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Plusieurs clients chinois achètent sans hypothèque

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Une jeune femme originaire de la ville de Qingdao, en Chine, vient d’acheter sans hypothèque un condo neuf à 427 707 $, au 17e étage du Projet XACT, rue du Fort, au centre-ville de Montréal.

Cet achat réalisé le 7 mars dernier n’est qu’un exemple parmi tant d’autres observés par notre Bureau d’enquête, au cours des derniers mois, qui témoigne de l’arrivée massive d’investisseurs chinois fortunés sur le marché immobilier montréalais.

Le 30 octobre 2015, une autre Chinoise a fait l’acquisition non pas d’un condo, mais de deux appartements au deuxième étage du même projet pour un total de 388 046 $. Elle non plus n’a pas eu besoin de contracter une hypothèque.

En mars 2015, une étudiante d’origine chinoise a aussi acheté un condo au 16e étage du Projet XACT. Elle a déboursé 213 129 $ pour une copropriété un peu moins grande que les autres. Encore une fois, sans hypothèque.

Ces trois jeunes femmes ont donc investi à elles seules plus d’un million de dollars dans l’immobilier montréalais.

Plus de 8 M$

Nous n’avons pu joindre aucune de ces femmes pour parler de leurs résidences acquises sans hypothèque.

Chose certaine, elles font partie d’un groupe de 26 acheteurs chinois qui ont déboursé 8,3 M$ pour des copropriétés neuves dans seulement quatre projets du centre-ville et de LaSalle.

Voilà ce qui ressort d’une analyse réalisée par notre Bureau d’enquête portant sur 436 achats par les clients de quatre récents projets de copropriétés à Montréal: le 1181 Bishop, le 1205 Mackay, le 1390 du Fort, au centre-ville, et le projet Bois des Caryers, à LaSalle.

Montréal sur le radar

Après l’explosion des prix de l’immobilier à Vancouver et à Toronto, c’est au tour de Montréal d’attirer de plus en plus des clients chinois fortunés et leurs enfants.

Ces familles veulent que leurs proches quittent un pays aux prises avec une économie et des marchés incertains, des problèmes de pollution alarmants et une campagne anticorruption du Parti communiste qui vise des milliers de suspects.

Depuis cinq ans, Vancouver et Toronto ont vu de nouveaux arrivants chinois injecter des millions de dollars dans l’immobilier avec des fonds provenant de présumées fraudes, de détournements de fonds et même de vols en Chine.

Une loi chinoise interdit pourtant à ses citoyens de sortir plus qu’un maximum de 50 000 $ US par personne par an.

– Avec la collaboration de Philippe Langlois


♦ Hier, notre bureau d’enquête a révélé que des Chinois ont recours a des prête-noms, de la fausse facturation ou au transport ou transfert d’argent liquide par des amis ou des membres de leur famille pour contourner la loi chinoise.

 

« Ils veulent simplement sortir de Chine »

Martin Rouleau<br />
Courtier immobilier
Photo Twitter
Martin Rouleau
Courtier immobilier

Martin Rouleau, un agent qui travaille avec des clients chinois qui veulent acquérir des propriétés de luxe à Westmount et ailleurs, assure n’avoir jamais vu d’argent suspect dans ses transactions ou des individus qui auraient tenté de faire des opérations douteuses­­.

«Ce sont juste des gens qui ont beaucoup d’argent et qui veulent simplement sortir de Chine, dit-il. Ils croient dans l’immobilier. Pour eux, c’est comme un compte en banque. Les prix d’ici sont moins élevés aussi, comparativement à Vancouver et à Toronto.»

« De l’argent en poche »

Li Yang<br />
Courtière immobilier
Photo courtoisie, Sutton Québec
Li Yang
Courtière immobilier

Pour Li Yang, une courtière de Sutton Québec qui travaille à LaSalle, le phénomène est facile­­ à comprendre­­.

Ces immigrants vendent une, parfois deux maisons en Chine, dans de grandes villes comme Pékin ou Shanghai, où leur valeur a explosé ces dernières années­­, selon Mme Li Yang.

«Les gens viennent ici et ils ont de l’argent en poche. Ils pensent que les prix des maisons ou des condos ne sont pas très chers à Montréal, si on les compare à ceux de Pékin et de Shanghai. Ils aiment être près du fleuve Saint-Laurent et ce ne sont pas des locataires.

3 raisons

Mme Li Yang dit que les Chinois apprécient particulièrement le projet­­ Bois des Caryers de LaSalle (malgré des difficultés avec son promoteur original) pour trois raisons­­:

  • La proximité du parc Angrignon est un grand atout pour les Chinois. Ils recherchent près de chez eux un environnement sans la pollution des grandes villes chinoises qu’ils ont quittées;
  • La proximité du métro Angrignon et des transports en commun;
  • La proximité du Carrefour Angrignon, le grand centre commercial situé sur le boulevard Newman.

 

Maisons vides : un phénomène qui inquiète

 

Le courtier en immobilier Martin Rouleau dit avoir vendu «plusieurs» maisons à Westmount à des acheteurs chinois, à des prix variant entre 1,5 M$ et 2 M$, qui ont ensuite laissé ces propriétés vides et inoccupées depuis leur acquisition, en 2014 et 2015. Il n’a pas jugé pertinent de préciser de quelles maisons il s’agit.

«Ils ne veulent pas les louer. Ils veulent les laisser vides. Ils regardent sur le long terme et ils misent sur l’augmentation de valeur», explique-t-il.

Spéculation

Des maisons et des condos laissés vides pendant des années ont causé des problèmes sociaux importants à Vancouver, à la suite de nombreux achats par des Chinois de Hong Kong.

Après la publication d’une étude par un professeur de l’Université de la Colombie-Britannique, des citoyens et des politiciens de Vancouver ont commencé à dénoncer ces achats comme de la spéculation qui contribue à créer une pénurie de logements pour ceux qui en ont vraiment besoin et un gonflement excessif des prix.

Ce professeur, Andy Yan, a révélé que 15 % des condos de l’ouest du centre-ville de Vancouver étaient vides et inoccupés, soit 5710 copropriétés.

Cela crée en quelque sorte une ville fantôme avec des milliers d’appartements vides, sans vie. Des commerces de quartier ont fermé leurs portes, faute de clients. Les résidents de ces quartiers n’auraient pas un sentiment d’appartenance à leurs communautés.


♦ La Société canadienne d’hypothèques et de logement déclare que ses données montrent qu’à Montréal et à L’Île-des-Sœurs seulement, 4,9 % des copropriétés sont devenues la propriété d’étrangers en 2015. Toutefois, dans son rapport de décem­bre dernier, la SCHL reconnaissait qu’il y avait «un manque de données fiables et exactes» pour déterminer si les achats de propriétés par des étrangers affectent­­ les marchés de l’habitation­­ au Canada.

 

L’intérêt pour l’immobilier québécois explose sur un site chinois

 

L’intérêt des clients chinois pour l’immobilier au Québec a explosé en 2015, si l’on se fie aux statistiques de fréquentation d’un site immobilier de Hong Kong.

En 2015, des clients chinois ont fait des recherches sur des propriétés à vendre au Québec sur le site web Juwai.com pour une valeur totale de 764 M$. C’est trois fois plus qu’en 2014.

Juwai.com propose des propriétés à vendre à Montréal et ailleurs. Ce site est conçu par des Chinois pour des Chinois qui désirent faire l’acquisition d’une propriété à l’extérieur de la Chine. Juwai parle du «Cana­da Lifestyle» et on peut y voir plusieurs maisons à vendre à Westmount, dont une rue Clark pour 8 M$. On y trouve aussi une copropriété du projet Le Sanctuaire à vendre au prix de 699 000 $.

Juwai estime que Toronto et Vancouver demeurent les villes du Canada qui attirent le plus les acheteurs chinois.

Charles Pittar, le président de Juwai, pense que la croissance rapide de l’intérêt des acheteurs pour Montréal montre que la ville réussit à attirer une partie plus importante de ces investissements.

Le Canada est le troisième pays qui intéresse le plus les Chinois, après les États-Unis et l’Australie.