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Des Chinois fortunés s’installent de plus en plus à Westmount

L’achat de maisons de prestige par des Chinois ultra-riches est en hausse depuis 2012

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Jadis l’enclave des ultra-riches anglophones de souche, comme les Molson, les Redpath et les Bronfman, Westmount a ensuite vu apparaître les premiers francophones fortunés du Québec inc. avant d’accueillir des résidents chinois.

Depuis 2012, des acheteurs chinois y débarquent en grand nombre, selon une ana­lyse de journalisme de données effectuée par notre Bureau d’enquête:

  • Une résidente de Chongqing a fait l’acquisition d’une résidence sur le chic chemin Belvedère pour 3,45 M$ en février.
  • Un résident du Palm Villa Riverside Garden, à Guangzhou, a dépensé 2,5 M$ pour faire l’acquisition d’une résidence sur l’avenue Roslyn, en février également.
  • Un autre acheteur chinois a payé 2,3 M$ une résidence sur la rue Sydenham, sans prêt hypothécaire, en décembre.

Ces trois acheteurs font partie d’un groupe de 26 Chinois qui ont fait l’acquisition de propriétés d’une valeur de plus de 1 M$ à Westmount­­ pour un total de 52,6 M$ en 2015 et 2016 (à ce jour), selon notre enquête.

«Une visite sur quatre que j’ai à Westmount en ce moment, ce sont des acheteurs asiatiques», confirme Martin Rouleau, un agent vedette dans le secteur.

<b>Wen Yu «William» Gong</b><br />
Courtier
Photo Groupe Sutton
Wen Yu «William» Gong
Courtier

Celui-ci se spécialise dans la clientèle chinoise. Il travaille avec un courtier associé chinois dans son équipe, Wen Yu «William» Gong.

Marketing direct en Chine

Presque 15 % des acheteurs de résidences de luxe à Westmount en 2015 étaient d’origine chinoise.

Ils sont courtisés par des courtiers immobiliers montréalais qui ont mené une opération de marketing pointue dans plusieurs grandes villes de Chine, telles que Shanghaï et Pékin.

On vante les prix alléchants à Westmount, comparativement aux coûts faramineux des résidences haut de gamme semblables à Vancouver et Toronto.

En 2011, selon nos recherches, très peu d’acheteurs chinois acquéraient des maisons unifamiliales d’une valeur de 1 M$ ou plus à Westmount. Seuls deux des 119 acheteurs de cette année-là (moins de 2 %) étaient d’origine chinoise.

Aujourd’hui, selon des actes de vente, les Chinois achètent des résidences sur The Boulevard, le Croissant Forden, ainsi que sur Belvedère, Upper Belmont et d’autres rues cossues de Westmount.

L’Île-des-Sœurs aussi

Nous avons constaté le même phénomène à L’Île-des-Sœurs, où 13 acheteurs chinois ont fait l’acquisition de maisons pour une valeur totale de 18,4 M$ depuis 2014.

Deux acheteurs chinois, par exemple, ont pris possession de deux luxueuses résidences sur la rue l’Orée-du-Bois pour 4,4 M$ en novembre et décembre 2015, selon nos documents.

– Avec la collaboration de Philippe Langlois


♦ Les montants de 52,6 M$ (Westmount) et 18,4 M$ (L’Île-des-Sœurs) s’ajoutent aux 140 M$ dont il a été question lundi, dans le premier volet de cette enquête sur les achats importants de copropriétés par des Chinois dans des projets du centre-ville de Montréal depuis le 1er janvier 2015.

 

Tout semble avoir commencé avec un manoir...

 

La vague d’achats des Chinois a augmenté à Westmount de façon importante depuis 2012, une période durant­­ laquelle des changements très symboliques ont eu lieu.

C’est en 2012 que le gouvernement du Parti communiste de Chine a fait l’acquisition de l’ancien manoir de style Tudor appartenant à Harry Bronfman (un des cofondateurs de l’empire Seagrams, spécialisé dans la distillerie) situé sur The Boulevard, à Westmount, pour un montant de 7 M$.

Cela représentait toute une acquisition, pour un pays qui bénéficiait jusqu’en 2013 de millions de dollars en aide au développement international du gouvernement du Canada.

Aujourd’hui, cette propriété est utilisée comme résidence privée par le consul de Chine à Montréal, Peng Jingtao.

Ce dernier est venu récemment remplacer celle qui était en poste au moment de l’achat, Zhao Jiangping, une diplomate qui est de retour en Chine, après quatre ans à Montréal.

Hivers

C’est depuis cette transaction que des acheteurs chinois ont atterri à Westmount en plus grand nombre.

En Colombie-Britannique, certains ont surnommé Vancouver Hongcouver, après l’arrivée de milliers et milliers de Chinois de Hong Kong en l’espace­­ de 10 ans.

Montréal est encore loin d’être affublé d’un tel surnom, mais la métropole et ses banlieues cossues ne font pas peur aux résidents fortunés de Pékin, par exemple, qui vivent eux aussi des hivers rigoureux.

 

Des courtiers vont chercher leurs clients en Chine

 

Autrefois concierge à l’Hôtel Intercontinental de Montréal, le courtier en immobilier Martin Rouleau du Groupe Sutton a senti venir la vague qui transforme l’immobilier à Montréal et à Westmount en particulier.

Parmi les indices annonciateurs du phénomène:

  • l’ouverture d’un consulat de Chine à Montréal en 2011;
  • des investissements miniers au Québec réalisés par bon nombre de sociétés d’État du gouvernement chinois;
  • des échanges politiques et culturels plus nombreux. site en Chinois

Aujourd’hui, ce diplômé du Collège Jean-de-Brébeuf et de l’Univer­sité Concordia a un site web en mandarin pour accueillir­­ de potentiels clients chinois dans leur propre langue.

Il l’a créé en décembre dernier, après un voyage à Hong Kong et à Shanghaï, au cours duquel, avec quelques membres de son équipe, il a participé au Luxury Property Show, une foire commerciale pour acheteurs et vendeurs de propriétés haut de gamme.

Voyage

<b>Huin-Chin (Jocelyn) KAO</b><br />
Copropriétaire de Diamant & Diamant
Photo courtoisie
Huin-Chin (Jocelyn) KAO
Copropriétaire de Diamant & Diamant

Rouleau affirme qu’il n’est pas le seul à développer ce marché d’acheteurs aux poches profondes.

«Tout le monde est après l’argent chinois, de gauche et de droite, dit-il. Nous, on est allé là-bas pour les comprendre. Ils sont différents ces gens-là.»

Après son voyage à Shanghaï en 2015, Martin Rouleau a créé une version de son site web en mandarin.
Photo courtoisie
Après son voyage à Shanghaï en 2015, Martin Rouleau a créé une version de son site web en mandarin.

Une autre courtière immobilière d’ici recrute sa clientèle en Chine. Huin-Chin «Jocelyn» Kao, est copropriétaire d’une agence chinoise très prospère de Montréal, les Immeubles Diamant & Diamant inc.

Mme Kao n’a pas voulu nous accorder d’entrevue. Toutefois, sur sa page Facebook, on peut voir les multiples activités de vente qu’elle fait en Chine.

Dans une vidéo­­, devant une salle d’acheteurs potentiels, Mme Kao et son équip­­e parlent du marché immobilier de Montréal, mais aussi de ceux de Vancouver­­ et de Toronto.

Nos sources nous ont indiqué que Mme Kao aurait vendu de nombreuses copropriétés à des Chinois dans les projets Tours des Canadiens, mais aussi dans les tours Évolo à L’Île-des-Sœurs.