­, qu’animeront Marie-Soleil Michon et Jean-Luc Mongrain­­ prochainement, rejoignait de 605 000 à 740 000 spectateurs dans la mouture de l’été dernier. Même sans Tout le monde en parle, ce créneau génère­­ une écoute importante.»