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Je suis Charest

GEN-FUNÉRAILLES LAPIERRE BEAULIEU
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS Le premier ministre Philippe Couillard s’est porté à la défense de l’intégrité de son ancien patron Jean Charest.

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Pas de panique. Mon titre est en fait emprunté à Garnotte, caricaturiste au Devoir. Hier, il en coiffait le portrait de Philippe Couillard tenant une affiche «Je suis Charlie» modifiée pour lire «Je suis Charest».

Vendredi, le premier ministre s’est en effet porté à la défense de l’intégrité de Jean Charest. «Pendant les années où j’étais dans ce gouvernement, lança-t-il, je n’ai jamais rien vu d’autre que ça.» Le 17 mars – jour de l’arrestation de deux ex-ministres libéraux par l’UPAC –, il insistait pourtant très fort pour s’en dissocier.

Le régime Charest, disait-il, était d’une «autre époque». «Heureusement, précisait-il même, on vit dans un contexte totale­ment différent de nos jours avec le nouveau mode de financement qui change en mieux la réalité de la politi­que.» Ah bon?

Que s’est-il donc passé en moins d’un mois pour que le premier ministre ait glissé sans broncher du rôle de Ponce Pilate à celui du disciple admiratif? Deux choses, essentiellement.

Primo, l’«affaire Hamad». Le 31 mars, l’émission Enquête faisait état d’un possible trafic d’influence exercé par Sam Hamad du temps où il siégeait au gouvernement Charest. Parce que M. Hamad fut aussi ministre sous les deux hommes, cette «affaire» créait tout à coup un pont visible entre les ères Charest et Couillard sur fond d’allégations de malversation.

Avertissement sérieux

Secundo, la sortie de Jean Charest lui-même. Le 11 avril, l’ex-premier ministre ne passait pas par quatre chemins. Son gouvernement, jura-t-il, était «honnête et intègre». Pas le moindre lien entre le financement politique et l’octroi de contrats publics.

Cette sortie servait en fait un double avertissement à son successeur. Un, de cesser ses tentatives répétées de se dissocier de lui. Lesquelles, inévitablement, alimentent la réputation déjà mauvaise du gouvernement Charest. Deux, de se rappeler qu’il est lui aussi un produit de l’ère Charest.

Combinées, l’«affaire» Hamad et la sortie agacée de M. Charest sont venues rappeler à M. Couillard qu’en matière d’intégrité le PLQ est une maison de verre dont les fondations, de surcroît, ont été gravement fragilisées.

Un boulet

Sous Jean Charest, le PLQ est en effet devenu une redoutable machine à ramas­ser de l’argent. Les audiences de la commission Charbonneau ont aussi montré l’ampleur des stratagèmes de finan­cement politique illégal par des entre­preneurs pressés de brasser de grosses affaires avec le plus gros donneur d’ouvrage au Québec.

Or, personne ne fera croire aux citoyens que des entrepreneurs finançaient le PLQ autant et aussi illégalement par simple amour de la démocratie.

À force de dire une chose et son contraire, le premier ministre mine également sa propre crédibilité. Impossible de se réclamer d’une nouvelle ère éthique «exemplaire» s’il louange dorénavant l’«intégrité» du régime Charest. C’est l’un ou c’est l’autre.

En se soudant à son prédécesseur, M. Couillard s’attache surtout un autre boulet au pied.

S’il fallait que l’UPAC ou d’autres enquêtes journalistiques frappent à nouveau à la porte des libéraux...